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Prix Goldman 2016, cette avocate slovaque a sensibilisé son pays à l'enjeu des déchets

Par Combot Sophie I Publié le 28 Avril 2016

Zuzana Caputova fait progresser la législation sur les sites de stockage de déchets polluants, qui nuisent à la santé de nombreux Slovaques. Elle est lauréate du Prix Goldman 2016, qui récompense les six projets les plus performants en matière d’environnement. Voici son histoire.


Zuzana Caputova, avec le soutien de l'ONG VIA IURIS souhaite sensibiliser les responsables politiques des municipalités (Crédit : Goldman Environmental Prize)
Zuzana Caputova, avec le soutien de l'ONG VIA IURIS souhaite sensibiliser les responsables politiques des municipalités (Crédit : Goldman Environmental Prize)
Depuis les années 1960, des déchets médicaux et chimiques en provenance des pays de l’ouest s’accumulent à seulement 500 mètres de certaines habitations de Pezinok. Petite cité de l’ouest de la Slovaquie, c’est aussi la ville natale de Zuzana Caputova, une avocate qui mène la fronde contre cette situation.

Voici plusieurs décennies que les habitants de Pezinok sont contraints de respirer des nuages toxiques, avec des conséquences très préoccupantes. "Une hausse du taux de cancer, de maladies respiratoires et d’allergies a été observé", explique l'avocate à We Demain. Des résultats basés sur une vaste étude intitulée Europhazcon , qui démontre l’impact des déchets toxiques sur la santé.

Zuzana Caputova décrit les proportions invraisemblables atteintes par le site de déchets de Pezinok, situé près de son domicile :
 
"Il fait douze fois la taille d’un terrain de football et l’équivalent, en profondeur, d’un immeuble de quatre étages".

Zuzana Caputova, depuis son domicile. Elle doit maintenir les fenêtres closes pour préserver ses deux filles de la pollution de l'air (Crédit : Goldman Environmental Prize)
Zuzana Caputova, depuis son domicile. Elle doit maintenir les fenêtres closes pour préserver ses deux filles de la pollution de l'air (Crédit : Goldman Environmental Prize)
Les premiers fruits de sa lutte, elle les récolte en 2008, lorsqu'elle réussit à faire suspendre le permis d’exploitation de cette déchetterie grâce à une pétition ayant rassemblé 8 000 signatures d'artistes, d'étudiants, de dirigeants municipaux.

Mais son combat ne s’arrête pas là. L'avocate veut s'assurer que cette situation ne se reproduira plus, dans un pays qui souffre d'un sérieux vide juridique en matière d'environnement.

Pour ce faire, elle agit avec son association locale, qui a pour slogan "Les poubelles n’ont rien à faire dans les villes". Mais aussi en tant que membre de VIA IURIS, une ONG slovène qui regroupe de nombreux avocats engagés sur les thématiques des déchets ou la déforestation.


Premier objectif : mettre fin aux libertés que continuent à s'octroyer certains industriels depuis la fermeture de la décharge géante.
 
"Sans aucun permis de construction ou garantie pour l’air de la ville, plusieurs décharges se sont quand même installées".

Un nouveau site polluant s'est notamment implanté aux portes de la petite ville, sans que son promoteur, "un riche homme d’affaire aux liens étroits avec les autorités régionales" ,"n’ait consulté les citoyens ou les responsables politiques". Et ce, alors même qu’une ordonnance datant de 2002 interdit ce type de construction.

Sensibiliser les consciences aux enjeux environnementaux

Son second défi : susciter une prise de conscience chez les Slovaques.
 
"La cause la plus importante pour eux reste la reconnaissance de leurs droits civiques. Il est essentiel de déployer une politique de sensibilisation environnementale au niveau local", estime l'avocate, qui entend "faire comprendre aux citoyens que ces lois sont aussi un moyen de leur fournir une bien meilleure qualité de vie".

Une déchetterie de Pezinok (Crédit : Goldman Environmental Prize)
Une déchetterie de Pezinok (Crédit : Goldman Environmental Prize)
Le pari est en passe d'être gagné. "La participation des citoyens est en forte hausse", se félicite Zuzana Caputova, qui constate que la lutte contre la pollution de l’air et la propreté des villes sont des causes que de nombreux Slovaques veulent aujourd'hui défendre.

En témoigne le nombre de manifestants mobilisés en 2008 lors de sa campagne pour "les poubelles ne font pas partie des villes".

Sur le plan législatif, le combat de Zuzana Caputova accouche aussi d'un succès au niveau national. En 2013, elle est entendue par la Cour suprême slovaque qui interdit la construction de toute nouvelle décharge en Slovaquie.

L'avocate se félicite de cette décision, qui a fait écho jusqu'à la Cour de justice européenne.
 
"Cette instance permet de clarifier les lois et de mettre en place des sanctions, et ce dans tous les pays européens. C’est un relais majeur pour que les citoyens se sentent, à leur tour, plus investis."

Désormais, l'ensemble des pays de l'UE bénéficie de règles plus strictes sur le sujet des déchets. Et de manière générale, on note un investissement plus important de la part des institutions européennes concernées par les enjeux environnementaux, assure l'avocate.


La visibilité offerte par le prix Goldman , reçu par Zuzana Caputova le 18 avril 2016, et "le soutien de nombreux amis avocats" sont autant d’atouts qui promettent à sa cause de progresser encore.

En 2008, Greenpeace Slovaquie l'a soutenue en organisant une manifestation pacifique rassemblant plus de 7 000 personnes. "Des artistes, des étudiants, beaucoup de politiques étaient présents". Un évènement marquant pour la Slovaquie qui n’avait pas connu un tel rassemblement citoyen depuis la Révolution de velours de 1989.

Aujourd'hui, Zuzana Caputova continue à militer pour l'application des lois environnementales. Elle soutient également d'autres communautés slovaques qui combattent la pollution industrielle en leur fournissant une assistance juridique.





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