Société-Économie

Prix des carburants : "La transition écologique ne se fera pas gratuitement"

Depuis 1985, Gérard Mermet, sociologue, publie tous les deux ans "Francoscopie", un livre qui analyse notre époque. Cette année, il livre une édition spéciale qui imagine la France de 2030. Entretien.

Par Louise Bugier I Publié le 16 Novembre 2018


"Le coût de production du carburant va augmenter donc il va falloir trouver d’autre types d’énergies fossiles", explique Gérard Mermet (Crédit : Louis Concorde)
"Le coût de production du carburant va augmenter donc il va falloir trouver d’autre types d’énergies fossiles", explique Gérard Mermet (Crédit : Louis Concorde)
We Demain : Gérard Mermet, en tant que sociologue vous vous êtes spécialisé dans l’évolution des modes de vie, du changement social, de la consommation… En ce moment, l’augmentation des prix du carburant est dans l’actualité, est-ce que les prix vont continuer de croître ?
 

Gérard Mermet, sociologue et auteur de 15 éditions de Francoscopie (Crédit : Georges Leurre)
Gérard Mermet, sociologue et auteur de 15 éditions de Francoscopie (Crédit : Georges Leurre)
Gérard Mermet : Je pense que le prix du carburant va continuer à augmenter pendant un certain nombre d’années. Tout d’abord parce que les coûts de production vont augmenter donc il va falloir trouver d’autre types d’énergies fossiles.

Et puis aussi parce que la transition énergétique est nécessaire : il faut envoyer des signes psychologiques à la population pour l’engager à être responsable. Pour inciter les gens à être responsables, il faut forcément les faire payer plus cher.

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Le pic pétrolier est-il derrière nous ?

Les experts ont indiqué pendant des décennies que l’on allait atteindre le pic pétrolier. Il y a 40 ans on disait qu’il aurait lieu dans 40 ans et maintenant on le place encore dans 40 ans ! Finalement, personne ne peut vraiment fixer de date parce que cela dépend de la découverte de nouvelles nappes.
 
Mais personnellement, je pense que le pic a été dépassé : il est clair qu’on puise dans une réserve qui n’est pas éternelle. Même si on découvre de nouveaux gisements, ils sont de plus en plus difficiles à exploiter. Plus on est proches du fond de cette ressource, plus les pays producteurs vont valoriser ce qu’il reste et plus le pétrole sera cher.
 
Puisqu’on va aller vers de nouvelles sources d’énergies fossiles, il y a aussi la question du gaz de schiste. Le problème c’est que cette ressource est très complexe et coûteuse à extraire donc elle n’est rentable que quand les prix sont très élevés. En conséquence, on va rester dans une logique d’augmentation des prix.


La voiture individuelle a-t-elle encore un avenir selon vous ?

La voiture individuelle a certainement un avenir mais sous d’autres formes : l’électrique, l’hybride, à hydrogène ou la voiture qui roule avec d’autres carburants écologiques et agro-carburants que l’on va découvrir.
 
Il y a aussi la voiture autonome mais son développement va être très lent parce qu’il y a un parc de 20 millions de voitures à modifier. Finalement, je pense que l’on va quand même aller progressivement vers du transport collectif.


Quel regard portez-vous sur le mouvement qui se développe pour protester contre la hausse des prix du carburant ?

Je comprends tout à fait l’inquiétude des Français qui sont affectés économiquement par cette augmentation des prix, les plaintes sont légitimes et une aide est souhaitable. Mais finalement il y a peu de personnes impactées. J’ai fait le calcul : si le gazole augmente de 15 % en 2019, les propriétaires de voitures diesel seront victimes d’un surcoût de 13 euros par mois [sur la base de 900 km parcourus]. Ce n’est pas le bout du monde mais les Français sont toujours réticents à payer pour l’écologie.
 
Le problème c’est que la transition écologique ne se fera pas gratuitement. L’impact se fera soit sur le budget des automobilistes soit sur les impôts du contribuable. Mais ce n’est pas vrai que l’État peut endiguer cette hausse des prix : sinon l’impact se fera sur l’endettement français et ce sont les générations futures qui paieront.
 
Il faut être conscients de l’impact à court terme sur les ménages français mais il ne faut pas pour autant oublier de se projeter à long terme. Parce que c’est ça la transition écologique : se projeter car on est responsables de la vie des générations futures.













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