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Quand art et numérique ne font plus qu'un... dans une chapelle du XIXe siècle

Par I Publié le 12 Avril 2016

Poissons rouges connectés, néons mouvants et bulle de savon iridescente : jusqu'au 17 avril, culture et technologie s'unissent à l'espace Saint-Sauveur d'Issy-Les-Moulineaux (92). Le centre de création numérique Le Cube y expose des oeuvres surprenantes. Visite guidée.


Les algorithmes  de l'installation Déjà entendu / An Opera Automaton (Crédit : Lukas Truninger)
Les algorithmes de l'installation Déjà entendu / An Opera Automaton (Crédit : Lukas Truninger)
Des poissons rouges connectés, des néons mouvants, un caisson qui relie le système nerveux humain à celui d’un champignon vivant par les battements du cœur… Non, vous n’êtes pas dans un jeu vidéo, mais dans une ancienne chapelle du XIXe siècle, à Issy-Les-Moulineaux (92).
 
Les 800 m2 de l’espace Saint-Sauveur accueillent du 13 au 17 avril la troisième édition du Prix Cube, organisé par le centre de création numérique éponyme. Pour l’occasion, le vaisseau central de l’église a entièrement été réaménagé en un dédale de couloirs sombres, que le visiteur traverse imprégné des sonorités étranges d’un opéra électronique, baptisé Déjà entendu / An Opera Automaton.

Ces mélodies baroques, ce sont celles de l’artiste suisse Lukas Truniger, qui revisite le mythe de Faust sur 102 écrans et haut-parleurs, avec l'aide d’algorithmes et de logiciels d’apprentissage, dans un espace au mysticisme éprouvé.

Les installations boréales (Crédit : Antoine Loeff)
Les installations boréales (Crédit : Antoine Loeff)
Et pour cause – l’éternité du lieu contraste avec la modernité de ses installations éphémères. Au fond d’un tunnel formé de hautes parois obscures, l’œuvre Ljós : deux dômes de verre abritant des prismes de papiers, en suspension grâce à un fil de tungstène imperceptible au premier regard. Ensemble, ces deux "cloches de verre", comme les appelle son auteur Barthélémy Antoine-Loeff, "convoquent le mystère et la beauté de l’aurore boréale" en générant un "dialogue de lumière" et de son reproduits sur les murs alentour.

The Long now (Crédit : Victor S.Brigola)
The Long now (Crédit : Victor S.Brigola)
Un peu plus loin, l’artiste allemande Verena Friedrich présente son installation The long now : une bulle de savon fabriquée in situ, devant les yeux des spectateurs, par une machine qui la génère et la maintient en suspension dans un cube transparent, où la lumière la rend iridescente. "Une façon pour moi d’évoquer la finitude de l’homme", explique la créatrice.

À sa droite, George et Sharky, deux poissons, l'un noir, l'autre rouge, font du surplace dans leur aquarium, traqués en temps réel par des capteurs qui mesurent leur trajectoire et la distance qu’ils parcourent. Derrière le bocal, un écran projette leur image, ainsi que des bulles de parole mises à jour toutes les dix secondes et dans lesquelles les cyprinidés évoquent les dernières actualités du 
Point et de L'Obs.

Surveillance (Crédit : Cedar Zhou)
Surveillance (Crédit : Cedar Zhou)
Grâce à un code QR, le visiteur peut virtuellement prendre leur place et proposer ses propres thèmes. Ou comment exposer, par l'absurde, selon les artistes chinois Long Xinru et Zhou Shan, la "Surveillance " - c'est le titre de l'installation- sous laquelle les hommes évoluent.

Big Dipper (Crédit : Michael Candy)
Big Dipper (Crédit : Michael Candy)
Près de la nef, le créateur australien Michael Candy s’intéresse, lui, à notre représentation de l’univers terrestre avec son oeuvre Big Dipper, lauréate du prix Cube 2016. Pour ce faire, il a assemblé neuf néons fluorescents en une double rangée latérale, avec une hélice centrale métallique qui les fait tourner "comme les pattes d'un animal imaginaire""On peut y voir la double présence symbolique de l'hélice d'ADN et la lumière porteuse de vie", avance l'artiste.

Myconnect (Crédit : Damjan Švarc)
Myconnect (Crédit : Damjan Švarc)
Mais c'est bien l'installation interactive des artistes slovènes Saša Spačal,  Mirjan Švagelj et Anil Podgornik, Myconnect, sur laquelle on s'attarde à la gauche de la nef. Inspirée du film Avatar de James Cameron, dans lequel les habitants d'une planète occupée par les terriens vivent en symbiose avec leur environnement. Leur oeuvre prend la forme d'un caisson sensoriel, dans lequel le visiteur s'allonge. 

Là, il prend en main un capteur mesurant ses pulsations cardiaques, avec des attaches vibrantes aux coudes et aux chevilles. Le capteur est relié à des interfaces lumineuses qui abritent du mycélium vivant, la partie végétative du champignon, récolté et analysé en laboratoire par Mirjan Švagelj, titulaire d'un doctorat en biomédecine. Ce dernier est connecté à des électrodes, qui transforment les battements du coeur en lumière, son et vibrations, ensuite transmis au système nerveux du cobaye.

En immersion avec les champignons (Crédit : DR)
En immersion avec les champignons (Crédit : DR)
En immersion dans le caisson blanc, ce dernier a ainsi l'impression d'évoluer "en symbiose avec le champignon". "Notre objectif était de sensibiliser le public à notre environnement quotidien : en dessous de chaque fleur existent des champignons - cette expérience fait appel au corps, qui se souvient de tout",  affirme Saša Spačal. Une affirmation vérifiée par l'équipe de We Demain, qui, pour sa part, s'est plutôt sentie comme dans la peau d'une taupe, au chaud, en sécurité, sous la surface de la terre.

L'exposition a lieu du 13 au 17 avril à l'espace Saint-Sauveur d'Issy-Les-Moulineaux. Métro Corentin Celton, entrée libre.





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