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Réalité virtuelle : elle crée un "Youtube de la chirurgie" pour les futurs médecins

Interview.

Par I Publié le 17 Juin 2016

Qui seront les héros de demain et quel modèle laisseront-ils à nos enfants ? La question sera posée au "Up Fest", qui se tient ce samedi 18 juin à Paris, à l'initiative du mouvement "UP". Pour y répondre, le collectif invite notamment Julie Mercier, cofondatrice de MedInReal, une start-up qui développe des dispositifs de réalité virtuelle pour chirurgiens et apprentis médecins.


Une salle d'opération vue à travers le casque de réalité virtuelle (Crédit : MedInReal)
Une salle d'opération vue à travers le casque de réalité virtuelle (Crédit : MedInReal)
Elle a 29 ans, est diplômée de Sciences-Po, et se lance dans ce qui est, pour elle, "l’un des enjeux de santé les plus importants du monde qui s’ouvre" : mettre la réalité virtuelle au service de la médecine. L'histoire de Julie Mercier commence en 2010.
 
"Mon ami Miguel s’est fait opérer de la main, se souvient l'entrepreneuse : "En discutant avec les chirurgiens, nous nous sommes rendus compte d’un besoin : que les internes en médecine aient la possibilité de s’exercer davantage avant les opérations."

En France, jusqu’à présent, les apprentis médecins s’entraînent sur divers supports : des pieds de cochon (surtout pour les sutures), des cadavres ou, dans le meilleur des cas, des mannequins interactifs. Une offre encore loin d'être satisfaisante.

C'est pour l'élargir que Julie Mercier lancera fin juin, avec Miguel Hisojo, docteur en mathématiques appliqués, la start-up MedInReal. Une entreprise qui développe des plateformes vidéo en réalité virtuelle et des outils de simulation à destination des chirurgiens et des étudiants en médecine.

Julie Mercier a cofondé la start-up MedInReal (Crédit : DR)
Julie Mercier a cofondé la start-up MedInReal (Crédit : DR)
L'entrepreneuse explique à We Demain comment elle entend faciliter cette formation, et même l'améliorer. Une évolution "indispensable" selon elle, à l'heure du quantified self , de la médecine connectée et des techniques de plus en plus élaborées d'imagerie médicale.

Transmettre des connaissances sans mettre en danger la vie des patients

We Demain : Vous jugez urgent de mettre la réalité virtuelle au service de la médecine. Pourquoi ?

Parce qu’il est assez aberrant de se dire qu'en France, la plupart des internes en chirurgie ont toujours pour seule méthode l’apprentissage sur le tas. Il s’agit tout de même de gens qui ouvrent nos corps ! Dans le monde médical, nombreux sont ceux qui débordent d’envies mais n’ont pas le temps de les mettre en pratique et délèguent leurs besoins à des start-up.

Nos technologies sont assez évoluées pour transmettre des connaissances sans mettre en danger la vie des patients, en complémentarité avec la formation actuelle. Le tout, de façon plus moderne, ludique, et interactive afin que le chirurgien débutant puisse, lui aussi, poser une prothèse du genou en vingt minutes, et non en deux heures par manque d'expérience, ce qui laisse le temps à la plaie de s'infecter.

Une sorte de Youtube de la chirurgie. (Crédit : MedInReal)
Une sorte de Youtube de la chirurgie. (Crédit : MedInReal)
Quels sont les outils que vous proposez pour les aider ? 

Nous avons élaboré deux types de prototypes. Le premier est une plateforme vidéo en réalité virtuelle, une sorte de Youtube de la chirurgie. Avec cette caméra posée sur leurs têtes, les chirurgiens peuvent filmer leurs opérations à 360 degrés et en réalité virtuelle.

Ensuite, ils nous les envoient, nous les produisons et les partageons avec la communauté de chirurgiens, experts, étudiants que nous sommes en train de fédérer à échelle internationale. À long terme, ils les produiront eux-mêmes et pourront ainsi partager leurs expériences en temps réel afin de créer une sorte de "benchmarking des bonnes pratiques".

Immergés dans une salle d'opération en 3 D

Vous avez développé un second prototype, qui met les futurs chirurgien dans les conditions du réel. Quel est son principe ?

C'est un vrai simulateur. Les étudiants n'ont qu'à mettre un casque de réalité virtuelle sur la tête pour se retrouver immergés dans une salle d'opération en 3D, à opérer un patient virtuel. À terme, nous comptons même leur permettre de pouvoir paramétrer les patients en fonction de problèmes de santé ou de besoins physiques particuliers. Avec ces outils, les internes en chirurgie et chirurgiens pourront s'entraîner à la maison, sur leur canapé, au lieu de le faire lors de coûteux séminaires dans des laboratoires ou à partir d'un PDF envoyé par l'entreprise qui leur fournit prothèses et équipements médicaux.

" Avec ces outils, les internes en chirurgie et chirurgiens pourront s'entraîner à la maison, sur leur canapé." (Crédit : MedInReal)
" Avec ces outils, les internes en chirurgie et chirurgiens pourront s'entraîner à la maison, sur leur canapé." (Crédit : MedInReal)
Justement, parlons coûts. De telles pratiques ne vont-elles pas être chères ?

Non, elles le seront même moins. Nous cherchons à nous faire financer par les laboratoires. Ils paieront les simulateurs envoyés aux chirurgiens. Ils ont intérêt à le faire : la législation européenne, mais aussi celle des États-Unis, va évoluer vers plus de transparence et moins de corruption. En outre, nos outils réduisent les coûts de formation, puisqu'ils rendent les "process d'apprentissage" moins longs : grâce à eux, les étudiants maîtrisent le geste plus rapidement, et sont donc opérationnels et indépendants plus facilement.

 


Un outil de connaissance mondial pour les chirurgiens

Combien de chirurgiens et d'étudiants vont être concernés par vos produits de réalité virtuelle ?

Dans un premier temps, nous avons réussi à fédérer une quarantaine de chirurgiens de renom, en Europe et dans le monde, surtout spécialisés en orthopédie. Nous sommes présents au Mexique, aux États-Unis, aux Pays-Bas... Et comptons cinq universités étrangères, et deux françaises dans notre communauté d'expérimentation. Sans compter que chaque chirurgien permet à environ trois ou quatre internes de profiter de ces équipements de réalité virtuelle.

À terme, nous souhaitons être présents dans toutes les spécialités médicales et fournir un outil d'échange de connaissance mondial pour les chirurgiens. Un outil qui ne remplace pas l'accompagnement humain, mais le complète, afin de mieux s'occuper des patients et d'éviter les erreurs médicales !

Julie Mercier avec Miguel Hisojo (Crédit : DR)
Julie Mercier avec Miguel Hisojo (Crédit : DR)
"Un échange de connaissance mondial", c'est ambitieux comme objectif...

Mais ça va marcher ! Dans un an, nous espérons avoir une place de leader sur ce marché. Les formations diffèrent d'un pays à l'autre, mais elles ont toutes besoin de nos outils. En France, on a en outre la chance d'avoir des excellents ingénieurs capables de développer de tels dispositifs, c'est notre point fort. Et j'en suis persuadée, la simulation est un marché qui va exploser : En 2030, il n'y aura plus une clinique dans le monde sans outils de réalité virtuelle.

Consulter le programme du UP Fest, samedi 18 juin à la Bellevilloise, à Paris

 








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