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"Robotisation et numérisation vont détruire de nombreux emplois : il faut s'y préparer", alerte le député Pascal Terrasse

Interview

Par I Publié le 26 Avril 2016

Député socialiste de l'Ardèche, Pascal Terrasse est à l'origine du rapport parlementaire sur l'économie collaborative, remis le 8 février 2016 au Premier ministre. Dans une interview à "We Demain", il pointe l'urgence d'adapter le système économique français à la montée en puissance de ces nouveaux acteurs de l'économie.


Le député Pascal Terrasse est à l'origine d'un rapport parlementaire sur l'économie collaborative (Crédit : Jean-Jacques Valette)
Le député Pascal Terrasse est à l'origine d'un rapport parlementaire sur l'économie collaborative (Crédit : Jean-Jacques Valette)
We Demain : Ces derniers mois, l'État a semblé désemparé face à la montée en puissance de plateformes comme Uber ou Airbnb, légalisant ou interdisant selon les cas. Quelle stratégie doit-il adopter face à la montée en puissance de ces nouveaux modèles économiques ?

Pascal Terrasse : L'enjeu est d'encadrer ces entreprises pour éviter les abus, sans toutefois freiner le développement de cette nouvelle économie. Le problème est que le temps politique n'est pas adapté à celui de l'économie numérique. L’État court toujours derrière pour tenter de réparer les dégâts. Il agit au cas par cas tandis qu'il lui faudrait une vision globale. C'est d'autant plus nécessaire que l'économie collaborative n'est que le début. À moyen terme, chaque secteur de notre économie sera disrupté. Il nous faut donc une meilleure compréhension de l'économie du partage. C'est tout l'enjeu de mon rapport parlementaire.


Racontez-nous la genèse de ce rapport.

Nous sommes sortis des traditionnels cadres d'expertise. Pour recueillir les meilleures idées, nous avons fait appel à l'intelligence collective. Une plateforme numérique a permis de recueillir les suggestions des citoyens. 270 ont été retenues. Ensuite, nous avons mené des dizaines d'auditions de dirigeants de start-up, de think tanks, de syndicats et d'administrations. En tout, ce rapport a demandé six mois de travail mais le résultat est là. C'est, à ma connaissance, le premier rapport parlementaire au monde sur ce sujet.

Pascal Terrasse à Sharing Lille, le 21 avril 2016 (Crédit : Jean-Jacques Valette)
Pascal Terrasse à Sharing Lille, le 21 avril 2016 (Crédit : Jean-Jacques Valette)
Quelles sont les propositions formulées par votre rapport ?

Il y en a dix-neuf. L'idée générale est que l'économie collaborative n'est pas hors-sol. Elle peut s'insérer en grande partie dans les dispositifs déjà existants. Par exemple au niveau du droit du travail : il existe déjà des statuts encadrant le travail des particuliers, il suffit de rendre la loi plus simple et applicable. Je préconise par exemple que le statut des auto-entrepreneurs soit simplifié grâce au compte personnel d'activité (CPA) et que leurs droits sociaux s'alignent sur ceux des salariés. Pour les plateformes, il leur faudra rendre leur offre plus transparente, notamment au niveau des prix ou de leurs responsabilités légales. Nous envisageons aussi une harmonisation européenne des systèmes d'avis des utilisateurs.

Quelle a été la réaction du gouvernement ?

La réception a été globalement positive. Le premier ministre a été très étonné d'apprendre combien notre futur sera bouleversé par les nouvelles technologies, l'impression 3D notamment. On pourrait faire l'analogie avec l'électricité. Quand on l'a découverte, personne n'imaginait tous les usages que nous en avons aujourd'hui. Malheureusement, beaucoup d'hommes et femmes de notre classe politique sont encore marqués par un imaginaire lié au XXe siècle.


Quelles mesures proposées par votre rapport pourraient être adoptées ?

La loi El Khomri inclut plusieurs de mes propositions. Par exemple, le droit à la déconnexion, la protection sociale des prestataires et la prise en compte de leurs droits, notamment à la formation professionnelle. D'autres propositions se retrouvent dans la loi pour une République numérique d'Axelle Lemaire. Notamment vis-à-vis de la protection des données ou la standardisation européenne des systèmes de notation des avis d'utilisateurs.

Quelle vision avez-vous du futur de l'économie française ?

Il faut que les Français admettent que la numérisation va faire disparaître l'emploi tel qu'on le connaît. Il y aura toujours autant de travail, mais celui-ci sera plus indépendant. On le voit déjà aux États-Unis, où les indépendants représentent déjà un tiers de la force de travail.

L'autre question est la redistribution de la valeur créée par ces grandes entreprises, notamment sur les données que nous leurs fournissons gratuitement. De nombreux emplois seront détruits par la robotisation et la numérisation de l'économie dans les prochaines années. Il faut s'y préparer et inventer de nouveaux modes de redistribution pour que cette économie profite à tous. De mon analyse, la solution réside dans le revenu universel. J'espère que nous pourrons en bénéficier avant dix ans.





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