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Romainville : la première "cité maraîchère" de France en construction

Par Claire Commissaire I Publié le 10 Juillet 2018

Avec son projet de cité maraichère, cette ville de Seine-Saint-Denis espère devenir la vitrine française de l'agriculture urbaine.


Images 3D du projet de cité maraîchère de Romainville, imaginée par les cabinets d'architectes Ilimelgo et Secousses (Crédits : poltred)
Images 3D du projet de cité maraîchère de Romainville, imaginée par les cabinets d'architectes Ilimelgo et Secousses (Crédits : poltred)
Ce sera une nouvelle tour, plantée au milieu d’autres tours de logements sociaux. Sauf que celle-là, qui mesurera plus de 20 mètres, sera toute en verre, et comptera pour seuls habitants des fruits, des légumes, et même des champignons au sous-sol.

À Romainville, ancienne banlieue rouge de Paris, on rêve de renouer avec un autre passé, vert cette fois : si la Seine-Saint-Denis est historiquement plus connue pour ses bastions communistes et ses usines, le département a pendant des siècles été une terre d’accueil pour des agriculteurs et viticulteurs. De cette époque, il n'en reste pas grand chose aujourd'hui, tout juste quelques potagers de particuliers disposés en lanières.

Dans le quartier Marcel-Cachin, retenu pour accueillir cette futur tour — ou plutôt, la "Cité" maraîchère comme il faut désormais l'appeler — les habitants étaient plus habitués aux tours de logements sociaux, récemment réhabilitées, qu’à l’agriculture urbaine.
 
"L'idée, c'est de réintroduire le maraîchage dans notre ville, en faisant de l'économie sociale et solidaire, explique Corinne Valls, maire Divers Gauche de Romainville. Mais aussi de créer une nouvelle filière économique, en mettant l'accent sur le bol alimentaire. On achètera plus facilement des carottes qui ont poussé à deux pas de chez soi."

Objectif : produire 16 tonnes par an, soit la consommation de 200 personnes. Le tout poussera hors-sol, nourri par un substrat à base de déchets verts, dans des bacs superposés sur six étages. Tout a été pensé : la disposition et les matériaux pour un éclairage maximal, une ventilation naturelle…

Dans le moderne édifice, des jardins pédagogiques seront ouverts aux habitants du quartiers pour sensibiliser aux enjeux écologiques. Il y aura aussi des ateliers, un restaurant, un point de vente de produits cultivés dans la tour. Un lieu que la mairie espère "créateur de lieu social" entre Romainvillois – mais aussi créateur d’emploi : douze personnes devraient être embauchées, alors que le taux de chômage de la ville avoisine les 20 %.

Un concept ancien

Le concept de tour maraichère n’est pas nouveau : à la fin des années 1990, un microbiologiste américain a calculé que pour nourrir trois milliards d’habitants supplémentaires, il faudrait trouver... 1 milliard d’hectares de cultures en plus, soit la surface du Canada — impossible, sauf à raser des forêts.

Avec la restriction des espaces cultivables et la pollution des sols, de nombreuses métropoles se sont déjà tournées vers l’agriculture urbaine : à Singapour, d’abord, où une tonne de légumes par jour est produite grâce à des serres verticales conçues par Sky Greens. À New York, le projet Brooklyn Grange cultive des végétaux sur certains toits de la ville, et le New Jersey possède déjà son Aerofarm ; à Shanghaï, on projette de créer une ferme verticale sur 100 hectares…  
Sunqiao Urban Agricultural District, projet de ferme verticale à ShanghaÏ  (Crédit : Sasaki)
Sunqiao Urban Agricultural District, projet de ferme verticale à ShanghaÏ (Crédit : Sasaki)

Une première en France

Mais en France, la Cité Maraichère de Romainville est une première. D’où, peut-être, la frilosité initiale de certains investisseurs : aujourd’hui, le budget de 4,6 millions d’euros est "quasiment bouclé". Il impliquera le département, la région Ile de France, la Métropole du grand Paris, l’État et des partenaires privés. Mais "ça a été long", reconnait la maire.

Sur la viabilité économique à long-terme du projet, souvent mise en cause par ses opposants, Corinne Valls assure que le compte y sera : "c'est la vente des produits cultivés qui permettra des rentrées financières : l’idée est aussi d'avoir des éléments à valeur ajoutée, par exemple des légumes anciens. La vente se fera auprès de restaurateurs ou des institutions, mais aussi des habitants."  Autre source de recettes : "des salles à vocation pédagogique qui pourront accueillir des séminaires."

Les habitants adhéreront-ils à ce nouveau modèle ? Pour l'instant, Corinne Valls assure avoir reçu des retours positifs sur le projet, et compte "sur le bouche à oreille" pour que le lieu devienne un point d'ancrage citoyen. Verdict en avril 2019, date prévue pour l'inauguration des lieux.









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