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Salle de concert, énergies vertes, logements sociaux... Comment les agriculteurs se diversifient

Par Natacha Delmotte I Publié le 26 Mai 2016

La ferme n'est plus seulement un lieu d'élevage ou d'agriculture. Pour faire face à des revenus irréguliers et souvent insuffisants, les exploitations agricoles multiplient les activités. De la ferme pédagogique à la salle de concert, en passant par la chambre d'étudiant, tour d'horizon des activités qui s'y développent.


Photo d'illustration (Crédit : Snack Time/Wikimédia Commons)
Photo d'illustration (Crédit : Snack Time/Wikimédia Commons)

En 2013, une étude publiée par Agreste Primeur du ministère de l'Agriculture révélait que 12 % des exploitations développaient des activités para-agricoles pour compléter leur revenu, soit 57 000 exploitations. Parmi elles, 63 % déclaraient en tirer moins de 10 % de leur chiffre d’affaires. Des activités de niches, donc, mais de plus en plus en plus diversifiées.
 



Transformation des produits agricoles, insertion dans les circuits courts, réinvestissement du patrimoine immobilier, production d'énergies renouvelables, gîtes, chambres d’hôtes, ferme pédagogique... Les exploitations agricoles ne sont plus des espaces exclusivement dédiés à la production, permettant au passage au public de (re)découvrir l’agriculture sous un nouveau jour.

Ils maîtrsient leur production de bout en bout, grâce aux circuits courts

La transformation et la vente à la ferme sont les activités para-agricoles les plus fréquentes. En 2013, la transformation représentait déjà la première de ces activité annexes, touchant 37 % des exploitations diversifiées. 

L'avantage pour les agriculteurs ? Rester maîtres de leur production jusqu'à sa vente et en tirer de meilleurs revenus, sans passer par des intermédiaires.



A Loches, près de Tours, l’association le Grain Libre s’est ainsi attelée à la production de pâtes bio et locales (les "torsades paysannes") pour valoriser la production céréalière de ses membres.

Depuis juillet, ces agriculteurs issus de six exploitations en écoulent jusqu’à 120 kg par semaine sur le marché, dans les AMAP et dans les boutiques bio de Tours et Loches.  
 

"On se réapproprie ce que les paysans faisaient depuis l'origine. On ne peut pas industrialiser l'agriculture si on veut respecter la terre", affirment Emmanuel Gervais et Bernard Baranger, deux agriculteurs membres de cette association, à La Nouvelle République.


Dans la même logique, de nombreuses exploitations se sont mises à concevoir des glaces pour compenser la baisse du prix du lait en valorisant directement une partie de leur production. En partenariat avec La Glace de la ferme, les producteurs laitiers souhaitant emprunter ce créneau reçoivent 500 recettes de glaces et bénéficient de conseils pour les commercialiser.

Distributeur de produits frais (Crédit : ledistrib.eu)
Distributeur de produits frais (Crédit : ledistrib.eu)

La vente directe, qui consiste à ouvrir un magasin sur son exploitation, s'inscrit dans la même logique de circuit court, pour toucher aussi bien les touristes que les habitants des environs. La vente de fruits et légumes ou de miel s’y prête particulièrement.

Mais la gestion d’un magasin est chronophage, d'autant que les horaires de l'exploitant ne sont pas toujours ceux du client. Pour y remédier, de plus en plus d’exploitations commencent à installer des distributeurs  automatiques. Une solution adaptée à tout type de produits : fruits et légumes, viande, pain, fromage et même oeufs. 


Ils font de leurs fermes des lieu de découverte et de curiosité

Autre activité para-agricole : l'accueil de visiteurs qui ne viennent pas nécessairement faire leurs emplettes alimentaires. Touristes, groupes scolaires ou simples curieux peuvent ainsi se familiariser avec le monde agricole.

Le concept le plus courant est celui de la ferme pédagogique. 1 400 fermes s'y seraient converties en France. Des structures ouvertes aux groupes d'enfants ou d'adolescents, familles, personnes âgées ou handicapées. Le temps d'un ou plusieurs jours, elles proposent de visiter la ferme et de pratiquer des ateliers adaptés aux différents publics. L'objectif : mieux comprendre le monde agricole.

Certaines fermes pédagogiques peuvent s'inscrire dans une thématique particulière. C’est le cas de la ferme de la Liesse, en Picardie, qui propose une visite insolite façon XIXe siècle, avec costumes et outils d'époque.


A la ferme de la Liesse, la visite se fait en costume du 19ème siècle. (Crédit : Ferme de la Liesse/Facebook)
A la ferme de la Liesse, la visite se fait en costume du 19ème siècle. (Crédit : Ferme de la Liesse/Facebook)

L'accueil de visiteurs peut aussi passer par l'hébergement de touristes, par les gîtes, les chambres d’hôtes et autres campings à la ferme. L'occasion, pour l'exploitant, de valoriser le patrimoine rural qu'il n'utilise pas, ce qui implique souvent des opérations de restauration.
 

"Cette ferme appartenait à ma famille depuis les années trente, témoigne Jean-Claude, agriculteur à la retraite, sur le site de Gîte de France. Certains de nos bâtiments étaient devenus inutilisables pour notre exploitation agricole. Ils étaient vides de toute occupation.

Ainsi nous avons réfléchi à ouvrir une nouvelle activité afin de conserver ce patrimoine rural. L’idée de la création d’un gîte est venue de ma femme qui a toujours aimé les activités commerciales et relationnelles."

 


Mieux exploiter le patrimoine immobilier de la ferme, cela permet aussi de mettre en valeur sa production. Certaines fermes proposent ainsi un service de restauration aux touristes logés dans leurs chambres d’hôte.

D'autres optent pour le concept de ferme auberge en ouvrant un espace de restauration, avec ou sans hébergement. La plupart des ingrédients doivent alors être fermiers, provenant majoritairement de l’exploitation. Ces fermes auberges s'adressent aussi bien aux touristes qu'à la clientèle locale.


Pour se laisser découvrir sous un angle plus culturel, certaines fermes mettent en place des "écomusées". L'idée : mettre en valeur la culture et le patrimoine de leur territoire. Ce patrimoine peut être matériel (artéfacts, bâtiments) ou immatériel (témoignages, savoir-faire).

Si beaucoup d’écomusées sont aujourd’hui abrités dans d'anciennes fermes, certains le sont dans des exploitations encore en activité. À Souastre, dans le Pas-de-Calais, une ferme propose de découvrir les modes de vie, savoir-faire et techniques des paysans entre 1870 et 1970.


Ils valorisent leur patrimoine en devenant agents immobiliers

Avec l'espace dont ils disposent, les fermes peuvent proposer des activités plus festives comme, par exemple, des concerts. En Bretagne, la Ferme de Gwernandour est l'une des plus renommées en la matière. Le principe est simple :
 

“En été, les vaches quittent donc l’étable pour les prés, laissant la place à ce qui devient alors la plus fameuse salle de spectacle de Centre Bretagne”, peut-on lire sur le site internet de la ferme.  

Cette salle, qui peut contenir jusqu’à 400 spectateurs, a déjà accueilli des artistes comme Manu Chao ou Louise Attaque.


Une autre option permet de générer des revenus plus réguliers : la location d'anciens bâtiments agricoles. Après rénovation, ils peuvent même devenir des lieux d'habitats confortables. 

Certaines collectivités misent sur cette solution pour développer le logement social. C'est le cas à Doignies, près de Cambrai, dans le Nord-Pas-de-Calais. Laurent Bauduin, un agriculteur, y a transformé une vieille grange de 1922 de 100 m2 en deux logements sociaux.
 

“Nous, les agriculteurs, sommes de moins en moins nombreux, explique-t-il à La Voix du Nord. Quand on reprend des terres, il y a des bâtiments dessus, qu’en faire ? Pendant un moment, on les a transformés de centres équestres, mais ce sont des bâtiments vastes, il faut les entretenir.”

Dans le même esprit, Campus Vert met en lien des agriculteurs proposant des logements avec des étudiants. Le tout en Bretagne, dans les Hauts-de-France et en Île-de-France. Pour un 21m2 près de Lille, un étudiant doit débourser 272 euros. Et 330 euros à Mantes-la-Jolie. Des studios situés à 20 minutes maximum des universités.

Ils devienennent producteurs d'électricité verte

L’énergie est un budget important pour les exploitations agricoles. Selon l’Ademe, elle représentait entre 10 et 25 % des charges variables en 2010, soit 12 300 euros en moyenne par exploitation.

Une facture que les agriculteurs ont la possibilité de réduire grâce aux différentes ressources de leurs exploitations : biomasse, méthanisation, installation d’éoliennes ou de panneaux solaires... De quoi assurer les besoins de l'exploitation, voire de la vendre. En Allemagne, 11% de l'électricité renouvelable est d'origine agricole (avec la forêt).

Selon un rapport de la Commission européenne publiée en 2012, "l'une des principales raisons qui poussent les agriculteurs à investir dans les énergies renouvelables – respectueuses de l'environnement –, c'est qu'elles représentent une source de revenu supplémentaire et stable, souvent avec une garantie plus longue", tout en s'affranchissant des "nouvelles hausses des prix de l'énergie". 

Panneaux solaires à la ferme bio de They (Crédit : fermebioduthey.fr)
Panneaux solaires à la ferme bio de They (Crédit : fermebioduthey.fr)

Soucieux de pratiquer une agriculture 100 % responsable, certains exploitants intègrent la production d'électricité verte dans une démarche plus globale. Par exemple, la ferme bio du They, en Bourgogne, qui produit des énergies renouvelables pour alimenter l'exploitation et ses habitations. Combinée à un gîte et à un magasin qui vend ses produits bio, la ferme attire un public sensible aux questions écologiques.

Le potentiel de développement de ce tourisme rural ne fait pas de doute. Selon le ministère de l'artisanat, du commerce et du tourisme, la campagne est le théâtre de 34 % des voyages des Français.






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