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"Shadow comex" : Ces entreprises qui écoutent leurs jeunes

De grosses entreprises instaurent des comités de direction juniors, des "shadow comex", réunissant une dizaine d'employés de moins de 35 ans. Objectif : conseiller les hauts dirigeants, parfois dépassés par la révolution digitale.

Par Anaïs Marechal I Publié le 30 Novembre 2018


Les shadow comex réunissent des jeunes salariés qui conseillent le comité de direction de l'entreprise. (Crédit : Shutterstock)
Les shadow comex réunissent des jeunes salariés qui conseillent le comité de direction de l'entreprise. (Crédit : Shutterstock)
En 2016, Antonin Decosse, 31 ans, manager chez Adecco, participe tous les trimestres à des "comités de l'ombre" avec les plus hauts dirigeants et d'autres jeunes cadres du groupe. Le président d'Adecco est aussi présent. "C’était un moment assez unique de se retrouver avec lui", se souvient-il. Antonin Decosse a fait partie de la première promotion du shadow comex d'Adecco.

Ces comex (pour comités exécutifs), aussi appelés advisory board ou shadow codir, sont des comités de direction juniors composés d'employés jeunes – moins de 30 à 35 ans selon les entreprises. Ils regroupent une dizaine de collaborateurs sélectionnés pour leurs compétences mais également leur diversité : ils doivent être représentatifs des différents métiers au sein de l’entreprise. Ces shadow comex se réunissent en parallèle du comité de direction classique, avec le même ordre du jour.

Leur mission ? Challenger les décisions du comité de direction, lui apporter un regard neuf et également proposer des projets innovants. "Attention, le shadow comex n’a pas vocation à décider, il a uniquement un rôle consultatif", précise Édouard Tessier, fondateur de la société de conseil en transformation des entreprises Anakao. Depuis 2015, la vague shadow comex touche de nombreux gros groupes comme AccorHotels, Pernod Ricard, Macif ou encore Eiffage.

Des shadow comex pour suivre la révolution digitale

Ces jeunes sont-ils un réel atout dans la stratégie d’un groupe, ou s'agit-il d'une simple stratégie des managers pour les valoriser ? Edouard Tessier s’est intéressé au sujet, et a interrogé une vingtaine de personnes dans sept entreprises différentes : "Certaines évolutions n’auraient jamais vu le jour sans shadow comex. Les jeunes ont une compréhension de la société d’aujourd’hui qui est très importante pour la transformation des entreprises, aussi bien en terme de management que de numérique."

Le besoin d'être en phase avec la révolution digitale, la crainte d'être dépassé par un monde qui se transforme rapidement, sont des motivations qui reviennent dans les témoignages des comités de direction. Chez Adecco par exemple, l’Advisory Board a permis d’orienter les investissements vers l’automatisation de tâches administratives.
 
"Les jeunes ont de supers idées, mais c’est l’alliance avec des seniors plus expérimentés qui permet de les transformer en projets", précise Edouard Tessier. Le partage d’expérience est donc l'une des clés de la réussite du shadow comex. Chez Adecco, un directeur de la stratégie accompagne l’Advisory Board pour préparer les réunions.

Attention au "jeune washing"

Pour les jeunes aussi, l'expérience est enrichissante. "Ca m’a permis de me représenter toutes les activités du groupe, et de connaitre les métiers de mes collègues", témoigne Antonin Decosse. Et finalement, même si ce n’est pas l’objectif initial, le shadow comex est souvent un vecteur de développement professionnel. "J’ai gagné beaucoup de temps dans mon parcours, affirme Antonin Decosse. J’ai appris à communiquer, à argumenter, à travailler avec une équipe aux compétences différentes et à être force de proposition." Les comités sont généralement renouvelés tous les ans pour rester à l'écoute des nouvelles générations.

Petit bémol : des collaborateurs un peu plus vieux peuvent se sentir exclus rapporte le PDG d’AccorHotels au journal Le Monde. Attention également à ce que la charge de travail qu'implique de participer à un shadow comex : "Chez Arval, certains ont abandonné, c’est du boulot en plus le soir, le week-end", prévient Edouard Tessier.

Au final, le conseiller en transformation des entreprises est convaincu par le concept, s'il est bien appliqué. "C’est une vraie démarche d’humilité, je trouve cela très intéressant. En revanche si le comité de direction ne s’implique pas, cela reste juste du 'jeune washing'.



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