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Singa, un an après : "Nous sommes là pour renforcer la société avec les réfugiés"

Par I Publié le 19 Septembre 2016

Il y a un an, elle était sous le feu de tous les projecteurs : l'association Singa, qui lançait alors le réseau CALM, grâce auquel les Français peuvent héberger temporairement des réfugiés. Un an plus tard, sa communauté compte 20 000 personnes. "We Demain" a fait le point avec son fondateur Nathanaël Molle sur l'évolution d'un modèle d'accueil d'un nouveau genre.


Il y a un an, des manifestations essaimaient partout dans le monde en signe de solidarité avec les réfugiés. (Crédit : Anthony Brewster/FlickR)
Il y a un an, des manifestations essaimaient partout dans le monde en signe de solidarité avec les réfugiés. (Crédit : Anthony Brewster/FlickR)
Il y a un an, la diffusion de la photo d’Aylan Kurdi, mort noyé alors que sa famille tentait de rejoindre l’Europe, faisait la une de tous les journaux. Une date dont Nathanaël Molle, le cofondateur de l’association Singa, se souvient bien.

À l’époque, il lançait le réseau Comme à la maison (CALM), grâce auquel des Français peuvent héberger temporairement des réfugiés ayant obtenu leur titre de séjour. En seulement une semaine, l'association avait reçu plus de 2 500 demandes citoyennes. Un an plus tard, que reste-t-il de l’engouement de solidarité d’alors ? Et quels obstacles reste-t-il à surmonter pour mieux intégrer les nouveaux arrivants dans la société, mais aussi sur le marché de l’emploi français ?

Nous nous en sommes entretenus avec Nathanël Molle à l'occasion du Positive Economy Forum, dont We Demain est partenaire, qui s'est tenu au Havre.

Nathanaël Molle est le fondateur de Singa France. (Crédit : DR)
Nathanaël Molle est le fondateur de Singa France. (Crédit : DR)
We Demain : De janvier à août, la France a enregistré près de 55 000 demandes d'asile, soit une hausse de 19,3 % par rapport à la même période en 2015. Comment l'association Singa a-t-elle contribué à l'accueil de ces nouveaux arrivants ?

Nathanaël Molle : De façon de plus en plus organisée. En septembre 2015, nous n'étions pas prêts structurellement à recevoir autant de demandes d'hébergement, mais aussi, plus largement, d'engagement en tant que bénévoles. Un an plus tard, nous avons réussi à loger plus de 300 réfugiés, et ce, sur tout le territoire français : 20 % d'entre eux ont obtenu un logement durable grâce à cela et 20 % également un emploi. Des gens nous ont contacté en nous proposant de mettre à disposition des nouveaux arrivants leurs maisons, appartements, mais aussi leurs fermes et même leurs châteaux ! Ce ne sont plus simplement des bobos parisiens aisés, mais des professeurs, des avocats, des agriculteurs... qui tiennent à participer à cet accueil.

S'il concerne désormais tout type de profils, peut-on dire que l'accueil des réfugiés se démocratise ?

Oui, parce que la société civile a majoritairement compris l'enjeu : aujourd'hui, il ne s'agit plus "seulement" de trouver un toit aux réfugiés. Il s'agit bien plus de les intégrer socialement, mais surtout économiquement. Nous avons besoin de leur regard sur notre pays pour avancer, et de leurs compétences pour innover. Toutes les semaines, des Français nous sollicitent pour créer avec eux et nous des projets pour les y aider. Du côté de l'État aussi, il y a eu une prise de conscience. En témoigne l'appel à projets d'Emmannuelle Cosse, la ministre du Logement, qui prévoit la subvention des associations qui accompagnent l'accueil de personnes chez un particulier, à hauteur de 1 500 euros par réfugié et par an. Un appel à projets auquel Singa compte répondre.

1 500 euros, est-ce suffisant ? 

Non, bien sûr que non, c'est bien trop peu. Nous essayons d'ailleurs de négocier ce montant avec l'État, car aucune association ne va vouloir répondre à cet appel pour ce tarif là. L'accompagnement social, ça coûte cher - on estime que par personne, 8 000 euros par an sont nécessaires. Mais c'est un premier pas, le signe d'une légère inflexion dans la politique d'accueil et d'une envie de l'État de collaborer avec des familles. Et en cela, c'est énorme !

De son côté, comment Singa s'adapte-t-elle à cette demande ?

En recentrant le débat sur notre projet de société : nous ne sommes pas là pour aider les réfugiés, mais pour renforcer la société avec les réfugiés, pour lui apporter des solutions. Outre le réseau CALM, qui n'est pas un réseau d'hébergement d'urgence, mais une façon pour eux de s'intégrer durablement, nous proposons tout un tas d'activités qui permettent de renforcer les liens entre la société d'accueil et les nouveaux arrivants : cours de langues, sorties... Par exemple, si nous organisons un tournoi de foot, nous ne l'appellerons jamais "le tournoi de foot des réfugiés", puisqu'il sera ouvert à tout le monde. Singa est un début - le liant pour permettre à d'autres activités d'essaimer. C'est une démarche humanitaire au long terme.

Justement, comment votre réseau se développe-t-il un an après sa révélation auprès du grand public (Singa existe depuis 2012, NDLR) ?

Rapidement ! Nous formons désormais une communauté de 20 000 personnes. Des antennes Singa se sont ouvertes à Lyon, Lille et Montpellier, mais aussi au Canada, en Allemagne et en Belgique. Dès octobre, le réseau CALM sera entièrement géré via un algorithme sur un site en ligne dédié. Cet algorithme prendra en charge la mise en relation entre locaux et réfugiés que nous effectuons manuellement depuis un an. En octobre aussi, nous allons ouvrir le premier incubateur associatif à Paris, ouvert non seulement aux réfugiés, mais à toute personne désireuse de se lancer dans un projet de start-up sociale inclusif, intergénérationnel, collaboratif...Et dès janvier 2017, nous intégrerons tout cela dans un plus grand ensemble encore.

Lequel ?

Nous allons lancer une plateforme web "géante", à destination de tout le monde, sans limitation. Nous avons trop longtemps écarté les réfugiés des problématiques inhérentes à la société française, ce pourquoi notre outil connectera, là aussi via un algorithme, des réfugiés à des Français, des Français à des Français, des réfugiés à des réfugiés... En fonction des besoins de chacun.

Concrètement, comment cette plateforme fonctionnera-t-elle ?

Il suffira, pour en profiter, de se créer un profil gratuitement. Vous avez une idée de start-up ? L'algorithme vous connecte avec quelqu'un qui peut vous aider près de chez vous. Vous voulez avoir des informations administratives, vous lancer dans un domaine professionnel particulier, ou simplement trouver une communauté de capoeira près de chez vous ? Il en fera de même. Les traductions seront disponibles à destination des nouveaux arrivants, en général très connectés. Et la plateforme sera alors, avant tout, un générateur de lien social, pour construire les contours d'une nouvelle société. 

Comment comptez-vous financer tout cela ?

Pour le moment, nous vivons de subventions privées et publiques. Nous avons également obtenu 16 000 euros grâce à une campagne de financement participatif. Mais cette nouvelle plateforme, elle, fonctionnera grâce au don citoyen, de façon mensuelle ou ponctuelle. Cela marche ! De plus en plus d'associations ou d'entreprises sociales ont recours à ce modèle.

Quels sont vos objectifs au long terme ?

Nous sommes 14 salariés pour l'instant, notre challenge est de devenir bien plus nombreux et de faire grossir notre communauté afin que nous soyons 500 000 d'ici 3 ans. 20 000, c'est déjà pas mal, mais 500 000 personnes, ça compte dans les urnes... et cela permet de vraiment changer les choses : les gens qui arrivent vont rester, parce qu'ils ne pourront malheureusement pas retourner dans leurs pays de si tôt. Il est temps de nous donner, ensemble, une perspective d'avenir.






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