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Souffrance animale : quand la réalité virtuelle accroît notre empathie pour une vache conduite à l'abattoir

Par I Publié le 6 Octobre 2016

Une expérience scientifique inédite menée par des chercheurs américains a permis à un panel de volontaires de "vivre" l'expérience de vaches menées à l'abattoir. Leur conclusion ? Sous un casque de réalité virtuelle, on change de regard sur la condition animale.


La réalité virtuelle permet d'appréhender plus facilement la vie des animaux, ici des vaches. (Crédit : Journal of Computer-Mediated Communication)
La réalité virtuelle permet d'appréhender plus facilement la vie des animaux, ici des vaches. (Crédit : Journal of Computer-Mediated Communication)
Que ressentent des vaches lorsqu'elles prennent le chemin de l’abattoir ? Comment se représenter les ravages de l'acidification des océans sur les organismes marins ? Aux États-Unis, une étude inédite a questionné le rapport de l'homme à la souffrance animale. Cette expérience scientifique, menée conjointement par des équipes de chercheurs des universités de Géorgie, de Stanford et du Connecticut, visait à montrer comment la réalité virtuelle peut susciter, ou développer, l'empathie humaine pour "le monde naturel" (la faune et la flore).

Équipé de casques de réalité virtuelle, un panel de volontaires s'est retrouvé dans la posture de ruminants poussés à grands coups d'aiguillons électriques dans le camion les menant à l'abattoir. Ils ont aussi été immergés dans une colonie de polypes, des êtres marins dont les membres sont aujourd'hui rongés par l'acidification des océans.   

Les résultats, publiés dans le Journal of Computer-Mediated Communicationlaissent apparaître que les participants à cette expérience ont vu croître leur conscience des enjeux environnementaux. Le traumatisme créé par cette simulation immersive s'est prolongé chez eux durant une semaine. Soit infiniment plus longtemps que chez un autre groupe de volontaires, à qui seules des vidéos avaient été données à visionner.

Cette sensibilisation aiguë est précisément ce que cherchaient à provoquer les chercheurs. Avec la réalité virtuelle, ils ont trouvé un levier d'une efficacité redoutable pour rendre les dangers environnementaux plus concrets et réels dans l'esprit humain. Une prise de conscience qui s'est faite beaucoup plus rapidement qu'avec les méthodes de prévention habituelles.
 
"L'un des plus gros problèmes avec les questions environnementales, c'est qu'il y a un décalage temporel énorme [entre nos actes et leurs conséquences], comme si tout ce que vous faisiez au présent n'était pas relié à un quelconque problème environnemental dans le futur", a expliqué Grace Ahn, l'une des auteures de l'étude de l'université de Géorgie au Guardian. 

La chercheuse est convaincue que la réalité virtuelle est "un outil extraordinaire pour démontrer les relations causales entre les choses [ un outil pour pouvoir dire] "voilà ce que vous faites aujourd'hui, et voici ce qui en résultera dans 100 ans."  

Recycler davantage ou s'engager pour une cause

Ce n'est pas la première fois que des chercheurs utilisent la réalité virtuelle pour susciter ou accroître l'empathie. Une autre étude, menée par des chercheurs du Virtual Human Interaction Lab, a débouché sur des résultats similaires. Ses cobayes, amenés à jouer le rôle de bûcherons à l'assaut de séquoias dans un monde virtuel, se sont mis à recycler davantage leurs déchets papier que ceux qui n'avaient eu qu'à se concentrer sur l'abattage d'arbres sans approche sensorielle.

Enfin, pour les besoins d'une étude plus récente du même labo, des cobayes humains se sont retrouvés virtuellement nez à nez avec des rhinocéros blancs. Là encore, leur capacité d'empathie pour ces animaux a considérablement augmenté, ce qui les a conduit à s'engager pour la défense des espèces en voie de disparition.

L'expérience menée sur les vaches et les coraux aura également permis d'isoler de nouvelles pistes éducatives : si on utilisait, par exemple dès l'école, des outils de réalité virtuelle, les problématiques environnementales sembleraient bien plus concrètes, y compris pour ceux qui ne se sentent pas particulièrement concernés par ces enjeux.






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