Travailler demain

Soyez paresseux, vous serez plus productif au travail

Par Claire Gollot I Publié le 11 Octobre 2018

"L’oisiveté est la mère de tous les vices", veut un vieux diction. "Point du tout !", clame l’écrivain Tom Hodgkinson. Le fondateur de la revue britannique "The Idler" (L’Oisif) est aussi l'auteur de "L’art d’être oisif dans un monde de dingue" (2004). Un essai jouissif écoulé à plus d'un million d'exemplaires, tout juste traduit en français. Rencontre avec un maitre de la paresse.


"Il va encore falloir se battre pour être paresseux !" (Crédit Shutterstock)
"Il va encore falloir se battre pour être paresseux !" (Crédit Shutterstock)
We Demain : Quelle est, selon vous, la valeur de l’oisiveté ?

Tom Hodgkinson : Premièrement, quand vous travaillez trop, votre système immunitaire se fatigue. Conséquence, vous tombez malade. Paresser permet de rétablir votre santé physique et mentale. Deuxièmement, cela favorise la créativité. Faire le dilettante est nécessaire pour laisser les idées émerger. John Lennon était une personne très oisive, il passait beaucoup de temps à ne rien faire ; et n’est-il pas le plus grand génie des cent dernières années ? Le Docteur Johnson, qui a écrit le premier dictionnaire anglais et qui m’a beaucoup inspiré, passait toute la matinée allongé.

Troisièmement, la paresse peut aider à résoudre des problèmes. Combien d’entre nous ont trouvé une solution après une bonne nuit de sommeil ? Le repos active différentes parties de notre cerveau. Quatrièmement, être paresseux permet de se dédier à l’art, à la philosophie. Mon exemple, Socrate, n’a jamais rien écrit. Il ne travaillait pas. Il restait là, à traîner, il s’asseyait et se mettait à parler toute la journée, en buvant beaucoup de vin, comme une personne inutile. Pourtant, il a inventé la philosophie…  Cinquièmement, cela permet d’avoir une vie spirituelle, de méditer, de prier, d’entrer en pleine conscience, de se recentrer sur nos objectifs essentiels. Enfin, l’oisiveté permet de se connecter à la nature, nous qui sommes majoritairement urbains. Vous voyez, c’est vraiment quelque chose de noble de ne rien faire ! 

Mais comment concilier travail et oisiveté ? 

Je ne dis pas que tout le monde doit quitter son boulot. Certaines personnes sont épanouies en entreprise. Mais si l’on fait un "job à la con", dont parle David Graeber, je conseille vraiment de le quitter. Les gens craignent souvent de ne pouvoir assumer leurs charges. Or on peut vivre plus frugalement. S’installer à la campagne par exemple, comme je l’ai fait pendant douze ans avec ma femme et mes enfants, travailler chez soi, créer son entreprise, faire un break. La plupart des gens peuvent y parvenir. Bien sûr, il est conseillé de mettre de l’argent de côté ou de profiter d’indemnités de licenciement avant de changer de vie par exemple. 

Tom Hodgkinson vante les mérites de l'oisiveté dans la vie personnelle et professionnelle. (Crédit : Claire Gollot)
Tom Hodgkinson vante les mérites de l'oisiveté dans la vie personnelle et professionnelle. (Crédit : Claire Gollot)
Si l’on reste employé, quelle est l’entreprise idéale ?

Le meilleur emploi est d’abord celui que l’on aime ! Ensuite, être employé peut avoir beaucoup d’avantages pour un oisif. Il y a les congés payés : cinq semaines en France ! En Australie, certaines sociétés ont mis en place la semaine de quatre jours et cela me paraît une très bonne chose. Regardez les docteurs, les infirmières. Un médecin fatigué, c’est vraiment une mauvaise idée ! De grosses erreurs, de mauvaises décisions se produisent quand les gens sont au bout du rouleau. Consentir à ce que les gens travaillent moins me semble rentable d’un point de vue économique. Je suis certain que la productivité augmente quand les heures de travail se réduisent. Si quelqu’un arrivait à prouver que la paresse est bénéfique pour la richesse de la nation, cela deviendrait plus acceptable. Il va encore falloir se battre pour être paresseux !

Quel conseil pratique donneriez-vous à un travailleur pour cultiver l'oisiveté au quotidien ?

Sans doute celui de faire un réel break à l’heure du déjeuner, sans son téléphone. On peut en profiter pour faire du vélo, flâner, s’asseoir dans une église, discuter avec un collègue… ou tout simplement marcher. Un proverbe latin dit que les problèmes se résolvent en marchant. Et si j’étais roi, je ferais en sorte que tous les salariés puissent faire la sieste évidemment ! (Rire) 

Après avoir été journaliste free-lance, chroniqueur pour le Guardian, vous êtes aujourd’hui employeur. Un patron peut-il rester oisif ? 

En effet, j’ai eu une librairie et j’édite un magazine. Je fais en sorte que la société prospère. Nous avons des actionnaires. C’est un business complètement capitaliste (Rire.) Nous essayons de trouver de nouveaux fonds, de nouveaux abonnés… On m’accuse d’être devenu un hard worker mais je vais au bureau de 10h30 à 18h. Certains jours, je reste à la maison, ma femme fait de même. Au départ, je reconnais que l’organisation n’a pas été si simple avec nos salariés : je leur demandais de respecter des horaires ! Puis j’ai accepté la flexibilité. Je n’ai plus que deux assistants et je fais appel à des freelances. Travailler à horaires fixes cinq jours par semaine est compliqué notamment pour de jeunes parents. J’aimerais continuer à démontrer que l’on peut avoir une entreprise florissante sans bosser comme un fou !





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