Planète

Sylvain Tesson : "Sommes nous végétaux ou animaux psychiquement ?"

Il a fait le tour du monde à bicyclette, traversé les steppes d’Asie centrale à cheval, traversé la France à pied… Il est un des plus grands écrivains voyageurs français. Et reste fasciné par les arbres et leur supposée immobilité. Entretien.

Par Josyane Savigneau I Publié le 4 Novembre 2019


Sylvain Tesson a reçu le prix Renaudot 2019 pour son livre La panthère des neiges. (Crédit : Bruno Charoy)
Sylvain Tesson a reçu le prix Renaudot 2019 pour son livre La panthère des neiges. (Crédit : Bruno Charoy)
Retrouvez le reportage complet dans le numéro 27 de We Demain, disponible en kiosque et sur notre boutique en ligne
 
  • We Demain : Vous avez grimpé aux arbres, et ailleurs – en montagne, sur des cathédrales, dont Notre-Dame de Paris, mais pourriez-vous vous penser arbre ?
 
Sylvain Tesson : Je suis trop mobile pour ça. C’est une question merveilleuse : sommes-nous végétaux ou animaux psychiquement ?
Culturellement, je suis du côté des arbres. J’aime l’idée du statique, de l’enracinement. J’aime la circulation immobile de l’arbre, qui va puiser dans les tréfonds et qui va projeter au ciel ce qu’il a attrapé dans la terre. J’aime la grande politesse de l’arbre. Dans la forêt, on se couche, on regarde le ciel et le houppier, les frondaisons des arbres dessinent des taches dans le ciel et ne se touchent pas. Les arbres sont proches, mais leurs masses de feuillages ne s’interpénètrent pas, ne se télescopent pas, elles se frôlent, dans une sorte de politesse absolue. On parle beaucoup de cette chose qui n’existe plus, le « vivre ensemble », mais mettons-nous dans la forêt, où les arbres vivent très bien ensemble.

Une fois que j’ai dit ça, que je me suis rangé culturellement du côté des arbres, il y a le solfège existentiel. Et là je suis mobile, je ne suis pas du tout un arbre, je suis plutôt une espèce de bête un peu névrotiquement aspirée par l’horizon et le mouvement. Tout cela est très contradictoire, mais les contradictions sont sans importance.

On peut tout à fait avoir une fascination, comme je l’ai, pour le mode de vie des arbres, et en choisir un autre. C’est mon cas. Mais il y a des arbres qui marchent. J’en ai vu. Dans les mangroves, ils se déplacent, lentement, leurs racines sont mobiles. Ils sont comme sur des échasses. Tolkien dans Le Seigneur des anneaux, décrit une population d’arbres mobiles, les Ents.
 
  • We Demain : Pour vous, la France est le pays de la nature domestiquée, une sorte de jardin, par opposition aux grands espaces, à la wilderness américaine ou russe. Quelle est la place des arbres dans ce jardin ?
 
Dans la grande idée du XVIIe siècle de créer une coercition parfaite du monde naturel, le plus emblématique des arbres, c’est le buis taillé. Dans le jardin domestiqué, l’arbre parfait c’est celui taillé en boule. L’être possesseur de la nature, c’est le tailleur d’arbres. On a même fini par donner des formes sculptées à ces buis, on voit ça chez Lewis Carroll, dans les labyrinthes de la Reine, il y a des animaux qui sont en fait des buis taillés. Le rêve du directeur de potager, ce serait de faire de la forêt une entreprise de sculpture.
 













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