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Santé

Un élixir de vie testé sur les chiens : une avancée dans la lutte contre le vieillissement ?

Par Natacha Delmotte I Publié le 20 Mai 2016

Aux États-Unis, des chercheurs testent un médicament sur les chiens pour leur permettre d'allonger leur durée de vie. À terme, ils espèrent pouvoir l'administrer à l'homme afin de lutter contre la vieillesse et, par ce biais, toutes les maladies qui lui sont associées : diabète, cancer, Alzheimer...


Photo d'illustration (Crédit : Pmuths1956/Wikimédia commons)
Photo d'illustration (Crédit : Pmuths1956/Wikimédia commons)

Si on permettait à votre compagnon à quatre pattes de vivre plus longtemps, seriez-vous tentés par l’expérience ? Comme le raconte le New York Times, des chercheurs de l'université de Washington, à Seattle, ont testé sur des chiens un traitement qui leur permettrait de soigner… la vieillesse.

Au total, quarante chiens de plus de 18 kg et âgés d’au moins six ans, ont servi de cobayes à Matt Kaeberlin et Daniel Promislow, deux chercheurs en biologie du vieillissement. Tous les animaux testés présentaient déjà des signes de vieillesse comme des insuffisances cardiaques, du cholestérol ou des problèmes aux articulations.


Ces animaux se sont vus alors administrer de la rapamycine. Immunosuppresseur, ce médicament est généralement utilisé pour limiter les risques de rejet en cas de greffe. Dans un article de 2012, Science et Avenir explique son fonctionnement : la rapamycine bloque une protéine, nommée mTOR (mammalian Target of Rapamycin), ce qui a pour effet de rallonger la vie des mammifères.

La substance a été testée sur des rongeurs au cours de plusieurs études, dont la première a été publiée en 2009. Des effets secondaires se sont manifestés : intolérance au glucose et résistance à l’insuline. En 2012, des chercheurs du Whitehead Institute for Biomedical Research, à Cambridge, ont réussi à allonger de 14 % la durée de vie de souris, tout en découvrant la raison de ces effets secondaires. Ce qui a donné de bons espoirs au monde scientifique.



L’étude de Seattle vient de se terminer et n’a donc pas encore livré ses conclusions finales. Mais la démarche rencontre déjà un certain succès. Plus de 1 500 propriétaires de chiens ont proposé leurs animaux pour cet essai clinique. Par manque de moyens, les chercheurs n’en ont sélectionné que quelques dizaines.

L’objet principal de leur étude n’est évidemment pas de permettre aux maîtres de profiter plus longtemps de leurs compagnons à quatre pattes. À terme, les chercheurs aimeraient tester le médicament sur l’homme.


Les difficiles recherches sur l’allongement de la durée de vie chez l’homme

Diabète, maladie d’Alzheimer, cancers… Les symptômes et les causes de ces maladies sont différentes. Donc leurs traitements sont différents et les recherches multiples. Elles ont pourtant un point commun : toutes ont tendance à se déclencher lorsqu'on atteint un âge avancé.

Le constat de nombreux chercheurs en biologie de la vieillesse, dont la spécialité peine à être reconnue, est simple : pour lutter contre toutes ces maladies en même temps, il faut donc lutter contre la vieillesse.

Mais la recherche nécessite des fonds, dont ne bénéficie que très peu ce domaine.
 

"Les gens comprennent 'mon proche est mort d’une crise cardiaque, donc je donne de l’argent à ce domaine de recherche'", explique le docteur James L. Kirkland, chercheur à la Mayo Clinic, au NYT.

"C’est plus difficile de se dire ‘mon proche était vieux, ce qui l’a prédisposé à être victime d’une crise cardiaque, donc je donc de l’argent à la recherche sur le vieillissement'".

 
 

Selon les chercheurs exerçant dans ce domaine, les études sur la vieillesse sont soit ignorées, soit mal considérées. Les références de la culture populaire le confirment : Voldemort dans Harry Potter, les seigneurs Sith de Star Wars ou Dorian Gray du roman éponyme. Tous ont voulu atteindre la vie éternelle pour des raisons égoïstes.

En ralliant à leur cause les propriétaires de chiens, les chercheurs espèrent ainsi convaincre une partie de l'opinion. Et ainsi changer les mentalités pour obtenir plus de moyens.



Reste que ce type de recherche pose des questions éthiques. Par exemple, comment passer au stade des essais cliniques ? Les chercheurs en biologie du vieillissement reconnaissent que ces derniers posent davantage de problèmes, puisqu'ils feraient courir des risques à des personnes en bonne santé.
 

"Lorsqu’on teste un traitement contre le cancer sur un malade, il va mourir s’il ne prend pas de traitement dans tous les cas", commente Andrew Dillin, chercheur à Berkeley en Californie au NYT.


Le médicament qui rend l'homme immortel n'est donc pas pour tout de suite. En attendant, cette expérience peut donner l’espoir aux amis des bêtes de bénéficier d’un peu plus de temps avec leurs animaux. 

Selon les chercheurs en charge de l'étude, le traitement semble, pour l'instant, être bénéfique aux premiers chiens testés. 



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