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Un jour, votre voiture carburera aux algues

Par Claire Commissaire I Publié le 29 Juin 2018

Micro-algues mais gros potentiel : plus écolo et plus productives que les huiles de palme ou de colza, les algues pourraient bien alimenter nos voitures demain. Ou plutôt, après-demain.


Un jour, votre voiture carburera aux algues
Imaginez. Août 2050, il fait beau, il fait chaud, c’est les vacances. Vous prenez votre voiture et partez faire un tour à la pompe avant le grand départ. L’essence, le diesel, le gazoil ? Ça, c’était l’époque de vos parents : votre machine carbure désormais aux micro-algues. Et ouaip, la classe.     

Ces agrocarburants à base de micro-algues sont dit de "troisième génération". La première génération, ce sont les huiles en tout genre — de colza, par exemple, mais aussi… de palme. Ceux-là ont l’inconvénient d’entrer en compétition avec les terres agricoles, et donc, notre alimentation, lorsque leur culture ne contribue pas à la déforestation. La deuxième génération, ce sont tous les déchets forestiers et résidus végétaux. Là encore, problème : on s’en sert déjà beaucoup pour nourrir le bétail, ou encore pour faire de l’électricité ou de la chaleur. D’où l’intérêt de ces micro-algues.  

Les avantages sont nombreux : tout d’abord, ces micro-algues sont très productives. "A quantité d’espace identique, on peut produire plus d’énergie que les plantes terrestres, entre deux et cinq fois plus, selon les estimations les plus optimistes", explique Pierre Collet, ingénieur en analyse environnementale à IFP Energies.

"Ensuite, on peut construire les bassins nécessaires à la culture de micro-algues sur des terrains non-fertiles, ce qui évite la concurrence avec la culture alimentaire", un aspect que l'on reproche beaucoup aux agrocarburants de première génération, comme ceux à base de colza. "De plus, le fait d’être dans des bassins, donc en milieu fermé, permet de ne pas  utiliser de pesticides, ce qui est le cas pour le colza ou le blé", continue Pierre Collet. 

Une scientifique qui regarde des micro-algues avec passion (Crédits : Wikimedia Commons)
Une scientifique qui regarde des micro-algues avec passion (Crédits : Wikimedia Commons)

Des expérimentations

En Espagne, la commune de Chiclana utilise déjà ce carburant à base de micro-algues pour les camions poubelles de la ville. Le petit plus ? Elles sont cultivées dans les eaux sales de la ville, puisque la pollution est propice est l’épanouissement de ces petites plantes. D’une pierre deux coups, puisque les algues participent également à la dépollution de l’eau.

Mais ce n’est pas le seul exemple de re-valorisation. Comme elles se nourrissent de dioxyde de carbone, certains projets misent sur la ré-utilisation des fumées industrielles des usines alentours. "Aujourd’hui, on peut affirmer que ça marche : on commence par cultiver des micro algues en récupérant des fumées d'industriels, puis on les concentre pour retirer le maximum d’eau" , explique Michael Parra, qui coordonne le projet Vasco 2 à Marseille, qui fonctionne selon ce procédé. "Enfin, on fait de la liquéfaction hydro-thermale : c’est de la pression et de la chaleur. On obtient alors du bio-brut, qui est l’équivalent du pétrole."  

Un bassin de culture de micro-algues (Crédits : Wikimedia Commons)
Un bassin de culture de micro-algues (Crédits : Wikimedia Commons)
Mais pour l’instant en France, une seule entreprise, Fermentalg, a réussi à faire rouler une voiture en 2012, avant de se concentrer sur d’autres filières plus rentables, comme l’usage alimentaire. Une autre expérience menée en milieu ouvert à Gruissan a été abandonnée après 4 ans de tests. Mais qu’est-ce qui coince, alors que les algo-carburants paraissent si prometteurs ?  

D’abord, ces petites plantes sont assez exigeantes : elles ont besoin de soleil, ce qui rend le modèle difficilement réplicable d'un pays à l'autre et privilégie les zones méditerranéennes. De plus, pour installer des bassins, mieux vaut avoir un terrain assez plat, ce qui restreint d'autant le choix d’emplacement. Mais il y a un autre problème : à l’heure actuelle,  le "bilan énergétique" des micro-algues n’est pas intéressant. "Pour produire beaucoup, on a besoin de beaucoup d’énergie et de beaucoup de fertilisants", prévient Pierre Collet. 

Énergie, car l’eau des bassins d’algues ne doit pas être stagnante : une mise en mouvement de l’eau permanente est nécessaire. Ensuite, pour récolter les algues, il faut carrément enlever l’eau des bassins, ce qui demande aussi beaucoup d’énergie. Côté fertilisants, on parle surtout de CO2 nécessaire à la production des algues. Mais pas toujours facile d’avoir une quantité suffisante, car celui naturellement présent dans l’atmosphère ne leur suffit pas. 
"Cela pose des contraintes industrielles compliquées : pour les eaux usées comme pour les fumées, cela signifie qu'il faut une ville suffisamment grande à côté, avec de la place pour installer des bassins… ". Ainsi aujourd'hui, en France, "même si on prenait tous les espaces qui répondent à ces contraintes, la quantité de micro-algues produites ne serait pas énorme", confie Pierre Collet. 

"L’objectif reste quand même de developper une filière économique qui soit viable. Pour l’instant, la filière des algo-carburants reste une filière à faible marge, comparé aux cosmétiques par exemple. Aucune expérimentation ne tient à terme sur des subventions publiques", souligne Michael Parra. Et pour cause : les coûts de production sont encore très, très élevés — plus de 300 dollars le baril, selon IFP Énergies Nouvelles. Par comparaison, à l'heure où cet article est écrit, le pétrole vaut 71 dollars le baril...  Patience donc, il faudra attendre encore quelques années de recherches appliquées avant de carburer aux micro-algues. 








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