Tech-Sciences

Un train rétro-futuriste et made in France en réponse à l'Hyperloop

Par Séverine Mermilliod I Publié le 6 Juillet 2018

Inspirée de l'Aérotrain, un projet français des années 1960, une entreprise basée à Paris et Orléans veut faire revivre le train sur coussin d’air : SpaceTrain, c’est son nom, pourrait voyager à une vitesse de 540 km/h. De quoi concurrencer l’Hyperloop d'Elon Musk ?


Le Spacetrain circulera sur monorail. Licence : CC BY SA 4.0 - Auteur : Spacetrain
Le Spacetrain circulera sur monorail. Licence : CC BY SA 4.0 - Auteur : Spacetrain
Si les futurs bacheliers 2018 ont planché pour leur épreuve d’anglais sur l'Hyperloop d’Elon Musk – un train du futur évoluant dans un tube à grande vitesse – , peut-être que celle de français se penchera dans quelques années sur le SpaceTrain. Ce train sur coussin d’air, actuellement en projet, est inspiré d’une invention française des années 1960 : l’Aérotrain.

Une première maquette est en cours de construction, et un premier prototype à taille réelle devrait quant à lui être prêt pour un premier essai en 2020. L’objectif : transporter des passagers à une vitesse moyenne de 540 km/h.
 

Fonctionnement de l'aérotrain. / Arnaud Pérat (http://data.abuledu.org/wp/?LOM=22717) [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], via Wikimedia Commons
Fonctionnement de l'aérotrain. / Arnaud Pérat (http://data.abuledu.org/wp/?LOM=22717) [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], via Wikimedia Commons

À l’origine, les déboires d’un vieux projet

À la fin des années 1960, Jean Bertin, ingénieur français, imagine un train circulant sur coussin d’air, sur un monorail en forme de T inversé, et propulsé par un réacteur d’avion. Le brevet sur la mise en œuvre du coussin d’air – une technique pour faire "léviter" des véhicules au moyen d’une couche d’air sous pression – avait été déposé par la société quelques années plus tôt. En supprimant la roue et en réduisant ainsi le frottement, Jean Bertin souhaitait pouvoir accroître la vélocité de son appareil. Ce dernier s’appellera l’Aérotrain.

En 1966 a lieu le premier essai. L’amélioration de sa technologie lui permet rapidement de battre le record du monde de vitesse sur rail en 1974 : 430,2 km/h. Mais au même moment, un autre mode de transport se développe : le TGV.  Et lui peut utiliser le réseau ferroviaire déjà existant. L’Aérotrain est supplanté et tombe dans l’oubli.

Son potentiel a pourtant intéressé Emeuric Gleizes, le fondateur de SpaceTrain, qui a décidé de lui donner une seconde vie : "Avec notre société Jacques Vaucanson, nous travaillions déjà dans l'ingénierie aéronautique et robotique. En discutant du projet d'Hyperloop, et parce que nous avions connaissance de l'ancien Aérotrain, il nous est venu l'idée du Spacetrain."

Selon lui, l’avantage de s’inspirer de ce vieux projet, c’est que "l'Aérotrain, cela a déjà fonctionné. Jean Bertin a réussi à faire marcher son appareil et à transporter des personnes. Donc c'est concret. Aujourd'hui, la technologie de l'aérotrain et du Spacetrain est moins coûteuse que l'Hyperloop et 2,5 fois moins cher que ce que propose le TGV", assure l’entrepreneur.
 
L’entreprise souhaite donc faire revivre ce projet qui serait selon eux plus compétitif et plus réaliste aujourd’hui.


Des améliorations techniques

"Aujourd’hui, nous avons 50 ans d'avancées techniques sur ce qu’était l’Aérotrain à l’époque, explique Emeuric Gleizes. Nous avons remplacé le réacteur d'avion par un moteur à induction linéaire. La différence principale réside donc dans la motorisation. On a des piles à combustibles qui sont sur le toit de l'appareil, avec des batteries en graphène, qui ont des capacités de stockage plus importante que des batteries en lithium."

En revanche, comme son ancêtre, le train circulera en extérieur, et non dans un tube comme l'Hyperloop, comme la première version du projet SpaceTrain l’avait imaginé, pour des raisons de coût.

L’entreprise est encore en phase d’estimation du financement total du projet : selon leurs études, le coût de construction au kilomètre est estimé entre 6 et 8 millions d’euros, "alors que le TGV est à 25 millions du km, renchérit Emeuric Gleizes. On va affiner au fur et à mesure. Cela dépendra aussi de la région, du dénivelé, du passage sur lequel on va faire ce genre de ligne."

CC BY SA 4.0 - Auteur : Spacetrain
CC BY SA 4.0 - Auteur : Spacetrain
Et n’allez pas dire à son fondateur que son projet risque de se heurter à la concurrence : "Qu'est-ce que mon projet a de moins irréaliste que l’Hyperloop ? Ce n'est pas une concurrence pour nous. En terme technologique, c’est un projet intéressant, mais il est irréaliste. Nous, on souhaite que cela serve aux usagers. Je veux que ma proposition permette d’améliorer le transport, et cela est crédible car  l'état actuel du réseau ferroviaire demande beaucoup d'investissements."

Une première exploitation commerciale dès 2025 ?

Alors que des petites lignes de train ferment en France, le projet prévoit plutôt pour l’instant de relier des métropoles entre elles, même si d’après Emeuric Gleizes, travailler sur de plus petites lignes ne poserait pas plus de problèmes : "On prévoit de relier des métropoles comme Le Havre-Paris, ou Paris-Orléans... Mais nous avons aussi rencontré la Région Hauts de France, qui a pour problématique des petites lignes à faible vitesse : et nous sommes capables de répondre à ce genre de projet."

L'entreprise envisage de s’installer près de Saran, dans le but de réutiliser l’ancienne ligne d’essai de l'Aérotrain qui y est toujours installée mais qui devra être réhabilitée. Douze ingénieurs travaillent aujourd’hui sur le SpaceTrain, qui devrait selon les prédictions de l’entreprise être mis sur le marché en 2025, à peu près au même moment que l’Hyperloop.
 







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