wedemain.fr
En savoir plus
Twitter
Rss
Ma ville en transition

Une Française à San Francisco, la ville "zéro déchets"

Par Serena Benassu I Publié le 10 Août 2018

Recrutée comme stagiaire au Département de l’Environnement de San Francisco, Aline, 22 ans, blogueuse écolo, a vécu de l’intérieur la stratégie de cette ville californienne championne du recyclage.


Aline a décroché un stage dans la ville qui veut éradiquer les déchets. La jeune femme n'en produit, elle, que 500 gr par an.
Aline a décroché un stage dans la ville qui veut éradiquer les déchets. La jeune femme n'en produit, elle, que 500 gr par an.
Adepte du fait maison et de la simplicité volontaire, je pratique depuis trois ans ce que j’appelle la « micro-écologie ». Non, je ne me nourris pas exclusivement de chou kale au fond d’une grotte, mais mon existence de minimaliste épanouie m’a permis de ne produire que 500 grammes de déchets en une année. En utilisant une gourde en inox plutôt que des bouteilles en plastique, par exemple. Un combat de tous les jours en France, où l’issue la plus courante pour nos détritus reste l’incinération. Pendant ce temps, aux États-Unis, une cité de plus de 850 000 habitants a choisi de considérer les siens comme une ressource.

Pour vivre de l’intérieur la ville « zéro déchet », je postule à un stage au département de l’Environnement de San Francisco… Et ma candidature est retenue ! À moi la Californie, berceau des entrepreneurs de la Silicon Valley et de la Beat Generation !
 

À peine quitté l’aéroport, un, puis deux, puis trois centres de tri s’élèvent sur les bords de la route. Ici, le recyclage est visible, ostensible même, et il est l’affaire de tous. Je rencontre des SDF traînant de gros sacs remplis de bouteilles, canettes et autres emballages ramassés à même le pavé ou dans les poubelles publiques. Contre quelques dollars, les centres de tri privés – nombreux dans la ville – les récupèrent.

Remédier aux négligences des uns permet à d’autres de se payer un repas. Et aux centres de tri de faire tourner leurs affaires. Car une fois triées, les matières recyclables sont revendues : les cartons aux usines d’emballage, les canettes aux usines de… canettes. Sans oublier les 600 tonnes de matériaux organiques transformés en compost, puis vendu aux agriculteurs de la région : la Californie est le premier producteur de vin, de fruits et de légumes des États-Unis.
 

Crédit : Flickr
Crédit : Flickr
Le succès de la ville en matière de tri repose notamment sur les Fantastic 3, un trio de poubelles : la verte pour les déchets organiques (épluchures et restes de repas, papier souillé et gobelets en carton), la bleue pour les matériaux recyclables (plastique, papier, métal et verre), la noire pour tout le reste.

Plébiscités dans les quartiers pavillonnaires, les Fantastic 3 gagnent peu à peu les immeubles, jusqu’ici dotés de vide-ordures uniques. Surtout, pour contribuer à financer la collecte et le recyclage, chaque foyer ou entreprise doit s’acquitter d’une taxe. Plus on émet de déchets non recyclables, plus la facture grimpe. C’est le principe de la redevance incitative.

Quatre-vingts pour cent : San Francisco affiche le taux de valorisation de déchets le plus élevé des grandes villes d’Amérique du Nord. Un résultat hors norme quand on sait qu’un Américain produit en moyenne 700 kg de déchets par an. Presque le double d’un Français. Je comprends vite pourquoi. Au supermarché, je me retrouve en tête-à-tête avec des produits suremballés. Pour faire mes courses, je préfère flâner dans les nombreux marchés de producteurs et magasins proposant des produits en vrac.

Pour réduire le volume d’emballages pétrochimiques, la ville multiplie les décisions. Depuis 2013, seuls les sacs réutilisables et payants sont autorisés en magasin. En 2017, nouveau coup dur pour le plastique : après l’interdiction de distribuer des bouteilles à usage unique dans les lieux publics, San Francisco interdit la vente d’objets en polystyrène.

Et récemment, la mairie a annoncé de nouvelles consignes de tri pour le plastique souple, désormais recyclable. Son objectif ne varie pas : réduire continuellement la part de déchets qui finissent à la décharge : 444 000 tonnes aujourd’hui contre 700 000 en 2001.

D’ailleurs, la nouvelle attraction de San Francisco se trouve au Pier 96, la jetée au bord de la baie dans le sud-est de la ville, où s’érige le plus vaste centre de tri de la planète. Le millier d’employés de l’entreprise Recology y acheminent chaque jour 1 400 tonnes de déchets collectés en ville, sans compter ceux qui viennent de l’extérieur. 

Green business

Nous faisons tout d’abord une halte dans des hangars dont se dégage une forte odeur. Ici, par un va-et-vient de camions, atterrissent les déchets non recyclables, avant leur exfiltration loin de la ville, dans des décharges. Après dix minutes de voiture, j’arrive au cœur du fameux centre où visiteurs et représentants politiques de tous les pays viennent assister au « miracle » de la revalorisation des déchets.

Dans un immense hangar, des étages et des étages de tapis roulants se croisent à une vitesse folle. Je me demande comment font les employés pour suivre le rythme, même si l’essentiel du tri est automatisé : des capteurs optiques séparent les matériaux en quinze flux différents. Le verre, lui, est recyclé à quelques kilomètres de là, près de Berkeley. Le reste, plastique en tête, est souvent vendu à l’étranger, principalement en Asie.

Crédit : Wikipédia
Crédit : Wikipédia
La participation des entreprises à ce système est cruciale : elles produisent les deux tiers des déchets de la ville. Avec l’équipe « zéro déchet » du département de l’environnement de San Francisco, je vais à la rencontre des PME qui souhaitent réduire leur gaspillage à la source ou qui rencontrent des problèmes liés à la « contamination » des poubelles par des déchets indésirables, ce qui perturbe énormément le recyclage.

Lorsque les éboueurs nous signalent un cas répété, les « serials contaminateurs » sont identifiés et bénéficient de nos conseils sur l’emplacement et l’étiquetage des poubelles. Aux plus réticents, on apprend que non, mélanger les déchets organiques avec les autres ne les empêche pas de sentir mauvais…

S’il est peut-être laborieux, notre travail de terrain porte généralement ses fruits : aux entreprises qui affichent un bon taux de recyclage et qui mettent en place des initiatives écolos, la mairie délivre la certification « Green Business ». Exemple probant : le grand hôtel Marriott Marquis, qui valorise aujourd’hui 85 % de ses rebuts.

Paradoxalement, mon expérience à San Francisco décuple ma motivation… à recycler moins ! J’ai réalisé à quel point ce système est énergivore : collecte en porte-à-porte, transport jusqu’au centre de tri, tri par des dizaines de machines géantes, compactage… Sans compter la suite : voyage à l’autre bout du monde, fonte des matériaux, moulage en billes, transport, fonte et enfin moulage final.

Bien sûr, le recyclage des déchets est préférable à la décharge, mais ne pas en produire reste la meilleure option. À San Francisco, mon mode de vie zéro déchet a pris tout son sens. 
 




[INFO PARTENAIRE]
Né de l’association de l’Unep – Les Entreprises du paysage et Hortis – organisation des responsables nature en ville, l’Observatoire des Villes Vertes développe la réflexion sur les perspectives de la ville verte en France.

wedemain.fr sur votre mobile