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Ma maison demain

Viens chez moi, j’habite dans un HLM passif et participatif

Par Alice Pouyat I Publié le 27 Avril 2018

Le premier HLM passif et participatif de Paris, c’est à dire nécessitant très peu d'énergie et géré par ses locataires, a été inauguré en mai 2017. Un an plus tard, retour sur cette aventure pionnière.


Comme Marie et son époux, les locataires s’impliquent dans la gestion de leur immeuble. (Crédit : Alice Pouyat)
Comme Marie et son époux, les locataires s’impliquent dans la gestion de leur immeuble. (Crédit : Alice Pouyat)
Sur le tableau noir de l’entrée, avec des craies de couleurs, ils ont dessiné un soleil, des cœurs, et le planning des tâches à venir : poubelle à sortir pour Océane, nettoyage de la cour pour Kim, atelier peinture avec Salah…. Le tout sous un sympathique mot de "Bienvenue !".

Niché dans une ruelle du XIXe arrondissement de Paris, le 6 passage Desgrais est un édifice atypique à plus d’un titre. Cet petit immeuble de trois étages, inauguré en mai 2017, est le premier HLM participatif de la capitale, c’est à dire géré par ses habitants, mais aussi passif, c’est à dire conçu de façon à nécessiter aucun, ou très peu, de chauffage (1).

En posant la première pierre du bâtiment, Ian Brossat, adjoint (PCF) à la Mairie de Paris chargé de l’habitat, avait fait l’éloge d’un modèle inspirant"qui change le rapport au logement" ... Un an après l’inauguration, retour sur une expérience pionnière, mais qui n'a pas été de tout repos.

Le bâtiment en ossature bois, préfabriqué, se veut peu gourmand en énergie. (Crédit : Patrick H Müller)
Le bâtiment en ossature bois, préfabriqué, se veut peu gourmand en énergie. (Crédit : Patrick H Müller)

Tâches partagées et charges réduites

Marie Mosser, 39 ans, est comédienne. Avant d’emménager en mai 2017, elle vivait avec son compagnon et son fils de 16 ans dans un deux-pièces de 45 m2 au cœur de la Goutte d’Or, à Paris, pour 1000 euros par mois. Enceinte, elle cherche un logement plus grand, et découvre sur le site "Loc’ Annonces", édité par la Mairie de Paris, une offre d’HLM "où chacun met la main à la pâte".

C’est l’un des principes de l’habitat participatif : pour réduire les charges, les voisins s’engagent à nettoyer eux-mêmes l’immeuble, à sortir les poubelles ou à changer les ampoules. Comme elle, ils sont 150 à postuler. Au final, six foyers sont sélectionnés, pour des logements allant du studio au cinq-pièces. Les profils sont variés, déménageur, jeune employée du 115, mère célibataire travaillant dans la communication culturelle, couple mixte breton algérien…

La famille de Marie a hérité du plus grand appartement : un duplex ultra lumineux, avec trois chambres, deux salles de bain et même un bureau. Le tout pour 1200 euros mensuels charges comprises. Rare à Paris. Et un bail... à vie. "Au départ, c’était d’abord un pari économique", reconnaît la comédienne "comme pour tous les locataires". Mais l’aventure humaine a aussi séduit cette famille à l’esprit de troupe. Et sur ce point, elle n’a pas été déçue : "Nous sommes tous très différents, c’est enrichissant. Cela pousse à la tolérance, à la rencontre". Les locataires ont rédigé une charte de vie commune, organisent des dîners pour Noël ou pour fêter le printemps, se rendent des services, construisent un bac à compost partagé…

Pompe à chaleur bruyante

Les habitants s’organisent pour se repartir les tâches ménagères, notamment grâce à ce tableau dans l’entrée. (Crédit : Alice Pouyat)
Les habitants s’organisent pour se repartir les tâches ménagères, notamment grâce à ce tableau dans l’entrée. (Crédit : Alice Pouyat)
Si l’humain fonctionne donc plutôt bien, l'aventure architecturale, elle, a été un peu plus compliquée. Construire un immeuble passif en milieu urbain dense, dans un passage exposé au nord, avec très d'apports solaires, était "un défi de taille", reconnaît le cabinet Nomade. En réponse, il a proposé une armature bois épaisse, un bardage en zinc épuré, des escaliers clairs, de vastes fenêtres traversantes. Un projet plutôt moderne et chaleureux. Les habitants ont même pu choisir certains éléments de leur décoration intérieure, couleur du sol ou des portes.

Seulement, quelques désagréments se sont faits sentir les premiers mois. Dans un bâtiment passif, l’isolation renforcée (triple vitrage...) s’accompagne en général d’une ventilation mécanique double flux : l’air vicié est aspiré et préchauffe l’air neuf insufflé. Or, le débit d'air était au départ trop important et trop froid.  "Pendant l’hiver, cela soufflait à 13 degrés chez nos voisins… ", assure Anton, le compagnon de Marie. Et la pompe a chaleur, située au dessus de leur appartement, s'est révélée très bruyante.

Le bailleur social, Batigère, reconnaît que ce projet pionnier à Paris est un "laboratoire expérimental". Des réglages ont été faits pendant l’hiver pour ajuster la température et l’isolation sonore. D’autres travaux sont promis pour supprimer les dernières nuisances. De nouvelles réunions d'information sont aussi prévues pour bien clarifier le fonctionnement de cet immeuble atypique : certains habitants pensaient par exemple qu’ils ne devaient pas du tout allumer le chauffage dans un bâtiment passif, ce qui n’est pas le cas.
 
Aujourd'hui, la grande majorité des occupants de maisons passives s'en disent satisfaits mais, comme dans le passage Desgrais, des tâtonnements se font parfois sentir, en partie liés au retard pris par la France dans la construction de ces bâtiments innovants.

(1) Pour en savoir plus, voir le site de La maison Passive





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