Tech-Sciences

Violences policières : des applis smartphone pour les filmer

Par Morgane Russeil-Salvan I Publié le 17 Juin 2020

En France comme aux États-Unis, des applications permettent aux témoins d'une arrestation ou aux interpellés de filmer facilement l'action des forces de l'ordre. L'objectif affiché est préventif, mais des syndicats de police y voient des outils attisant les tensions.


Un passant filme une manifestation écologiste, vendredi 5 avril, à Francfort. (Crédit : Shutterstock)
Un passant filme une manifestation écologiste, vendredi 5 avril, à Francfort. (Crédit : Shutterstock)

Si des passants n'avaient pas filmé l'interpellation et l'asphyxie de George Floyd, sa mort n'aurait peut-être pas déclenché les manifestations anti-racistes que les États-Unis connaissent aujourd'hui.

En France aussi, les violences policières sont souvent documentées. Des vidéos incriminant les forces de l'ordre font le tour des réseaux sociaux lors de chaque manifestations. Sur Twitter, elles sont recensées et partagées sous la mention "Allô @PlaceBeauvau ", une initiative du journaliste et réalisateur David Dufresne. Plusieurs d'entre elles ont donné lieu à des enquêtes de la part de l'Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN).

En principe, "un policier en mission ne peut s'opposer à la prise d'images ou de sons (…) qu'elle soit le fait d'un journaliste ou d'un simple particulier". La règle a beau provenir d'une circulaire du ministère de l'Intérieur, les manifestants craignent toujours que leur appareil soit confisqué ou que le contenu de leur carte mémoire effacé.


Des images automatiquement stockées sur le cloud

Cette crainte a motivé la création de l'application Urgence Violences Policières ou UVP, par le collectif Urgence, notre police assassine. Gratuite, l'application permet d'enregistrer les vidéos directement sur les serveurs du collectif, accompagnées de données de géolocalisation. Elle fournit également des conseils à l'utilisateur, lui enjoignant de filmer sans commentaires et de relever – si possible – le RIO des agents : un matricule à 7 chiffres propre à chaque policier et apparaissant sur leur brassard.
 

"L’idée, c’est que les gens puissent utiliser cette appli comme un outil, une arme de surveillance et de protection citoyenne", expliquait Amal Bentounsi, co-fondatrice du collectif "Notre Police Assassine" à 20 Minutes, le 16 mars.

Une innovation mal reçue par les syndicats de policiers. Sur son site internet, le syndicat Alliance Police Nationale surnomme même l'outil "Unir des Voyous contre la Police" et annonce y voir une tentative d'instaurer "un climat de dénonciations et de procès par vidéos en attisant la haine et le chaos". Il déclare par ailleurs à 20 Minutes avoir déposé une saisine auprès du ministère de l'Intérieur.

Le "copwatching", la pratique qui a traversé l'Atlantique

L'idée de "surveiller les surveillants" ne date pas d'hier. En 2011, naissait en France le site internet "Copwatch" (surveiller les flics), aujourd'hui inaccessible. Montée par des citoyens anonymes, la plateforme recensait déjà les exactions policières mais mettait également à disposition des internautes une base de données listant les comportements douteux de plus de 150 policiers d'Île-de-France.

Télérama, qui avait pu consulter le site à l'époque, avait relevé les informations suivantes :"N'aime pas les minorités ethniques"; "Porte la marque néo-nazi “thor steinar” pendant l'exercice de ses fonctions" ; "N'hésite pas à taper dans les cellules de garde à vue." L'accès au site, qui diffusait parfois le nom des policiers, avait alors été fermé par le ministère de l'Intérieur.

Le site "Copwatch" s'inspirait directement d'une pratique née dans les années 1990 aux États-Unis, ou plus précisément à  Berkeley, en Californie. Des citoyens patrouillaient alors les rues pour documenter les exactions policières à l'encontre des sans-abris. La pratique sera également mobilisée pour témoigner des violences envers les afro-américains.

Les groupes de copwatching ont depuis essaimé sur tout le territoire nord-américain : on y recenserait plus de soixante quinze associations du genre. Elles disposent d'un outil similaire à UVP : Mobile Justice, une application éditée par l'Union Américaine pour les Libertés Civiles.

Ces applications comportent néanmoins une faille : elles nécessitent de pouvoir dégainer et manipuler rapidement son smartphone. C'est ce qui a donné à l'Américain Robert Petersen l'idée de créer, à l'aide d'un simple raccourci pour iPhone, une alternative à Mobile Justice.

Une fois le raccourci installé, il suffit de prononcer la phrase "Hey Siri, I'm being pulled over" (Hey Siri, je me fais arrêter), pour déclencher un enregistrement vidéo. La luminosité de l'écran diminue automatiquement par souci de discrétion et le smartphone envoie les images au contact de confiance défini par son propriétaire.

Nul besoin d'être développeur pour créer un outil semblable à celui de Robert Petersen : il suffit d'installer l'application "Raccourcis" d'iOS et de créer sa propre commande vocale.










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