Planète

Vos lampes de jardin tuent les insectes

Par I Publié le 26 Juin 2018

Imaginez un monde sans insectes... Ça vous fait rêver ? Pourtant la diminution de leur population perturbe toute la chaine alimentaire. La première cause de leur disparition : la pollution lumineuse, de plus en plus importante.


Une étude montre qu’en Allemagne, 75 % des insectes ont disparu depuis les années 90, y compris dans les espaces protégés. (Crédit : DR)
Une étude montre qu’en Allemagne, 75 % des insectes ont disparu depuis les années 90, y compris dans les espaces protégés. (Crédit : DR)
L’été est là, avec lui arrive les barbecues et les repas dans le jardin... Rien de plus énervant que ces insectes qui tournent autour de vous et tombent dans votre verre ou votre assiette ? Certes, ce n’est pas très agréable. Pourtant, cela devrait nous préoccuper car en Europe, le nombre d'insectes a diminué de près de 80 % en 30 ans. La faute aux pesticides mais aussi à l'éclairage... Or les insectes sont indispensables à la pollinisation de nombreuses plantes et sont à la base de la chaine alimentaire pour plusieurs animaux, dont les oiseaux.
      
"Une étude menée en Allemagne montre qu’on estime à 150 le nombre d’insectes tués par réverbère et par nuit en été. Rien qu’en Allemagne, il y a 7 millions de réverbères, ce qui fait plus d’un milliard d’insectes tués. Si on multiplie ce chiffre à tous les types d’éclairage et à l’échelle mondiale, c’est colossal !", s’insurge Jean-Philippe Siblet, directeur expertise au Muséum national d’Histoire naturelle.    
       
Le problème : la pollution lumineuse en pleine croissance. En effet, selon l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnent nocturne (ANPCEN), l’éclairage public en France a été multiplié par deux en seulement 25 ans. Cela représente une des premières causes de la disparition de certains insectes. 
      
"On peut citer un indicateur tout bête : il y a une vingtaine d’années, quand vous faisiez un trajet Paris-Lyon, il fallait s’arrêter au moins trois fois pour nettoyer son pare-brise. Aujourd’hui, il n’y a presque plus rien !", illustre le directeur du Service du Patrimoine Naturel du Muséum.

Les LED particulièrement dangereuses ?

Initialement utilisé pour faire des économies d’énergie, l’éclairage LED a été victime d’un effet rebond. Ces ampoules étant peu couteuses et durables, leur utilisation a été fortement multipliée, aussi bien dans les sphères privées que publiques. 
 
Une récente étude publiée dans la revue américaine Science Advances, montre qu’entre 2012 et 2016, la lumière artificielle a ainsi augmentée de manière constante de plus de 2 % par an dans le monde.

"Le problème on ne sait pas si c'est les led, mais leur surutilisation", explique Jean-Philippe Siblet. (Crédit : DR)
"Le problème on ne sait pas si c'est les led, mais leur surutilisation", explique Jean-Philippe Siblet. (Crédit : DR)
Beaucoup d’espèces s’orientent la nuit grâce à la lumière naturelle. Les insectes par exemple sont inévitablement attirés par les sources lumineuses. Ils meurent soit brulés, soit d’épuisement à force de tourner autour des lampes, soit ils sont mangés par d’autres animaux, attirés par l’abondance. 
 
Mais difficile de savoir si les LED sont particulièrement dangereuses pour ces volatiles. "Il y a plusieurs éléments qui rentrent en compte", développe le scientifique. "Par exemple le nombre de points lumineux, le temps d'éclairage, quel type de longueur d’onde ils émettent – ce qui n’a pas les mêmes conséquences en fonction des espèces…".
     
"Nous ne connaissons pas la vision des insectes. Nous savons que pour les oiseaux, il est préférable d’installer des lumières vertes, mais la perception des couleurs pour les insectes reste un mystère".

Quelles solutions ?

Il n’existe donc pour le moment aucune solution alternative, qui permettrait de protéger cette espèce. Selon l’expert du Muséum, le constat est sans appel : "le meilleur éclairage pour la faune, c’est celui dont on n’a pas besoin. La mesure la plus efficace contre la pollution lumineuse : n’éclairer que ce qui est nécessaire"
 
En effet, pourquoi éclairer des ruelles désertes ou des terrasses de maison toute la nuit ? La solution n’est pas d’éteindre la Tour Eiffel, mesure-t-il, mais de se poser la question si tous nos éclairages sont inévitables.

Tous les deux ans, l'ANPCEN récompense les villes et les villages qui ont fait des efforts pour limiter leur pollution lumineuse. (Crédit : DR)
Tous les deux ans, l'ANPCEN récompense les villes et les villages qui ont fait des efforts pour limiter leur pollution lumineuse. (Crédit : DR)
La législation tend vers une protection de plus en plus accrue de la faune nocturne. Par exemple, depuis la loi biodiversité  de 2016, les paysages nocturnes font partie du patrimoine. 
     
"On accuse les scientifiques d’avoir des discours anxiogènes et peu optimistes. En l’occurrence, pour ce problème, il s’agit d’une question de volonté. Pour le réchauffement climatique par exemple, il est compliqué de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Dans ce cas, il suffit d’éteindre la lumière : ça aura un impact immédiat et ça permet même de faire des économies !", se réjouit Jean-Philippe Siblet.
     
Alors durant vos prochaines soirées estivales, demandez-vous si cette guirlande lumineuse est bien nécessaire et réjouissez-vous de voir tous ces petits insectes virevolter autour de vous !
      













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