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Yanis Varoufakis : "En Suisse, le revenu de base permettrait de stabiliser une société aux inégalités salariales croissantes"

Par I Publié le 26 Avril 2016

Le 5 juin, les Suisses sont appelés à statuer par votation sur une mesure qui pourrait changer leur système social en profondeur : l'instauration d'un revenu de base de 2 300 euros mensuels par adulte, et de 550 euros mensuels par enfant. Interrogé par le quotidien Tages Anzeiger, l'ancien ministre des finances grec explique en quoi l'instauration d'un revenu universel pourrait sauver nos sociétés.


Yanis Varoufakis, à Barcelone (Crédit : Marc Lozano/Wikimedia Commons)
Yanis Varoufakis, à Barcelone (Crédit : Marc Lozano/Wikimedia Commons)
Pour lui, la Suisse est un terrain idéal pour "expérimenter l’instauration d’un revenu universel". Yanis Varoufakis, économiste et ancien ministre grec des Finances, a été interrogé sur le sujet par le quotidien de Zurich Tages Anzeiger en amont du référendum du 5 juin.
 
Ce jour-là, les Suisses sont appelés aux urnes pour décider de l'instauration d’un "revenu de base universel et inconditionnel" : s’ils votent "oui", tout citoyen de la Confédération helvétique, actif ou inactif, boulanger ou trader, jeune ou âgé, recevra directement un revenu de l’État. Son montant : 2 300 euros mensuels par adulte et 555 euros mensuels par enfant. Et ce, sans condition ni contreparties.
 
L'instauration d'un tel revenu constituerait une rupture avec le modèle social en vigueur en Suisse comme dans le reste du monde, au sein duquel seul le travail peut procurer un revenu. Une instauration pour laquelle Yanis Varoufakis affirme "se battre".

Morceaux choisis de l'entretien accordé par l'ex-ministre grec.


SUR LA NÉCESSITÉ D'UN REVENU DE BASE

"Pour la première fois dans l'histoire de la technologie, plus d'emplois sont détruits que créés. Le progrès technique entraîne une forte réduction des postes de travail bien payés et une érosion de la classe moyenne. Cela entraîne une plus importante concentration de revenus et de fortune dans la classe supérieure. C'est la raison pour laquelle je me bats pour des réformes de politique sociale comme l'instauration d'un revenu de base." 

"La robotisation est en cours depuis longtemps, mais les robots n'achètent pas de produits. C'est pour cela que nous avons besoin d'un revenu de base, pour intercepter ce changement et stabiliser une société aux inégalités salariales croissantes."

SUR LE RISQUE D'INACTIVITÉ, QUE POURRAIT FAVORISER L'INSTAURATION D'UN REVENU DE BASE

"L'instauration d'un revenu de base inconditionnel n'encourage pas l"inactivité, ni les gens à rester chez eux à ne rien faire. À ce que je sache, une étude suisse a révélé que seuls 2 % des sondés déclarent vouloir arrêter de travailler s'il était instauré. Et même s'il devait y encore davantage : le revenu de base ne rend pas fainéant. Les expériences qui ont été menées à ce sujet, par exemple au Canada dans les années 1970, l'ont prouvé."

"Il y a de surcroît déjà énormément de personnes qui ne travaillent pas du tout ou presque pas en Suisse : les riches."

SUR LA SOCIÉTÉ SUISSE COMME TERRAIN D'EXPÉRIMENTATION

"C'est parce que la Suisse se porte bien économiquement qu'elle est un terrain idéal pour expérimenter le revenu de base. N'oubliez pas : malgré sa richesse, la qualité de vie y diminue également déjà aujourd'hui. Car à quoi vous sert un job bien payé, si vous avez peur de le perdre ? Cette angoisse constante paralyse et rend malade. La Suisse devrait voir le revenu de base comme un investissement pour le futur."

SUR L'ARGUMENT SELON LEQUEL LE REVENU DE BASE POUSSERAIT LES GENS À L'OISIVETÉ

"C'est facile pour Économiesuisse de dire cela. Mais c'est dommage que ce groupement économique influent ait une image tellement négative des Suisses. Et manifestement, Économiesuisse n'a aucun problème avec le fait que les enfants de riches industriels ou managers, par exemple, se tournent vers le "Dolcefarniente" grâce à leurs héritages. Ces derniers ne travaillent pas pour survivre, mais pour se réaliser. Par exemple en s'engageant au sein de fondations, en suivant des projets, ou en se formant dans des écoles de première qualité."

"Pourquoi ne pourrait-on pas permettre à des enfants issus de classes moins privilégiées d'avoir accès à même juste une fraction de leurs possibilités ? Moins de concurrence et de peurs existentielles rendra les humains plus créatifs et permettra de créer une nouvelle prospérité."



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