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Yann, coursier à vélo : "Tu bosses quand tu veux, pour qui tu veux, tu es un peu ton propre patron"

Par Natacha Delmotte I Publié le 4 Mai 2016

Sac sur le dos, ils sont de plus en plus nombreux à pédaler dans les rues des grandes villes. Pour "We Demain", un néophyte raconte comment cette activité physique, précaire, mais très accessible, lui permet de boucler ses fins de mois.


Photo d'illustration (Crédit : Richard Masoner/Flickr)
Photo d'illustration (Crédit : Richard Masoner/Flickr)
Quelques minutes avant le début de son shift (un créneau de travail dans le jargon des livreurs), Yann (1) se connecte à l’application fournie par son employeur, Foodora. Prêt à enfourcher son vélo, il attend le moment où son téléphone lui donnera le top départ.

Soudain, une alerte un peu agressive : une commande l'attend. Le livreur prend la route. Direction le restaurant où il devra récupérer sa livraison, avant de l’apporter chez le client, le plus rapidement possible. Pendant la durée de son shift, deux heures en moyenne, Yann va répéter l’exercice entre quatre et six fois.

Depuis un mois, cet étudiant parisien en audiovisuel de 22 ans est coursier à vélo pour Foodora. Amateur de cyclisme sans en être un mordu, c’est le salaire qui a constitué sa principale motivation. “J’avais besoin d’argent rapidement et facilement”.

Attiré par le concept qu’il juge novateur, il décide de se lancer : “On voit des livreurs à vélo partout dans la rue en ce moment. Quand tu en vois certains, tu te dis : ‘si lui peut le faire, alors moi aussi’."


Équipé d’un vélo de course en carbone hérité de son grand-père, Yann a gagné 400 euros brut en travaillant 35 heures le mois dernier. “Pour quelqu’un qui s’y met à fond, c’est vraiment un moyen de se faire pas mal d’argent."


Un recrutement rapide

Le jeune livreur envisageait d'intégrer le circuit des coursiers à vélo depuis le mois de septembre. Mais il n'a franchi le pas qu'en mars. Tout est alors allé très vite.
 
Deux semaines après avoir commencé les démarches du recrutement, j’ai commencé à travailler.

Formulaire en ligne, échange de mails puis entretien : le dispositif n’a pas semblé très sélectif à Yann. Jusqu’au shift d’essai, où, pendant trois heures, le jeune homme a été formé au métier. “C’est à ce moment là, que tes recruteurs voient si tu tiens la route. Personnellement, j’étais mort après. Je n’avais pas fait de vélo depuis longtemps.”

Il faut ensuite s'adapter au statut d’auto-entrepreneur et à sa complexité administrative. “Au début, tu te poses pas mal de questions, mais les livreurs plus expérimentés sont là pour répondre à tes questions”.

En un mois, Yann s'est rapidement adapté au fonctionnement et aux règles du métier. Il jongle aisément entre les trois applications qui lui permettent de s'organiser et de communiquer avec les autres livreurs. La solidarité entre coursiers existe. Elle a même donné naissance à une petite communauté. Chaque mois, un pot rassemble les food drivers


Le statut d’auto-entrepreneur a ses avantages et ses inconvénients.
 
Tu bosses quand tu veux, pour qui tu veux, tu es un peu ton propre patron. C’est très flexible. Par contre, c’est une situation très précaire, sans aucune garantie.”

Après avoir travaillé dans la restauration, Yann apprécie néanmoins cette liberté, qui lui permet de composer entre ses études, ses stages et cette activité. “Avec la boîte, c’est donnant-donnant. Ils ont intérêt à te proposer une rémunération intéressante pour te motiver, et des trajets relativement courts pour que les plats arrivent chauds.”

Un "shift" qui rapporte

Les food driver sont rémunérés de deux façon : à l’heure et à la commande. À cela il faut ajouter divers bonus : pluie, week-end…

Pour sa part, Yann gagne 7,50 euros par heure, auxquels s’ajoute les deux euros minimum que lui rapporte chaque commande. Chez Foodora, plus le coursier effectue de livraisons, plus la somme qu'il reçoit à chaque course augmente : trois, quatre euros, voire plus.

Les shifts varient selon la durée et le moment de la journée. Le plus important selon Yann, c’est de s’inscrire aux créneaux les plus lucratifs. “Les plus longs durent 3h45. Autant dire qu’à la fin, tu dors bien.


L'une des applications utilisée par Yann détermine ses courses en fonction de là où il se trouve et de là où il souhaite terminer sa tournée. Un système qui fonctionne plutôt bien selon le jeune cycliste.

En travaillant deux heures, Yann livre entre quatre et six commandes, qui correspondent chacune à une distance moyenne de quatre à six kilomètres. “En moyenne, un food driver pédale entre 20 et 50 kilomètres par shift”, estime le jeune homme.

Mais cela peut rapidement varier. “Certains restaurateurs ne commencent à préparer la commande que quand tu es arrivé. Dans ce cas-là, on perd facilement 15 à 20 minutes à attendre. Si t’as déjà mis quinze minutes pour t’y rendre, ça te ruine ton shift”.

Pour livrer dans les temps, Yann ne respecte pas "à la lettre" le code de la route, sans pour autant prendre des risques inconsidérés. Selon lui, le casque est indispensable. Mais même avec, il se sent extrêmement vulnérable à vélo. “Plusieurs fois, sans être en tort, il s'en est fallu de peu pour que je ne me fasse pas renverser par une voiture.”

Sans oublier les efforts physiques nécessaires. “Tu utilises tes jambes pour bosser, comme un ouvrier utilise ses mains. Quand c’est dur, tu te dis que tu trimes à mort pour un burger qui va te rapporter deux euros.” Mais Yann a vu ces doutes se dissiper quand sa paye est tombée.
 

(1) Le prénom a été changé




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