Planète

Yvan Bourgnon : "notre bateau ira collecter le plastique dans les océans"

Par I Publié le 29 Mai 2018

Le fondateur de l’association The Sea Cleaners a présenté en avril la maquette de son bateau nettoyeur des océans, le Manta. Il récupèrera le plastique pour le recycler et le transformer en carburant. Le skippeur en parlera sur la scène des Think Thank le 2 juin au festival We Love Green.


Yvan Bourgnon, fondateur de l'association The Sea Cleaners sera présent sur la scène des Think Thank de We Love Green samedi 2 juin. (Crédit : Wikimedia)
Yvan Bourgnon, fondateur de l'association The Sea Cleaners sera présent sur la scène des Think Thank de We Love Green samedi 2 juin. (Crédit : Wikimedia)
Après un tour du monde de deux ans, durant lequel il a navigué sur une mer trop souvent souillée par le plastique, Yvan Bourgnon a décidé de passer à l'action. Le skipper suisse veut nettoyer les océans.

Il y a deux ans, il a pour cela créé l’association The Sea Cleaners. Cette année, il a achevé la maquette du Manta, son bateau autonome ramasseur de déchets. Entretien.
 
  • We Demain : L’idée de nettoyer nos océans vous est venue en étant confronté à cette pollution ?
Yvan Bourgnon : J’ai navigué lors d’un tour du monde de 2013 à 2015. J’ai été au milieu du plastique pendant des mois. Il y avait des amas énormes : des filets de pêche, des poussettes, des frigos, des jouets... qui tapaient contre la coque. 
 
Lors d’un cyclone ou d’une catastrophe naturelle, c’est un déversoir de plastique tous les mois qui suivent...
     
  • Vous avez présenté la maquette du Manta en avril. Comment l'avez-vous conçu ?
Le Manta est le résultat d’une année et demi d’étude de faisabilité. On est parti d’une page blanche pour inventer un nouveau bateau regroupant deux concepts.
 
D’abord le fait de récupérer des déchets plastique en mer. Et ensuite de rendre un bateau de travail autonome en énergie, notamment grâce au vent et au soleil. C’est cette deuxième partie qui est d’une complexité sans nom. Le Manta sera le premier bateau de 2 500 tonnes à être autonome en énergie.
 
Nous sommes actuellement dans la phase d’appel d’offres pour savoir quel chantier naval va le construire afin que le Manta soit prêt dans quatre ans.

Le Manta, de la taille d'un terrain de foot, se déplacera uniquement grâce aux énergies renouvelables. (Crédit : The Sea Cleaners)
Le Manta, de la taille d'un terrain de foot, se déplacera uniquement grâce aux énergies renouvelables. (Crédit : The Sea Cleaners)
  •   De quelles technologies sera équipé le bateau ?
À bord, nous utiliserons des technologies qui existent déjà. Ce que nous inventons, c’est un bateau capable de recevoir ces technologies.
 
Même s’il fait la surface d’un terrain de foot, la place reste limitée. Il faut trouver la meilleure combinaison en utilisant des panneaux solaires, des éoliennes et la pyrolyse, qui permettra de transformer une partie du plastique ramassé en carburant.
     
  • Comment les déchets seront collectés ?
Le Manta possédera quatre coques avec trois entrées d’eau naturelle entre chacune d’elles. Les déchets se font piéger par des tapis roulants qui basculent dans la mer, jusqu’à un mètre de profondeur. Ils remontent ensuite naturellement dans le bateau avec le courant et le triage se fait à bord.
 
Le Manta sera capable de ramasser jusqu’à 20 000 mètres cubes de plastique par an !
 
Une partie permettra de faire avancer le bateau, même si la pyrolyse ne vient qu’en complément des panneaux et des éoliennes. Les pyrolyses permettront tout de même de produire jusqu’à trois tonnes de carburant par jour, pour les générateurs, l’équipage de 36 personnes à bord...
 
  • Et le reste des déchets ?
Ceux qu’on ne recycle pas seront ramenés à terre, directement dans une unité de recyclage s’il y en a sur place.
 
Si ce n’est pas le cas, nous aurons nos propres unités de recyclage à bord, jusqu’à 30 conteneurs d’environ 25 mètres carrés. On proposera aux populations locales de les recycler elles-mêmes ou de fabriquer leur propre carburant.

Mais notre objectif va au-delà du simple ramassage de plastique. On est conscient que ce n’est pas grand chose par rapport à la pollution existante. Nous voulons sensibiliser et éduquer. Le Manta nous rend crédible. 

Plus de plastique que de poissons dans nos mers d'ici 2050 ? (Crédit : Pixabay)
Plus de plastique que de poissons dans nos mers d'ici 2050 ? (Crédit : Pixabay)
  • Connaissez-vous déjà les principales destinations du Manta ?
Nous irons là où il y a le plus besoin de nous, dans les zones contaminées comme les Philippines, l’Asie du Sud, le Nigeria, l’Amazonie...
 
Nous sommes en train de recruter une quinzaine d’interlocuteurs dans 15 pays différents pour avoir l’autorisation des pays et trouver des accords avec les gouvernements.
 
  • Comment allez-vous financer le projet ?
On n'a que deux ans d’existence et on a déjà un million d’euros de chiffre d’affaires. 7 500 donateurs nous soutiennent ainsi qu’une trentaine de mécènes. De grands groupes nous contactent pour travailler avec nous. Un quart du projet est déjà financé.
 
Mon inquiétude, aujourd’hui, ce n’est pas le financement du Manta, mais comment on va réussir à financer une flotte de bateau à l’échelle de la planète. Chaque pays va devoir s’approprier cette solution et ça va nous prendre des années pour les convaincre. On va rentrer dans cette phase dès la fin de l’année.
 
  • Pensez-vous qu’il est possible de nettoyer nos océans ?
On reste humble, on est pas la solution ultime. Mais je suis optimiste !
 
Les déchets que l’on retrouve le plus dans nos océans sont ceux utilisés par les particuliers comme les bouteilles d’eau ou les sacs plastique. Il existe des alternatives à ce plastique, il est remplaçable. J’ai bon espoir qu’il finisse par disparaître.
 
Il faut agir à tous les niveaux pour avoir une vraie réduction de cette pollution d’ici 10 à 20 ans.
 
  • Et pourquoi participer au festival We Love Green ?
C’est bien sûr un moyen de mettre en avant la pollution maritime, le recyclage et l’économie circulaire.
 
Ils sont actifs sur le sujet et ont une façon décalée de le présenter, sous forme de festival accessible au grand public. Je trouve ça dommage d’en parler enfermé dans un amphithéâtre réservé à l’élite.

La scène des Think Thank du festival. (Crédit : We Love Green)
La scène des Think Thank du festival. (Crédit : We Love Green)
Yvan Bourgnon présentera son projet la scène du Think Thank samedi 2 juin de 17h à 18h. À ses côtés, Leina Sato, jeune apnéiste professionnelle qui étudie les dauphins, et de Nicolas Meyrieux, humoriste et Youtuber engagé.
 
Des billets sont encore disponibles pour le dimanche 3 juin, avec notamment Célia Blauel, adjointe à la mairie de Paris chargée de l’environnement. Mais aussi des entretiens consacrés au zéro déchet avec notamment la présence de Taylor Lane, qui fabrique des planches de surf à partir de mégots de cigarettes.

Comment prendre soin de nos océans ? Demain, vivrons nous sur l’eau ? Ou encore comment les datas peuvent nous aider à sauver la planète ? Si ces sujets vous intéressent, rendez-vous sur la billetterie de We Love Green.
 













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