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3 patronnes de l’écoféminisme

C’est un mot qu’on lit et entend de plus en plus. L’écoféminisme n’est pourtant pas tout à fait nouveau. Voici des pionnières de ce mouvement social et courant d’idées qui allie écologie et féminisme.

Le 08/12/2020 par Frederic Joignot
Écoféminisme
Portrait des trois patronnes de l'écoféminisme. (Crédit : Shutterstock)
Portrait des trois patronnes de l'écoféminisme. (Crédit : Shutterstock)

WE DEMAIN est également parti à la rencontre des “Engraineuses”, Solène Ducretot et Alice Jehan, organisatrices du festival Après la pluie, le premier consacré à l’écoféminisme en France. Un article à retrouver dans le n°32 de la revue WE DEMAIN, disponible en kiosque et sur notre boutique en ligne

Françoise d’Eaubonne : la pionnière

Françoise d'Eaubonne
Françoise d’Eaubonne (Crédit : Jean-Luc Guérin/Opale/Bridgeman)

Cette grande figure du féminisme français et de la philosophie, née en 1920, fait partie des fondatrices du Mouvement de libération des femmes (MLF) en 1970. Elle y anime le premier groupe “écologie et féminisme” et salue le rapport Meadows de 1972, qui met en évidence les “limites à la croissance”. Proche de René Dumont, pionnier de l’écologie politique française, elle se forge sa propre conception du drame environnemental : la société capitaliste productiviste, responsable de l’effondrement des écosystèmes et du dépérissement des espèces, est d’abord une société patriarcale. Société “phallocratique” selon elle, qui organise la domination des femmes comme de tout ce qui vit sur cette planète. En 1974, elle forge le concept d’écoféminisme dans un essai tranchant, Le féminisme ou la mort. Sa thèse est radicale. Les luttes féministes et écologiques doivent s’associer sous peine de voir l’humanité s’anéantir.

“Il vaut mieux avoir rendez-vous avec les femmes qu’avec l’Apocalypse”, prévient-elle. 

StarHawk : la sorcière

StarHawk
StarHawk (Crédit : DR)

Elle est depuis trente ans une figure de l’écoféminisme militant et spirituel. Son coven, son “clan de sorcières” s’est illustré avec force chants, percussions et danses lors de mobilisations altermondialistes. Ses appels à l’action directe non violente sont écoutés parmi les féministes : “Ils vous ont interdit de vous rassembler, votre défi est de leur désobéir, de marcher sans armes avec rien d’autre que votre corps et le pouvoir de votre esprit.” Starhawk se dit “sorcière” ; néo-païenne, elle voue un culte à la Terre, considérée comme une entité vivante. Pour elle, l’exécution de milliers de sorcières en Europe au XVIe et XVIIe  siècles, souvent des guérisseuses, inaugure la misogynie des temps modernes, mais aussi l’essor du capitalisme, la privatisation des terres, les génocides des peuples amérindiens… C’est pour mettre fin à cette violence masculine, industrielle, rationaliste, colonialiste, que Starhawk défend une nouvelle spiritualité reconnectée avec la Terre, les animaux, les éléments, les émotions, les corps, l’érotisme… les femmes. 

Vandana Shiva : la désobéissante

Vandana Shiva
Vandana Shiva (Crédit : Bruno Levy/Divergence)

“La meilleure incarnation de l’héritage spirituel de Gandhi”, dit d’elle Jose Bové. Mais d’un Gandhi féministe. Car Vandana Shiva, née en 1952 aux confins de l’Himalaya, a rejoint dès 21 ans le mouvement Chipko, un groupe de paysannes opposé à la déforestation de la province du Garhwal. Et ainsi découvert qu’en défendant les forêts, les femmes protégeaient l’équilibre écologique de la région et son avenir. Après des études scientifiques, elle décide en 1987 de s’opposer au brevetage des semences par les trusts agroalimentaires et aux OGM. Elle fonde l’association Navdanya, qui préserve les semences et les redistribue aux paysans. Comme Gandhi, elle pratique la désobéissance civile. En 1988, elle publie un des livres majeurs de l’écoféminisme, Staying Alive : Women, Ecology and Survival in India (non traduit), où elle écrit : “La violence contre la nature est partout associée à la violence contre les femmes, qui dépendent de la nature pour se nourrir elles, leurs familles et leurs communautés.”

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