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La misandrie, arme de légitime défiance pour une nouvelle génération de féministes

Une nouvelle génération de féministes s’est emparé de ce mot qui déchaîne les passions. Pas seulement pour affirmer un rejet provocateur du masculin, en réponse à la misogynie ordinaire, mais aussi pour remettre en question les normes hétéros et imaginer de nouveaux rapports entre les genres.

Le 22/02/2021 par Armelle Oger
Misandrie
(Crédit : Shutterstock)
(Crédit : Shutterstock)

Hétéro et misandre  ! Ainsi se présente, avec une certaine jubilation subversive, l’écrivaine Chloé Delaume. Hétéro comme Adélaïde, la quadra solitaire en mal d’amour du Cœur synthétique, son dernier roman, prix Médicis 2020. Et misandre, donc. Ce terme, forgé au début du XXe  siècle sur le modèle de ­misogyne, a surtout été utilisé à partir des années 1970. 

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Il désigne selon le Robert “une femme qui a de la haine ou du mépris pour les hommes” et est au cœur de son pamphlet Mes bien chères sœurs, au sous-titre explicite  : Désolée, ça sent le fauve, il est temps d’aérer. Dans la fiction, seule la sororité préservera Adélaïde de l’illusion des histoires d’amour désespérément biaisées. Et dans la réalité, des ultimes exactions d’un système patriarcal moribond  : “ Observez bien l’espèce nommée baby-boomers : bientôt à la retraite, les derniers mâles alpha courent après l’infirmière en déambulateur… d’ici une décennie tout sera modifié”, écrit Chloé Delaume.

Revendiquée par l’écrivaine, la misandrie fait beaucoup parler depuis quelques mois. Avec la publication de plusieurs livres, dont la reparution en février  2021 du Scum Manifesto (1968), le texte culte de l’Américaine Valerie Solanas, pour laquelle “le mâle est un accident biologique, une femme manquée, un avorton congénital”. Ou encore au travers du slogan “la misandrie sauve des vies” décliné lors des manifestations contre les violences faites aux femmes.

Menace d’interdiction 

Moins radicale que dans sa version seventies – qui constituait une “réponse assez normale après des siècles de patriarcat”, estime Colette Pipon, autrice d’un des rares travaux universitaires sur le sujet –, la misandrie des années 2020 n’en est pas moins “nécessaire et salutaire” pour Pauline Harmange, qui s’est fait connaitre avec son livre Moi les hommes, je les déteste  : “ C’est une manière d’exister en dehors du passage clouté, au-dessus des exigences d’êtres violents, égoïstes, paresseux et lâches.”

Objet de peu d’études, comme s’il était impensable de détester les hommes, de s’en moquer, de les critiquer, la misandrie, bien plus que la misogynie dont elle est le plus souvent la conséquence, est vécue comme une atteinte insupportable aux bonnes mœurs. Pour Christine Bard, professeure d’histoire contemporaine à l’Université d’Angers, “la misogynie est un trait structurel pluriséculaire de nos sociétés ; elle s’inscrit dans un système patriarcal fondé sur des rapports de domination. La misandrie elle est une réponse du groupe dominé ; elle est réactionnelle ; elle est pensée et vécue comme une autodéfense légitime par celles qui revendiquent le terme, mais elle n’est pas légitimée socialement. D’où l’émoi actuel  !”

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