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ePrix de Paris : enquête dans les coulisses de la Formule E, la F1 électrique

I Publié le 22 Avril 2016

Le 23 avril, se disputera autour des Invalides le premier e-prix de Paris de Formule E, l’équivalent tout électrique de la F1. Pas de pollution, peu de bruit mais des performances plus modestes. Cette nouvelle catégorie, qui a déjà séduit Alain Prost et Richard Branson, se veut le laboratoire extrême du développement de la technologie électrique.


Le pilote de Formule E Loïc Duval sur le circuit berlinois de Tempelhof en mai 2015 (crédits : Wikipedia commons / Avda).
Le pilote de Formule E Loïc Duval sur le circuit berlinois de Tempelhof en mai 2015 (crédits : Wikipedia commons / Avda).
"Au volant, on ne perçoit que le bruit du vent et le crissement des pneus lors des freinages appuyés", explique Jean-Éric Vergne, pilote de l’écurie DS-Virgin Racing, pour qui la Formule E est excitante par les progrès technologiques qu’elle engendre mais plus encore par les bagarres sur la piste qu’elle suscite.

Ce que l’on pourra prochainement vérifier en France. Bernie Ecclestone, le commandeur de la Formule 1, en rêvait : organiser un Grand Prix à Paris. La F1 n’a pu l’obtenir, la FE, oui. Le samedi 23 avril 2016, le premier e-Prix de France aura pour décor un circuit tracé autour des Invalides. Une chimère avant ce jour et la création de cette nouvelle catégorie de monoplaces 100 % électriques, débarrassées de toute émission polluante.

Et en particulier de décibels. Autant que la présence de voitures de course dans les rues de la capitale, c’est, en effet, le faible son aigu émis par elles qui décontenancera les spectateurs.


Quand, en 2011, la FIA (Fédération internationale de l’automobile) lança l’idée d’un championnat réunissant des voitures électriques, on envisagea d’abord de le classer dans la catégorie des Sport-Prototypes, une catégorie qui voit s’affronter les pilotes lors de courses d’endurance comme les Vingt-quatre Heures du Mans.

Le principe des monoplaces fut finalement retenu. On pu ainsi voir, dès la première saison, en 2014-2015, des voitures aux allures de F1, propulsées exclusivement par des batteries électriques, se disputer la victoire sur une dizaine de circuits urbains, à Pékin, Berlin, Moscou, Londres.

 
Pour ce premier championnat, un modèle monotype, baptisé Spark-Renault SRT 01E, avait été livré aux différentes écuries engagées. La même voiture pour tous. Le pilote brésilien Nelson Piquet Jr, fils du triple champion du monde de F1 des années 1980, fut sacré premier champion du monde de Formule E ; le titre par équipe revenant à l’écurie française e.dams-Renault, cofondée par Alain Prost.

Un grand pas en direction de courses automobiles plus respectueuses de l'environnement

​Lors de la naissance de la compétition, celui-ci avait prédit "un grand pas en direction de courses automobiles plus respectueuses de l’environnement". C’est justement cette avancée qui a convaincu la mairie de Paris d’accepter la tenue d’une telle compétition dans la capitale."Paris soutient la Formule E, un accélérateur fantastique pour l’innovation dans le champ électrique", a ainsi déclaré Anne Hidalgo.

Si Alain Prost estime que le e-Prix de Paris sera la plus belle course de l’année, la FIA voit dans le rendez-vous du
23 avril un formidable coup de projecteur sur la monoplace électrique :
 
"Avec la vue sur les Invalides et la tour Eiffel, les images seront reprises dans le monde entier." 

De quoi booster la puissance médiatique de la Formule E, à défaut d’accroître notablement (pour le moment) les performances des voitures.

Sous le capot se cache une énorme batterie de 28 kWh, de même dimension ou presque qu’un moteur de F1. Suite à des remarques concernant la relative lenteur des monoplaces lors de la saison inaugurale, la FIA a souhaité leur donner un coup d’accélérateur. Aujourd’hui, les voitures disposant au maximum de 230 ch et quelque, grâce à des pics de puissance autorisée de 170 kW, passent de 0 à 100 km/h en moins de trois secondes et atteignent les 225 km/h. Une vitesse qui n’a rien de négligeable sur des pistes urbaines étroites, souvent bordées de murs.

"Le problème, ce n’est pas la puissance mais bien la durée de la batterie", souligne Paul Belmondo, qui, après avoir tout conduit au cours de sa carrière, est aujourd’hui consultant pour la télé- vision. Les caractéristiques de ces monoplaces imposent un pilotage particulier.

Une bagarre "bien plus vive qu'en Formule 1"

Le secret est d’effectuer un subtil dosage entre la puissance pure et la préservation/régénération du capital énergétique de la batterie. À charge pour les pilotes de savoir maintenir leur vitesse tout en récupérant de l’énergie au freinage ou en levant le pied afin de gérer au mieux leur réserve de watts. Une certitude : leur concentration ne risque pas d’être perturbée par le bruit du moteur. 

​En revanche, ils découvrent des bruits jusqu’alors inconnus : claquement de la boîte de vitesses, crissement des freins, encouragements des spectateurs ou encore frottements des voitures entre elles lors de dépassements musclés.

 
"Ce sont des voitures très compliquées à piloter, affirme Jean-Éric Vergne, passé par l’écurie F1 Toro Rosso. Les monoplaces sont plutôt lourdes, disposent de peu d’appuis aérodynamiques et on a vite fait de partir en tête-à-queue si on a le pied trop lourd sur la pédale de frein."

Il avoue pourtant beaucoup s’amuser lors des courses de Formule E :
 
"Les voitures étant très similaires en terme de performances et les pilotes aguerris, la bagarre est bien plus vive qu’en Formule 1."

Principale contrainte liée aux connaissances actuelles en matière de stockage d’énergie électrique, les pilotes ne peuvent effectuer d’une traite la course, dont la durée n’excède pourtant pas une heure. À mi-épreuve, il doivent quitter leur voiture au "réservoir" vide et repartir au volant d’une seconde monoplace débordant de watts.

Si, aujourd’hui, une Formule E n’arrive pas à tenir soixante minutes sans repasser par les stands, Jean Todt, président de la FIA, fait confiance à l’évolution rapide de la technologie.

Après une première année de stricte monotypie, la saison en cours offre une plus grande liberté aux écuries. Certes, les voitures conservent la même coque, la même carrosserie, le même train avant et les mêmes batteries mais le choix du moteur, de la boîte de vitesses, du train arrière et du boîtier de gestion électronique est désormais libre.

À LIRE AUSSI : Et si l'on recyclait les batteries de voitures électriques pour stocker de l'énergie verte ?

Il est même possible d’équiper une monoplace d’un moteur unique ou d’en placer deux (un pour chaque roue arrière). E.dams-Renault a opté pour deux moteurs et une transmission à deux vitesses quand l’écurie Andretti a opté pour un seul moteur, associé à une boîte à quatre vitesses. De son côté, DS-Virgin Racing a joué la carte de l’audace avec une combinaison de deux moteurs et une boîte de vitesses à un seul rapport.

La puissance maximale étant figée par le règlement (170 kW en sortie de batterie), l’enjeu pour les pilotes est d’en faire le meilleur usage possible. Pour un moteur de ce type, une différence de rendement de 5 % entraîne un écart de dix chevaux environ.

Convaincre les sceptiques des performances de ces véhicules

Élément indispensable à l’engouement du public pour un sport, la notoriété des pilotes engagés en Formule E est à la hausse et l’on retrouve cette année près d’une dizaine d’ex de la F1 (Jacques Villeneuve, Nelson Piquet Jr, Jean-Éric Vergne, Nick Heidfeld, Bruno Senna, Sébastien Buemi, etc.), sans oublier Nicolas Prost, vainqueur d’une course lors de la saison précédente. 

Pour l’heure, la Formule E a pour objectif de servir de laboratoire à la recherche et au développement des voitures électriques mais aussi de convaincre les sceptiques des performances de ce type de véhicules.


Pionnier, Renault confirme sa présence dans la catégorie, tout comme Audi. Et, après la création d’une écurie DS-Virgin Racing, soutenue par le toujours visionnaire Richard Branson, c’est maintenant Jaguar qui annonce son arrivée pour 2016-2017.

"Les véhicules électriques joueront clairement un rôle dans l’avenir des modèles de production proposés par Jaguar Land Rover et la Formule E nous donnera une opportunité unique d’aller plus loin dans le développement de technologies électriques, a justifié Nick Rogers, le directeur de l’ingénierie du groupe automobile. Le championnat nous permettra de tester nos technologies avancées dans des conditions de performance extrêmes. Je crois qu’au cours des cinq prochaines années, nous verrons plus de changements dans le monde automobile que durant les trois dernières décennies."
 
"Dans vingt ans, il n’y aura probablement plus de compétitions de voitures à moteur thermique, augure Paul Belmondo. Et la Formule E, au même titre que les moteurs hybrides, représente l’une des voies d’avenir pour le sport automobile. Avec l’avantage de lui donner une image “ propre ”."

Hervé Gallet.
 
 





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