Tech-Sciences

Zao, l'appli qui permet d'incruster votre visage dans une vidéo

Elle est l'application chinoise la plus téléchargée du pays depuis son lancement le 30 août dernier. Zao permet d'incruster son visage sur celui d'un personnage de fiction. Un deepfake aussi stupéfiant qu'inquiétant.

Par Samuel Marro I Publié le 10 Septembre 2019


Zao est devenue l'application chinoise la plus téléchargée depuis son entrée sur le marché le 30 août dernier. (Crédit : DR)
Zao est devenue l'application chinoise la plus téléchargée depuis son entrée sur le marché le 30 août dernier. (Crédit : DR)
Téléchargez l'application, entrez vos coordonnées, choisissez votre clip vidéo, prenez un selfie et vous voilà à la place de Sheldon Cooper dans The Big Bang Theory. Après Face App, l'application qui vous fait vieillir, voici Zao, celle qui vous fait incarner vos personnages préférés de film ou de série. 
 

Zao, une innovation technologique perturbante

Si Zao est disponible sur l'Apple Store mondiale, elle n'est utilisable pour le moment qu'avec un numéro de téléphone chinois. Le chercheur en sécurité français Baptiste Robert, plus connu sur Twitter sous le nom de Elliot Alderson, a réussi à s’en procurer un. Il a analysé l’application et nous explique son fonctionnement : “C’est le principe du Machine Learning. Pour obtenir un résultat aussi impressionnant, ses créateurs ont appliqué en amont des milliers voire des centaines de milliers de visages sur des extraits vidéos. Quand le visage était mal adapté, ils ont montré à la machine comment corriger le tir, jusqu'à ce qu'elle le fasse elle-même."  

Et quel résultat ! La superposition des visages, le changement d'émotions, le mouvement des lèvres, le sourire qui se dessine... l'incrustation est tellement réussie qu'on en est perturbé, voire effrayé. 

Une application qui comporte des risques

La sortie de Zao a d'ailleurs suscité une forte inquiétude sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes craignent l'utilisation de cette technologie à des fins néfastes. Pour le moment, ce n'est pas si simple car l'application ne fonctionne qu'avec les vidéos du catalogue Zao, vidéos "testées" un très grand nombre de fois pour parvenir à un résultat de la sorte. Ce qui doit plutôt alerter les utilisateurs, ce sont les conditions d'utilisation. 

La société qui se trouve derrière Zao, Momo Inc (à l'origine du Tinder chinois), est accusée par des internautes de conserver les données des utilisateurs malgré la suppression des contenus. Baptiste Robert, qui a "retrouvé l'adresse du serveur de Zao", confirme y avoir retrouvé sa propre photo trois jours après sa suppression.

Il s'inquiète aussi de cet extrait des User Agreements : "Dans le cadre où Zao compromet la sécurité de l'Etat, la société donnerait les données aux autorités compétentes, sans le consentement de l'utilisateur". Dans ce cas, l'utilisateur pourrait selon Baptiste Robert se voir retirer tous les droits sur son image, et plus important encore "les autorités pourraient utiliser cette collection impressionnante de photos pour améliorer des systèmes de surveillance et de reconnaissance faciale ".

Des évolutions technologiques qui suscitent une lutte accrue contre les deepfake. Entre autres, Mark Zuckerberg, créateur de Facebook qui avait été victime d'un deepfake, lance le Deepfake Detection Challenge. Dix millions de dollars vont être investis dans ce concours de création du meilleur outil contre les vidéos truquées. Mais, compte-tenu de la rapidité des innovations technologiques, ce petit jeu du chat et de la souris n'est pas prêt de s'arrêter.













Newsletter : recevez chaque semaine
une sélection de nos meilleurs articles



wedemain.fr sur votre mobile