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La voix de la Silicon Valley a-t-elle autant de poids que celle des dirigeants politiques ?

Société. Sofia Colla le 02/08/2017

Cause LGBT, revenu universel, protection de l’environnement… Autant de sujets à propos desquels la Silicon Valley a pris position publiquement ces dernières années. De plus en plus influente, deviendrait-elle un État à part entière ?

La Silicon Valley est devenue l’épicentre mondial de l’innovation, développant beaucoup de projets pour le futur : énergies renouvelables, robotique, intelligence artificielle… Près de 40 % des nouvelles technologies y voient le jour tous les ans !
 
Mais les géants de la Silicon Valley – Apple, Facebook, Google, Tesla, Amazon, Uber, Microsoft, Netflix… et bien d’autres – ne s’arrêtent pas là. Influente dans le monde entier, la baie de San Fransisco tient une place de plus en plus importante dans le débat public, prenant position dans les débats sociétaux. 

La cause LGBT
Le dernier en date ? La décision de Donald Trump d’interdire les soldats transgenres dans l’armée américaine, fortement critiquée par les pontes de la Silicon Valley.
 
"Tout le monde devrait avoir le droit de servir son pays – peu importe qui il est", pouvait-on lire sur le mur Facebook de Mark Zuckerberg, son inventeur. 

Ces derniers ont déjà défendu à plusieurs reprises les transgenres, et plus largement la cause LGBT, notamment au cours de la "bataille des toilettes". Une nouvelle fois, il s’agit d’une décision du président américain – avec lequel la Silicon Valley n’est souvent pas d’accord – de revenir sur la disposition de l’administration de Barack Obama autorisant les étudiants transgenres à choisir d’utiliser les W.C en fonction du sexe auquel ils s’identifient.
 
"Nous avons longtemps plaidé pour des politiques qui procurent une égalité des droits et un traitement équitable pour tous. Nous sommes donc profondément inquiets de voir un retour en arrière concernant les droits des étudiants transgenres", déclarait Google à TechCrunch, site d'information américain spécialisé dans l'actualité des start-up, en février 2017.

L’immigration
Le cofondateur de Google, Sergueï Brin, né en Russie, avait participé à la manifestation organisée devant l’aéroport de San Francisco le 28 janvier dernier. (Crédit : Wikimedia)
Le cofondateur de Google, Sergueï Brin, né en Russie, avait participé à la manifestation organisée devant l’aéroport de San Francisco le 28 janvier dernier. (Crédit : Wikimedia)
Immigration, patriotisme économique… Le programme de Donald Trump est bien loin de ce qui fait le succès de ces entreprises high-tech. Il faut dire que ce désamour est réciproque, Donald Trump attaquant régulièrement Apple ou Jeff Bezos, le patron d’Amazon.
 
Depuis son élection, les désaccords sont donc nombreux. En janvier dernier, 97 entreprises de la Silicon Valley ont ainsi déposé une requête en justice contre le décret présidentiel interdisant l'immigration depuis plusieurs pays musulmans. Et pour cause : pas moins de 44% des entreprises de la baie ont été fondées par des immigrants. Après avoir été bloqué en justice à deux reprises, c’est finalement une nouvelle version – floue – de ce décret qui est entrée en vigueur en juin 2017.

L’écologie
Plus récemment, Donald Trump a encore fait parlé de lui, pour de mauvaises raisons, en retirant les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Décision qui n’a pas manqué d’indigner les pontes de la Silicon Valley. San Francisco étant une ville pionnière en terme d’écologie.
 
"La décision de se retirer de l’accord de Paris est une erreur pour notre planète. Apple s’engage à lutter contre le changement climatique et ne renoncera pas", avait déclaré Tim Cook, patron d’Apple, sur Twitter.
 
À la suite de cette décision, Elon Musk (patron de Tesla et Space X), qui avait fait pression sur le gouvernement, a finalement quitté le conseil consultatif créé par le président, expliquant dans un tweet que "le changement climatique est quelque chose de réel. Quitter les accords de Paris n’est ni bon pour l’Amérique, ni pour le monde".


Le revenu universel
Le revenu de base est également un sujet qui enthousiasme les entrepreneurs de la Vallée. Et ils ne se sont pas seulement exprimés en sa faveur sur les réseaux sociaux, mais aussi à travers de généreux investissements.
 
C’est le cas de Pierre Omidyar, fondateur d’eBay, qui a reversé 493 000 dollars à une ONG afin de financer un revenu de base à 6 000 Kenyans pendant 12 ans.
 
Le cofondateur de Facebook, Chris Hughes, accompagné d’une centaine d’experts de la Silicon Valley, a lancé en décembre 2016 le Projet de Sécurité Économique pour déterminer si le revenu de base est une solution efficace. Projet financé à hauteur de 10 millions de dollars.

Elon Musk, lui, le juge "nécessaire" face aux avancées de la robotique et de l’intelligence artificielle :
 
"La production de biens et de services sera très élevée. Avec l’automatisation, il y aura une abondance. Presque tout sera très bon marché. Je pense que nous allons finir par faire un revenu de base. Ça va être nécessaire", a-t-il déclaré au  World Government Summit 2017.
 
Une manière, selon ces entrepreneurs, d’atténuer la pauvreté, de maintenir la paix sociale, ou encore de compenser les emplois humains amenés à disparaître à cause du progrès technique. Mais surtout de maintenir le niveau de consommation des classes moyennes et ainsi leurs profits.

La Silicon Valley, une entité indépendante ?
Si ces entreprises de pointe ont aujourd'hui un tel impact dans le débat politique américain, c'est avant tout du fait de leur poids économique. Le PIB de la Californie est en effet plus élevé que celui de la France, malgré sa population inférieure de 40 % (39 millions d’habitants contre 67 millions), en grande partie grâce au dynamisme de la baie de San Francisco. En 2015, son PIB représentait 2 460 milliards de dollars, contre 2 422 pour celui de l’Hexagone.
 
Et si finalement, la Silicon Valley devenait un État à part entière ? C’était l’idée de Timothy Draper, cofondateur du fond d’investissement DFJ (Draper Fisher Jurvetson), qui avait comme projet en 2014 de diviser la Californie en six parties, dont la Silicon Valley serait l'un des six États.
 
Facebook a quant à lui déjà entrepris de transformer son campus de Menlo Park en une véritable ville pour y loger tous ses employés. Le réseau social a posté une vidéo dévoilant les premiers plans le 7 juillet dernier. L’objectif : inaugurer Facebook-ville en 2023. 

Attention tout de même à ne pas confondre la Silicon Valley avec un paradis terrestre. Comme le rappelle l'économiste Éloi Laurent dans Nos mythologies économiques, ces entreprises n'ont pas de problème à contourner la législation fiscale, ce qui leur permet d'échapper à 90 % de l'impôt qu'elles devraient reverser. 

De plus, une start-up de San Francisco, Blendoor, a publié une étude en avril dernier montrant que ces grandes entreprises n’étaient pas toujours un exemple en terme de parité et de diversité. À l'image d'Uber qui n'emploie que 22% de femmes et aucune minorité ethnique dans son équipe dirigeante.

Enfin, depuis l’affaire de harcèlement sexuel concernant Uber, de nombreuses femmes ont pris la parole pour dénoncer les abus, problème apparemment récurrent dans la Vallée.

Paradis pour les entreprises, source d’inspiration et d’innovation, la Silicon Valley continue de faire rêver. Reste à savoir si les citoyens américains seront prêt à abandonner leur souveraineté à des entreprises, aussi bienveillantes soient-elles.



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