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Si l'homme débarque sur Mars, il pourrait s'y nourrir de pommes de terre 100 % locales

Planète. Sofia Colla le 20/03/2017

Au Pérou, berceau de la pomme de terre, des scientifiques collaborent avec la NASA pour développer des variété de tubercules capables de pousser sur la planète rouge.

À l’image de Matt Damon dans Seul sur Mars plantant ses pommes de terre, les premiers visiteurs humains de la planète rouge auront peut-être l’occasion de déguster des potatoes 100 % locales. En effet, le Centre International de la Patate (CIP), basé au Pérou, a débuté en février 2016 une expérience pour développer la culture de pommes de terre sur Mars. Les premiers résultats sont positifs.
 
L’objectif du CIP avec son projet Papas en Martes ("patates sur Mars") est de recréer les conditions atmosphériques de la planète Mars afin d’y cultiver des pommes de terre dans un futur plus ou moins proche. Pour ce faire, le Centre d’Investigation Ames de l’Administration National Aéronautique et Spatial de la NASA (NASA ARC), en collaboration avec l’Université de l’Ingénierie et de la Technologie (UTEC) de Lima, a conçu une sorte de serre recréant les conditions martiennes dans urne scellée, CubeSat.

Pour "recréer" le sol de la planète rouge, les scientifiques sont allés chercher de la terre dans le désert de las Pampas de la Joya, au sud du Pérou.
 
"Ce sont les sols les plus ressemblants à ceux de Mars que nous avons trouvés sur la Terre" explique Chris McKay de NASA ARC. 

CubeSat, hermétiquement fermée, administre de l'eau riche en nutriment au tubercule (Crédit : CIP)
CubeSat, hermétiquement fermée, administre de l'eau riche en nutriment au tubercule (Crédit : CIP)
Dans cet environnement clos, la proportion de sel est la même que celle que l’on retrouve sur Mars : 30 %. Il en est de même pour la pression atmosphérique, qui est de 600 millibars, semblable à celle que l'on mesure à une altitude de 4 500 mètres au-dessus du niveau de la mer.

En revanche, la concentration de dioxyde de carbone s’élève à 10 % (contre 95 % sur Mars) et la température varie entre -5 et 20 degrés (alors que la température martienne peut atteindre les -60 degrés).
 
La seconde partie du projet consistera donc à tester les limites de cette agriculture dans les conditions précises de Mars, tout en s’assurant que les pommes de terre soient encore comestibles. Même si Julio Valdivia-Silva, chercheur de l’UTEC, annonce qu’elles seront plus sèches et salées que nos patates terriennes. 

Des résultats positifs
"Ça a été une bonne surprise de voir que les pommes de terre que nous avons modifiées pour tolérer le stress abiotique [qui ne permet pas la survie, ndlr] étaient capables de produire des tubercules dans ce sol" se réjouit Walter Amoros, le chercheur du département dédié à l’amélioration génétique du CIP.

Au fait, pourquoi la pomme de terre ? Parce qu'elle dispose d'une forte capacité génétique à s’adapter aux environnements extrêmes. Après un an d’expérience, les chercheurs sont plutôt confiants quant au fait d’exporter le tubercule sur la planète rouge.

Lors des futurs missions sur Mars, le sol devra être préparé pour que les tubercules puissent grandir (Crédit : CIP)
Lors des futurs missions sur Mars, le sol devra être préparé pour que les tubercules puissent grandir (Crédit : CIP)
"Si les cultures peuvent tolérer les conditions extrêmes auxquelles nous les exposons dans le CubeSat, elles ont de grandes chances de se développer sur Mars. Nous allons faire diverses expériences pour voir quelles variétés sont les plus adaptées." précise Julio Valdivia-Silva.

Les tubercules ayant poussé dans le CubeSat sont observables en direct

Une expérience utile sur Terre
En parallèle, le CIP a profité de cette expérience pour tenter de déterminer comment les pommes de terre pourraient survivre dans des conditions extrêmes sur Terre. Notamment dans des zones au sol très salé et sec, particulièrement touchées par les changements climatiques.
 
"Ces recherches pourraient avoir un bénéfice technologique et biologique direct sur la Terre", ajoute Chris McKay. 

Les scientifiques sont ainsi en train de développer une variété de pommes de terre génétiquement modifiée qui pourrait permettre aux petits producteurs des zones extrêmes de cultiver le tubercule.
 
"Les résultats indiquent que nos efforts (...) sont en train de fonctionner" souligne Walter Amoros.

Un dicton péruvien indique qu’il y a autant de sortes de pommes de terre dans le pays que de jours dans une année (en réalité le Pérou en dénombre plus de 4 000 !), mais combien survivront à la vie sur Mars ?




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