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Dans les Landes, ils plantent l’une des forêts comestibles les plus grandes d’Europe

Dans le petit village d’Estibeaux, Yoann Lang et Franck Lutic, deux amis, vont planter une forêt comestible et maraîchère sur 7 hectares. L’idée : instaurer un équilibre entre les espèces pour une production quasi-autonome.

Le 01/04/2021 par Sofia Colla
Forêt de Higas
La Forêt de Higas fera plus de 7 hectares et sera pour le moment la troisième plus grande d’Europe. (Crédit : Forêt de Higas)
La Forêt de Higas fera plus de 7 hectares et sera pour le moment la troisième plus grande d’Europe. (Crédit : Forêt de Higas)

Faire pousser une forêt où tout se mange et où les espèces se complètent et s’entraident. Non il ne s’agit pas d’un conte pour enfant mais bien d’un projet réel, lancé par Yoann Lang dans le village d’Estibeaux, à une vingtaine de kilomètres au sud de Dax. 

Baptisée Forêt de Higas, cette forêt comestible et maraîchère s’étendra sur 7 hectares, ce qui en fait à ce jour la troisième plus grande d’Europe. 

“Le but avec ce projet était vraiment de répondre aux enjeux actuels et à venir : le réchauffement climatique, mais aussi la pollution des sols, l’érosion, tout en recréant de l’emploi dans les milieux ruraux”, raconte le fondateur.

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Créer un écosystème autonome

Ce projet, Yoann Lang le prépare depuis une petite dizaine d’années. “J’ai toujours baigné dans la culture et le potager”, raconte-t-il. “Pendant ces années, j’ai absolument tout testé : cultures en butte, en lasagne, sous foin, sur paille, sur bois mort…” 

Son choix s’est finalement porté sur le concept de forêt comestible, qui remplit tous les critères écologiques recherchés selon lui. “C’est vraiment un gros puits à carbone. Nous allons planter 60 000 arbres, arbustes et buissons et nous n’utiliserons aucun intrant, que ce soit produits phyto-sanitaires ou engrais. Tout le système de plantation fait que les plantes s’entraident les unes les autres et vont même se protéger. Le but c’est de ne jamais avoir deux même variétés côte à côte, pour éviter la propagation des maladies et des ravageurs”, détaille le gérant de la Forêt de Higas. “C’est un système de maraîchage bio ‘plus plus plus‘.”

Accompagné de son ami Franck Lutic, fraîchement retraité de la gendarmerie, son objectif est de planter plus de 7 000 variétés végétales ainsi que 60 000 arbres. Pour le moment, “en prévision de pouvoir être productif dès cet été”, les deux amis ont préparé plus de 1 000 boutures d’arbres et semés 2 000 plans de potager. 

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Courgettes, citrouilles, diverses variétés de tomates, blettes, épinards, plantes aromatiques, mais aussi pommiers, cerisiers, pêchers, kakis, coings… La Forêt de Higas offrira une grande variété de fruits et légumes. À terme, les amis projettent de produire leurs propres semences. “Nous recevons aussi énormément de colis de graines paysannes, de noyaux ou de pépins envoyés par des particuliers qui arrivent des quatre coins de la France”, se réjouit Yoann Lang. 

La Forêt de Higas comptera aussi parmi ses habitants des espèces animales. Au début, Yoann Lang et Franck Lutic commenceront avec des poules pour les oeufs, des abeilles pour le miel. Ils souhaiteraient à terme y installer des cochons et quelques bovins. “L’idée c’est qu’ils soient en liberté sur des zones quand même prédéfinies, on ne va pas avoir des vaches au milieu des pieds de tomates non plus”, s’amuse le fondateur. “Nous plantons aussi de façon à ce que les animaux aient à manger comme nous, en trois dimensions. C’est-à-dire au sol, sur les haies et aussi dans les arbres.” 

Un système d’élevage peu commun : “L’objectif, c’est que les animaux soient quasiment autonomes au niveau alimentaire de façon sauvage, que nous les laissions se reproduire naturellement également. Nous ne pratiquerons l’abattage que lorsque nous aurons trop d’animaux par rapport à la surface.”  

La première forêt comestible de France 

Pour monter le projet, les deux compères ont reçu beaucoup d’aide de l’association Humans by nature, porteurs de projets éthiques et environnementaux, mais aussi de la Chambre d’agriculture. 

forêt de Higas
Yoann Lang et Franck Lutic. (Crédit : Forêt de Higas)

“Ça a été très compliqué car c’est un projet qui ne rentre dans aucune case des installations standards”, raconte Yoann Lang. “Cela a été un tel casse-tête que la Chambre d’agriculture a maintenant créé la case ‘forêt comestible’ dans les installations possibles. Cela va permettre d’ouvrir des portes aux futurs porteurs de projets.” 

Et ces derniers ne manquent apparemment pas. Si la Forêt de Higas est la première à s’installer au niveau professionnel, son fondateur assure que de nombreux autres projets sont en cours. “Beaucoup de porteurs de projets m’ont contacté. Je suis au courant d’au moins une quinzaine de forêts comestibles qui vont se planter en France dès l’année prochaine, dont une de 30 hectares”, confie-t-il. 

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Yoann Lang et Franck Lutic espèrent terminer leurs plantations d’ici la fin d’année ou le printemps prochain. Il faudra tout de même patienter avant que les arbres ne grandissent et que les animaux puissent être intégrés. Les forêts comestibles demandent en effet pas mal d’efforts au départ, et une méticuleuse organisation, pour trouver leur équilibre et devenir vraiment productives au bout de quelques années.

Forêt de Higas
Une partie du terrain de la future Forêt de Higas. (Crédit : Forêt de Higas)

La production sera vendue en priorité aux habitants locaux. “Nous allons mettre en place un système de distributeurs automatiques au sein du village”, explique Yoann Lang. “Nous avons aussi déjà plusieurs partenaires comme deux petits supermarchés à 8 km de chez-nous, des restaurateurs, un confiturier, quelqu’un qui fait les marchés. Nos produits vont être largement diffusés dans un rayon de 20 km”, se réjouit-il. 

À terme, les deux amis espèrent embaucher sept personnes en moins de 10 ans. “Nous voulons aussi avoir un laboratoire de transformation sur site, d’ici un ans ou deux”, précise Yoann Lang. “Car notre but c’est de n’avoir aucun invendu, aucune perte et aucun gâchis, que tout soit transformé.” 

Un joli projet sur le papier qui reste encore à faire germer.

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