La Coupe du monde est-elle vraiment écolo ?

La FIFA l’avait annoncé dès l’attribution de la Coupe du monde au Brésil : la compétition sera verte ou ne sera pas. Le Brésil s’est donc doté de stades à la pointe des normes environnementales. Le pays possède même le seul stade au monde à avoir obtenu le label LEED platine, plus haute distinction pour des bâtiments écologiques. Bien plus que ce que la FIFA avait recommandé. 

Ce stade, le Mané Garrincha, est un modèle de sobriété énergétique, de lutte contre la pollution atmosphérique et de recyclage, des déchets comme des matériaux. De fait, le béton issu de la destruction de l’ancienne enceinte de Brasília a été utilisé pour la reconstruction de ce stade luxueusement écologique. La terre extraite a servi à combler des zones dégradées par l’exploitation de mines de pierres précieuses. Outre la réutilisation des matériaux, 9 600 panneaux photovoltaïques ont été installés sur le toit. De quoi couvrir plus de la moitié des besoins en électricité du stade – l’équivalent de la consommation quotidienne de 2 000 ménages. Des LED réduiront également la consommation des éclairages.

Les concepteurs ont installé des réservoirs de récupération d’eau. L’eau non-potable récoltée va satisfaire environ 80 % des besoins totaux du site – pour les sanitaires et l’arrosage de la pelouse. Les organisateurs veulent aussi réduire les émissions de gaz à effet de serre en privilégiant les fournisseurs locaux. Mais la mesure la plus importante réside sans doute dans la structure même du toit : elle est constituée d’une membrane photocatalytique qui capte les particules polluantes dans l’air. Cette mesure de dépollution partielle permet d’éviter l’équivalent des rejets quotidiens d’un millier de véhicules.

Lors des futures éditions de la Coupe du monde, les mesures de réduction de l’impact environnemental pourraient encore se développer. Des chercheurs travaillent en effet à la transformation du bruit généré par les supporters en électricité.
Les stades pourraient donc devenir des usines solaires qui exploitent aussi bien le bruit que la pluie.

Au delà de ce stade vitrine du mondial brésilien, huit des douze stades respectent les normes de construction durable fixées par le label LEED (Leadership in Energy and Environmental Design). Internationalement reconnu dans le domaine des constructions écologiques, il repose sur le principe des « 3R » : réduction des déchets et des ressources utilisées, réutilisation des matériaux, recyclage des matériaux. L’obtention de ce label conditionne l’accès à certains financements publics, comme ceux de la Banque de développement économique et sociale (BNDES, la banque publique brésilienne).

Une vitrine écologique

Le Brésil ne peut pour autant se targuer d’avoir géré toutes les étapes du mondial de façon écologique et durable. Le mensuel économique brésilien Exame, cité par Novethic, cite par exemple le choix de la pelouse. D’origine européenne, elle ne supporte pas le chaud climat brésilien. Elle sera donc refroidie par un réseau de canalisations d’eau de 43 kilomètres. La décision d’organiser la compétition dans douze villes différentes, espacées de plusieurs milliers de kilomètres parfois, aggrave également son impact écologique. 

D’autant que les travaux ont généré d’importants déplacements de population. « Le droit au logement a été systématiquement violé dans les douze villes hôtes de la Coupe du Monde 2014 et des Jeux Olympiques de 2016. On estime à 170 000 le nombre de personnes jetées hors des centre-villes pour la réalisation des grands projets urbains », affirme un collectif de professeurs, d’universitaires et de membres de la société civile. Enfin, certaines villes hôtes possèdent dorénavant des stades démesurément grands : les quelques centaines d’abonnés du club de Manaus, qui évolue en 4ème division, verront désormais leur équipe évoluer dans une enceinte de 40 000 places. Les collectivités devront aussi en assurer l’entretien, ce qui représente un coût important pour des stades qui risquent de devenir des « éléphants blancs », constructions prestigieuses mais coûteuses et dont l’exploitation ou l’entretien sera un fardeau financier. 

S’il est difficile de chiffrer l’impact financier de cette quête d’excellence écologique, il est évident que cela a contribué à gonfler la facture d’une Coupe du monde déjà très gourmande en fonds publics. Nombreux sont les Brésiliens qui estiment que d’autres postes de dépenses étaient prioritaires. Francisco Carneiro, économiste militant interrogé par France Info, s’insurge des dépenses liées au mondial, notamment à propos de celles effectuées pour rénover le stade de Brasilia, le Mané Garrincha : « C’est d’une totale irresponsabilité ! […] En 2012 et 2013, le gouvernement a retiré des ressources au secteur de l’enfance, au secteur de la santé qui représentent des besoins urgents pour notre population. C’est le plus grand symbole de gâchis d’argent public : un projet de la ville construit pour combler les intérêts d’une élite, d’une poignée. C’est un stade pour les riches, avec l’argent des pauvres. »

Elisabeth Denys 
Journaliste We Demain
Twitter : @ElissaDen

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