À quelle température la Terre deviendra-t-elle invivable ?

Parmi les différents changements climatiques, la hausse des températures est l’un des problèmes les plus urgents auxquels la planète est confrontée aujourd’hui. Les activités humaines, à commencer par la combustion d’énergies fossiles, libèrent des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Ceux-ci piègent la chaleur et provoquent un réchauffement de la planète. Au point de la rendre bientôt invivable pour notre espèce ?

Si nous n’avons pas encore atteint les +1,5 °C des Accords de Paris, les effets du réchauffement climatique sont déjà visibles. Élévation du niveau de la mer, fonte des glaciers et calottes glaciaires, augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques extrêmes… Si rien n’est fait pour ralentir le changement climatique, la Terre pourrait devenir invivable pour les humains. Mais la question qui se pose est : à quelle température la Terre deviendra-t-elle invivable ?

À lire aussi : En ville, les températures extrêmes tuent plus qu’ailleurs, notamment à Paris

Comment évaluer la température limite pour l’espèce humaine ?

Il n’existe pas UNE température précise limite pour la survie de l’espèce humaine. Car de multiples facteurs entrent en ligne de compte. Et même la prise en compte de l’humidité n’explique pas complètement les limites d’un corps humain plongé dans une chaleur extrême. En outre, la tolérance peut varier d’une personne à l’autre. Et la capacité d’une personne à résister à la chaleur change selon l’âge, l’état de santé, l’acclimatation, etc.

En 2017, une étude publiée dans la revue Nature Climate Change et réalisée par des scientifiques de l’université de Hawaï a permis de creuser le sujet. Le climatologue Camilo Mora et son équipe ont analysé des centaines d’épisodes de chaleur extrême dans le monde. Ils ont ainsi pu déterminer deux facteurs cruciaux :

  • Quelles combinaisons de chaleur et d’humidité étaient les plus susceptibles d’être mortelles.
  • Où ces conditions étaient susceptibles de se produire à l’avenir.

C’est ainsi qu’ils ont découvert que, à l’heure actuelle, environ 30 % de la population mondiale est exposée à une combinaison mortelle de chaleur et d’humidité pendant au moins 20 jours par an. Pire : ce pourcentage grimpera à près de la moitié d’ici 2100. Et ce, même si on réduisait de manière extrêmement drastique nos émissions de gaz à effet de serre.

Des températures « invivables » ou « inhabitables » ? La mesure wet-bulb temperature

Les scientifiques préfèrent parler de températures « inhabitables » pour déterminer la température à partir de laquelle la survie de l’être humain est à risque. Ils parlent de « wet-bulb temperature » (ou « température d’un thermomètre mouillé » en français). Cette notion prend en compte la chaleur et l’humidité car c’est la combinaison de ces deux facteurs qui est la plus souvent mortelle au-delà d’un certain seuil. En effet, à partir d’un certain niveau d’humidité dans l’air, le corps ne parvient plus à réguler sa température grâce à la sudation. Il passe alors en surchauffe. Un état qui ne doit pas se prolonger plus de 6 heures. Le risque est alors de déclencher des problèmes de santé très sérieux chez les personnes les plus fragiles.

La « wet-bulb temperature » (WT) limite a ainsi été fixée à 35 °C WT. Si, pour l’heure, en France, les températures enregistrées sont encore éloignées de cette donnée, certains pays s’en approchent déjà. C’est le cas de l’Inde, du Pakistan ou encore des Émirats arabes unis, qui pourraient devenir des « zones inhabitables » dans le futur.

35 °C WT ? Une température atteinte de plus en plus souvent

À titre d’indication, pour une température estivale agréable (24 °C de température, 62 % d’humidité), on obtient un score de 18,89 °C WT. Pour atteindre les 35 °C WT, il faut par exemple une chaleur de 40 °C et un peu plus de 70 % d’humidité. Même à Athènes, en Grèce, où les températures dépassent allègrement les 40 °C ces jours-ci, l’humidité étant basse (moins de 25 %), on reste sous les 30 °C WT. [Voici un outil en ligne pour faire le calcul]

Mais, comme le soulignait la scientifique Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CNRS et membre du Giec, ce qui était jusqu’alors exceptionnel va devenir de plus en plus fréquent. Asie de l’Ouest et du Sud-Est, certaines régions de Chine, mer Rouge, golfe persique, Brésil… Autant de zones de plus en plus à risque d’approcher les 35° WT, selon les observations météorologiques récentes.

Une carte interactive permet même de visualiser les températures wet-bulb partout dans le monde en temps réel. Cliquez sur la carte pour basculer sur la version interactive :

SOUTENEZ WE DEMAIN, SOUTENEZ UNE RÉDACTION INDÉPENDANTE
Inscrivez-vous à notre newsletter hebdomadaire
et abonnez-vous à notre magazine.

Recent Posts

  • Respirer

Infrastructures sportives de Paris 2024 : innovations durables à tous les étages

Infrastructures sportives HQE, labels en pagaille, économies d'énergie, économie circulaire… Pour Paris 2024, les efforts…

8 heures ago
  • Déchiffrer

Paris 2024 : des Jeux Olympiques écologiques, un objectif illusoire ?

Paris 2024 s'est engagé à organiser les premiers Jeux Olympiques écologiques. En pleine urgence climatique,…

1 jour ago
  • Ralentir

Plongée dans l’histoire… et dans la Seine : entre héritage et enjeux climatiques

À l'approche des Jeux olympiques 2024, la promesse de rendre la baignade dans la Seine…

1 jour ago
  • Inventer

Spiber : une fibre textile à base de protéine végétale fermentée

Le japonais Spiber a inventé des fibres protéiques éco-responsables, en s'inspirant de la soie d'araignée…

2 jours ago
  • Inventer

Smartphones boostés à l’IA : une révolution technologique sous surveillance

L'arrivée des smartphones boostés à l'IA marque une nouvelle ère technologique, soulevant également des questions…

3 jours ago
  • Partager

Qualité de l’eau de la Seine : des améliorations mais toujours pas le feu vert pour le grand public

L'ONG Surfrider Foundation teste régulièrement la qualité de l'eau de la Seine à Paris. À…

3 jours ago