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COP27 : la Russie, ce pays cancre qui voit le réchauffement climatique d’un bon oeil

Objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre « très à gravement insuffisant », politique climatique « très insuffisante », financement international pour la lutte contre les changements climatiques « gravement insuffisant », argumentaire « non justifié » de l’objectif de neutralité carbone en 2060… Selon les appréciations des analystes spécialisés du Carbon Action Tracker (CAT), la Fédération de Russie reste toujours l’un des pires cancres du combat contre le réchauffement. Avec l’Iran, la Thaïlande, la Turquie, le Vietnam ou encore Singapour.

Neutralité carbone : l’argument de la forêt

En septembre, en amont de la COP27, la Russie a bien soumis aux Nations-Unies une « stratégie de développement socioéconomique avec de faibles émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 ». Mais les moyens mis en œuvre pour atteindre la neutralité carbone en 2060 laissent à désirer. Cette neutralité repose sur les absorptions de CO2 de ses immenses forêts (de l’ordre de 8 millions de km2) et le stockage du carbone dans les sols, qui passeraient, selon elle, de -539 milliards de tonnes de CO2 équivalent (CO2e) à plus de -1200.

Ce qui « ne semble pas tenir compte de l’impact des énormes feux de forêts » de ces dernières années, et signifie que toutes les autres émissions de la Russie n’ont du coup « pas besoin d’atteindre zéro ». Mais « aucune information ne justifie » cette annonce, ajoute le CAT. Le puits de carbone de la forêt russe s’est réduit par rapport à 2010 (-569 milliards de tonnes en 2020 contre -720 une décennie plus tôt).  Les experts estiment que cette tendance va se poursuivre jusqu’à -246 MtCO2e en 2030, avec les politiques actuelles.

Objectif 2030 : un « effort » se traduisant par une hausse des émissions

L’objectif de réduction des émissions d’origine fossile (pétrole, gaz, charbon) à horizon 2030 de la Russie, est lui de 30 % par rapport à 1990. Mais ces émissions de référence, de plus de 3 millions de tonnes de CO2e, sont celles de l’époque de l’URSS. L’URSS s’est effondrée en 1991, et les émissions de Russie ont suivi, chutant sous 2 millions de tonnes vers l’an 2000.

Elles sont remontées depuis mais restent inférieures à la cible 2030 de la Russie qui approche 2, 5 millions de tonnes. « L’effort » russe peut donc en fait se traduire par une hausse des émissions… alors que celles-ci devraient diminuer rapidement. « Si tous les pays suivaient l’approche de la Russie, le réchauffement en 2100 dépasserait les 4 °C », commente le CAT.

Une loi climat qui promeut les combustibles fossiles en Russie

Quant à la loi sur le climat adoptée par la Russie en 2021, elle « n’impose pas de quotas d’émissions ni de pénalités aux grands émetteurs de gaz à effet de serre ». Elle « oblige simplement les entreprises à déclarer leurs émissions à compter de 2024 ». En ce qui concerne les énergies renouvelables (hors barrages), l’objectif est d’atteindre 4,5 % de l’électricité en 2024.

En revanche, elle vise « presque exclusivement à promouvoir l’extraction, la consommation et l’exportation de combustibles fossiles vers le reste du monde. »  Pour les analystes, cette politique n’indique donc « aucun engagement réel à réduire les émissions ».

Probable niche climatique optimale autour de 13 °C en moyenne pour l’être humain

Faut-il s’en étonner ? A l’instar des animaux, les êtres humains possèdent des limites à l’adaptation climatique : chaleur, humidité de l’air, mais aussi productivité alimentaire de leur société. Une étude publiée en 2020 par l’Académie des sciences des Etats-Unis (PNAS) indique que la niche climatique optimale permettant le développement humain se trouve probablement « autour de 13 °C » de température moyenne annuelle.

« Au cours des 50 prochaines années, 1 à 3 milliards de personnes devraient être laissées à l’écart des conditions climatiques qui ont bien servi l’humanité au cours des 6 000 dernières années. En l’absence d’atténuation du climat ou de migration, une grande partie de l’humanité sera exposée à des températures annuelles plus chaudes que presque n’importe où aujourd’hui », écrivent ses auteurs. Un autre article scientifique, parue dès 2015 dans la revue Nature, suggère qu’« un réchauffement non atténué devrait remodeler l’économie mondiale en réduisant les revenus mondiaux moyens d’environ 23 % d’ici 2100 et en élargissant l’inégalité des revenus par rapport aux scénarios sans changement climatique ».

2 ou 3 degrés de plus… « C’est peut-être même bien » pour la Russie

Cette plage de température favorable remonte vers le nord. Pourrait en profiter le produit intérieur brut (PIB) des pays nordiques comme en Scandinavie, en Islande et au Canada où un organisme, Century Intiative, milite du reste en faveur d’une forte expansion du pays, jusqu’à 100 millions de personnes en 2100.

Avec plus de 17 millions de km2, la Russie fait également figure de « gagnante ». Des terres dégèlent en Sibérie. Du blé pousse. « Il fera deux ou trois degrés de plus… Ce n’est pas dramatique, et c’est peut-être même bien : nous pourrions dépenser moins pour des manteaux de fourrure, et la récolte de céréales augmenterait », déclarait Vladimir Poutine en 2003, cité par Le Monde et ProPublica.

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