En Allemagne, une université pionnière s’ouvre aux réfugiés

« Mon nom est Andrew, j’ai 22 ans, je viens d’Égypte. Au Caire, j’étais étudiant. Maintenant, je suis réfugié ». Andrew, comme Kirollos, égyptien lui aussi, ou Fatuma, somalienne, témoigne dans la vidéo de présentation du projet Kiron.

Kiron, c’est le nom de « l’Université internationale pour les réfugiés » qu’un collectif de 48 entrepreneurs sociaux, réfugiés, étudiants et chercheurs et de 200 volontaires a monté à Berlin, en Allemagne. Leur but : permettre à Andrew, Kirollos et Fatuma de continuer leurs études.

100 000 personnes éligibles

Économie, informatique, architecture, études d’ingénieur ou « interculturelles » sont proposés aux 15 000 élèves qui se sont déjà portés candidats, principalement des Syriens, Somaliens, Afghans et Irakiens. Les cours se feront en anglais, mais seront complétés par des cours d’allemand.

Une fois arrivés en Allemagne, ces jeunes réfugiés qui ont dû abandonner leurs activités dans leurs pays d’origine sont « souvent bloqués pendant au moins deux ans », faute de papiers, avant de pouvoir éventuellement reprendre une formation, explique le cofondateur Markus Kreßler.

« Pour la seule année à venir, presque un million de personnes dans le cas d’Andrew, Kirollos ou Fatuma vont arriver en Allemagne », rappelle-t-il avant de souligner « l’incertitude et le manque de perspectives » dans lesquels sont plongés les nouveaux arrivants, « pour la plupart qualifiés et volontaires ».

Car outre-Rhin, comme dans la plupart des pays, pour avoir le droit de s’inscrire à une université, il faut d’abord pouvoir justifier d’une identité, d’un diplôme de son pays d’origine, ainsi que d’un accord de protection de l’Office fédéral des migrations et des réfugiés (Bundesamt für Migration und Flüchtlinge, Bamf). Autant de justificatifs qui ne s’obtiennent souvent qu’après plusieurs années, les documents provenant de pays en guerre étant difficiles à obtenir. 

MOOC et plateformes numériques

À la Kiron University, les étudiants d’origine étrangère disposeront de deux ans pour présenter ces documents. Deux ans durant lesquels ils pourront d’ores et déjà étudier. Les études se dérouleront en deux phases. Durant la première, les étudiants suivront des cours en ligne, communément appelés MOOC (Massive Open Online Courses).

« Nos étudiants auront le choix parmi les meilleurs cours d’universités comme Stanford, Yale ou Harvard », précise Markus Kreßler. Le tout,  grâce à des plateformes numériques internationales comme edx, coursera, iversity ou encore openHPI, le fournisseur d’accès à Internet de l’Institut Hasso Platner de Potsdam (Berlin).

S’ils valident leurs deux années d’étude en ligne à la Kiron Université, ces derniers passeront, cette fois-ci physiquement, en troisième année dans l’une des quinze universités allemandes et étrangères partenaires du projet. Parmi ces lieux d’enseignement conventionnels, l’université d’Heilbronn.

Places vacantes

Une aubaine non seulement pour les étudiants, mais aussi pour les universités : en Allemagne, elles sont nombreuses à souffrir d’un taux d’abandon important, en particulier jusqu’à la troisième année d’étude. Grâce aux réfugiés, les places vacantes seront occupées, ce qui permettra à ces établissements d’être davantage financés par les ministères fédéraux de l’éducation.

Mais cette initiative présente aussi des avantages pour l’Université Kiron. Aujourd’hui non reconnue par l’État allemand, car existante uniquement en ligne en tant qu’ONG, cette dernière va voir ses formations certifiées. Seul bémol : le financement d’une telle opération. La scolarité (frais d’examen, accès à la bibliothèque, ordinateur individuel et clé Wi-Fi) revient environ à 400 euros par an à l’université.

Pour financer la première année de ce dispositif, l’Université a lancé une campagne de financement participatif. Lancée le 5 septembre, cette dernière a pour l’heure permis de récolter plus de 96 000 euros, sur un objectif ambitieux de 1,2 million d’euros. À plus long terme, Markus Kreßler espère voir cette initiative subventionnée par l’État allemand : « Quand le gouvernement remarquera que nous permettons aux réfugiés d’étudier correctement, mais à bas coût, il nous soutiendra. »

Lara Charmeil
@LaraCharmeil

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