Transformer 100 hectares en ferme exemplaire, c’est le pari de ce couple

C’est l’histoire d’un château du XVIIe siècle tombé à l’abandon, entouré de terres appauvries, qui retrouve une nouvelle vie grâce à l’agro-écologie. Châteaufer, dans le Berry, a été racheté en 2000 par Céline et Alexandre Martin-Min, respectivement designeuse et directeur des investissements chez AXA IM. En 2015, ils acquièrent les 100 hectares de terres attenantes, où des céréales étaient cultivées de façon intensive. Objectif : recréer sur place un écosystème vivant, mêlant maraîchage, élevage ovin, agroforesterie, tout en étant autonome en énergie.
 
« Château Fer est une Belle au bois dormant qui vient de se réveiller d’une longue sieste de 300 ans ! Au XXIeme siècle, à l’heure des économies d’énergies, de la consommation raisonnée, de l’agro-écologie, nous voulons redécouvrir une autre façon de cultiver la terre », annoncent les propriétaires sur leur site.

Première étape de cette mutation : planter des arbres pour restaurer les sols de la propriété et produire du bois d’œuvre destiné à l’ébénisterie et la menuiserie. Plus de 10 000 arbres et arbustes ont aujourd’hui élu domicile sur 70 hectares du domaine, soit 150 espèces de chênes différentes.

Une serre multifonction avec un système de géothermie

« Aimer les arbres, c’est une autre façon d’aimer les hommes », aime dire Céline, citant le botaniste Francis Hallé. « Après nos enfants, ChâteauFer est notre déclaration universelle d’amour à l’humanité ». L’ex-designeuse vit aujourd’hui sur place à plein temps avec ses quatre enfants tandis que son époux fait des allers-retours vers Paris.

Un travail qui a déjà permis à la ferme de Châteaufer de décrocher la première place du concours national Arbres d’avenir qui récompense les projets d’agroforesterie « prometteurs et ambitieux ».
 
En parallèle, le domaine comprend également une parcelle de maraîchage bio d’un hectare et une zone de permaculture de 1000 m2. Un maraîcher canadien a été embauché afin d’y développer la méthode d’agriculture bio intensive, largement répandue Outre-Atlantique. Un autre a récemment rejoint l’exploitation et met à profit son expérience d’ingénieur en sciences du sol. « Nous sommes aussi adhérents de deux associations locales d’agriculteurs biologiques, qui nous apportent un appui technique et nous forment », explique l’un des salariés. Le couple souhaite aussi mettre à la disposition de maraîchers des environs 5 hectares de terres, ainsi que les outils de la propriété.
 
Au bout de la chaine, les produits de la ferme sont vendus chaque jeudi lors d’un marché organisé à Châteaufer et livrés à des cantines scolaires. Des paniers de légumes sont aussi proposés. Et un volet transformation est lancé : les cuisines du château offrent déjà la possibilité à des associations d’utiliser un déshydrateur, qui permet de sécher les légumes pour les conserver toute l’année.

Autre projet : d’ici un an, une serre multifonction devrait également sortir de terre. Avec une irrigation par capillarité, elle permettra de faire pousser des semis pour les transplanter ou les vendre. À côté, une salle de nettoyage des légumes sera également construite. Elle comprendra trois chambres froides à différentes températures pour la conservation des produits. Un système de géothermie chauffera tous les bâtiments.
 

Enfin, des moutons qui entretiendront le fourrage des arbres et apporteront des matières organiques au sol, eux, sont attendus pour 2023.
 
Tous ces projets avancent peu à peu car la réalité du terrain est parfois compliquée. La grêle au printemps dernier a complètement dévasté les récoltes d’haricots verts, de maïs et de laitues. « Après avoir subi des intempéries, je comprends mieux les contraintes locales, et cela m’a fait gagner en humilité. Je prends conscience de la collaboration nécessaire avec le milieu vivant », glisse Alexandre Martin-Min. Les paniers de légumes bio pourraient également se vendre davantage. « On aimerait passer de 50 à 100 familles nourries avec 1 hectare de maraîchage », précise t-il.
 
Mais le couple ne baisse pas les bras. La restauration du château se poursuit. « Le bâtiment doit retrouver son passé glorieux pour y attirer le public, qui pourra aussi y découvrir la ferme », ajoute Alexandre Martin-Min.
 
Et les investissements continuent. « Nous prenons des risques pour l’exploitation, car on veut créer un modèle exemplaire qui fonctionne et que d’autres fermes agro-écologiques pourraient utiliser. »
 
« Le bilan est positif pour l’instant car on est arrivés à recruter trois personnes, conclut Céline Martin-Min. C’est encore fragile d’un point de vue économique mais les encouragements des clients nous poussent à redoubler d’effort. »

 

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