La grande distribution mise sur l’agriculture urbaine

« Du bon, du sain, du local ». Pour mettre en pratique son nouveau slogan, Auchan promet une petite révolution. Des centaines d’hectares seront convertis en fermes, autour d’environ cinquante supermarchés partout en France. C’est l’annonce tonitruante qu’a fait le groupe nordiste, via le média spécialisé sur la grande distribution, LSA Conso, le 1er octobre dernier.

Depuis plusieurs années déjà, le secteur flirte avec la tendance de l’agriculture urbaine. Toutes les grandes enseignes du secteur ont mis, d’une façon ou d’une autre, les mains dans la terre.

Chacun son potager

En juillet 2017, Carrefour a inauguré un potager vertical sur un parking de 300 m2, à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne). Le groupe s’est pour cela associé à la start-up Agripolis. Les fraises, concombres et herbes aromatiques sont vendus sur place.

En 2018, Monoprix, filiale du groupe Casino, s’associe à La Boîte à Champignons pour créer des « Bars à pleurotes » dans 10 magasins. L’enseigne a aussi ouvert une champignonnière dans la cave du magasin Saint-Augustin, à Paris. Et elle propose des fraises cultivées dans un conteneur, grâce à la société Agricool.

En 2019, Franprix distribuera les légumes produits par l’entreprise Cultivate, sur un toit de 7000 m2, dans le quartier de la Chapelle, dans le 18ème arrondissement de Paris.

Auchan, pour sa part avait déjà construit un potager de 6000 m2 près d’un magasin à Mérignac (Gironde) et un autre à Villiers-en-Bière (Seine et Marne), en partenariat avec un lycée agricole. Mais si son plan se réalise comme annoncé, à partir de 2020, le mariage de la grande distribution et du maraîchage va passer à la vitesse supérieure.

Auchan, riche propriétaire terrien

Ceetrus, la filiale qui gère les biens immobiliers du groupe Auchan, est un richissime propriétaire agricole, apprend-on dans LSA Conso. Ses terres sont réparties sur tout l’Hexagone, autour des super et des hyper, sauf en région parisienne.
 
Les récoltes de fruits et légumes de saison cultivés sur ces centaines d’hectares seront « autant que possible » bio, vendues sur place, dans les points de vente les plus proches, avec la création d’une marque spécifique pour mettre en avant cette production.
 
Le groupe met aussi en avant une dimension sociale et solidaire de son projet : il prévoit des aides à l’installation aux agriculteurs intéressés par l’exploitation de ses terres et — pourquoi pas ? — d’associer les habitants du coin au capital de la ferme et du magasin. Auchan pourrait enfin créer des événements pédagogiques autour de ses fermes urbaines.

Crise du supermarché

Sur le papier, le projet semble donc marquer un changement d’époque, une prise de conscience des nouvelles attentes des consommateurs. Ce projet, s’il se concrétise, serait un « virage radical pour les hypers », note LSA.

Ce basculement apparaît plus largement comme une réponse à la crise des supermarchés. « Si l’hypermarché ne bouge pas, il va disparaître », nous confiait récemment Yves Puget directeur de LSA.
 
Avant d’accomplir une vraie révolution, il reste toutefois au secteur de la grande distribution quelques détails à consolider : améliorer la techniques de culture hors-sol, trouver un modèle économique… Et surtout, affronter ses propres incohérences: peut-on d’un côté devenir champion de l’agriculture urbaine et de l’autre être accusé d’étouffer les producteurs à coup de guerre des prix ?

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