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Randonnée : au coeur de l’usine de fabrication de chaussures Lowa

REPORTAGE - Si la plupart des chaussures de randonnée sont fabriquées en Asie, quelques marques, comme l'allemand Lowa, ont su conserver leur production et leur savoir-faire en Europe.

À un peu moins d’une heure de route de Munich, le petit village bavarois de Jetzendorf abrite l’usine Lowa. L’aventure de cette marque de chaussures de randonnée a débuté il y a cent ans dans une famille de cette localité. Au cours de l’entre-deux ­guerres, les trois fils d’un cordonnier, Jo­hann Wag­ner, vont créer deux entreprises encore en activité aujourd’hui. Toutes les deux autour de la chaussure de randonnée. Le pre­mier fon­de­ra en 1923 la cé­lèbre marque Lowa – contrac­tion de Lo­renz et Wag­ner –, tandis que les deux autres, Ho­chland et Hans, crée­ront Han­wag en 1921.

Cent après sa création, la marque fabrique toujours une partie de sa production à Jetzendorf. Et vient même d’agrandir ses locaux pour accompagner sa croissance. Un peu plus de 7 000 paires de chaussures outdoor sont fabriquées chaque semaine dans cette usine. Mais le gros de la production – quelque 60 000 paires – sont confectionnées dans leur usine de Slovaquie. Enfin, Lowa possède une plus petite installation spécialisée en Italie pour ses bottes techniques de haute altitude. Et des ateliers de couture en Croatie et en Bosnie… Même éparpillée, 100 % de la production est en Europe.

Quelque 250 personnes travaillent dans l’usine de Jetzendorf (et 2500 personnes en Slovaquie). Crédit : Florence Santrot.

Un laboratoire de tests de 120 m2

« Nous mettons un point d’honneur à nous assurer de la qualité des produits dans les moindres détails. Y compris dans le sourcing des matériaux, explique Tudor Dragomir, responsable export de la marque. La grande majorité du cuir utilisé dans les chaussures haut de gamme vient d’Europe. « Les prix sont relativement bas car c’est un résidus de l’industrie alimentaire. À nous ensuite de faire le tri et de choisir la bonne qualité. Ainsi que l’épaisseur adaptée pour chaque modèle de chaussure. De 1,4 mm pour des modèles d’approche à 3 mm pour des chaussures de haute montagne », détaille Tudor Dragomir. Même sans membrane Gore-Tex, la qualité du cuir et son hydrophobie naturelle font qu’une chaussure garde les pieds au sec près de 2 heures sous la pluie.

La membrane Gore-Tex, un tissu blanc placé sous le cuir, nécessite une grande précision dans sa mise en place. Crédit : Florence Santrot.

Pour s’assurer de la qualité, un laboratoire de 120 m2 abrite pas moins de 38 machines de tortures. Elles réalisent des tests d’usage dans de très nombreuses conditions (froid, chaud, humidité, abrasion, efficacité de la membrane Gore-Tex, etc.). « En 7 jours, nous faisons subir à une paire de chaussures l’équivalent de deux ans d’utilisation », résume Tudo Dragomir.

Vue en coupe d’une paire de chaussures Lowa. Il faut souvent plus de 100 pièces par modèle pour lui donner vie. Crédit : Florence Santrot.

Une fabrication encore relativement artisanale

Pour fabriquer une chaussure de randonnée en cuir, les étapes sont nombreuses. Par exemple, sur le modèle Camino Gtx, plus de 100 pièces rentre dans la fabrication de chaque chaussure. Il faut un peu moins d’1h30 pour toute assembler et obtenir une paire prête à la vente. Au gré des zones de l’usine, on croise les rouleaux de cuir tannés et teintés qui attendent de passer sur les tables de découpe. À l’aide d’ordinateurs, de projections laser et de coupes de précision, les pertes sont réduites au minimum. On emporte ensuite les pièces découpées sur les lignes de couture. En parallèle, la confection des semelles a débuté.

Pour ses chaussures haut de gamme, le cuir reste de rigueur chez Lowa. Une question de robustesse et de confort. Crédit : Florence Santrot.

Après avoir été moulé au four et comprimé, le polyuréthane reprend sa forme. Le design de la semelle extérieure est propre à Lowa. Il doit assurer une excellente accroche sur tous les terrains et par tous les temps. Une fois que le dessus de la tige est cousu, on y place un moule du pied. Les formes sont propres à Lowa et refaites régulièrement pour suivre l’évolution de la morphologie.

Ensuite, on fixe la semelle à l’aide de coutures et de colle. Puis la chaussure passe dans une zone froide pour que la glue soit plus performante sur le long terme. On enlève alors le moule, les éventuels petits défauts sont nettoyés… Les lacets sont enfilés puis la chaussure est placée dans son emballage. Peu après, vient le rangement dans les rayonnages pour être expédiée vers les magasins partenaires.

Il faut de nombreuses étapes avant de créer une chaussure de randonnée. Crédit : Florence Santrot.

Lowa : le choix de la durabilité

Lowa, ce sont des chaussures conçues pour durer… et être réparées. « 20 ans après, les propriétaires nous les renvoient pour réparation. Nous refaisons la semelle, reprenons quelques coutures éventuellement et elles peuvent à nouveau repartir pour un tour », assure Tudor Dragomir. Chaque semaine, ce sont plusieurs dizaines de chaussures qui arrivent à l’usine pour réparation. Coût de l’opération : 80 euros.

Des centaines de chaussures reçues à l’usine pour réparation. Crédit : Florence Santrot.

« C’est très excitant car cela nous permet de revoir des chaussure qu’on a fabriquées il y a plusieurs décennies et de constater comment elles ont vieilli. » Un point d’honneur est mis à réparer au maximum la chaussure. Et à la remettre globalement en état : nettoyage en profondeur, soin du cuir, réparation des éventuelles pièces en métal, changement des lacets si besoin, etc. L’objectif est que la paire de randonnée puisse à nouveau arpenter les sentiers de longues années encore. Pas de doute, Lowa s’inscrit dans un temps long.

Visite de l’usine Lowa de Jetzendorf en vidéo

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Florence Santrot

Passionnée de montagne et de trail, je suis une adepte des déplacements doux. Ayant débuté ma carrière dans les nouvelles technologies et les thématiques tech au sens large, je reste une geek dans l'âme.

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