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Vjosa : il faut sauver la dernière rivière sauvage d’Europe

Les barrages hydroélectriques auront-ils la peau de la Vjosa, la dernière rivière sauvage d’Europe ? Les populations locales, l’Albanie et l’Unesco s’emploient pour que cela n’arrive jamais. Il y a quelques jours le gouvernement albanais a annoncé entamer les démarches pour faire du fleuve une réserve de biosphère. Cette démarche a pour but de protéger durablement ce riche écosystème menacé par plusieurs projets d’exploitation hydraulique de la Vjosa.

Cela fait quinze ans maintenant que des scientifiques, des activistes environnementaux, des artistes et les populations locales alertent sur les risques qui pèsent sur le bassin de la Vjosa. En 2019 puis en 2021, Patagonia avait même diffusé pas un mais deux documentaires, Blue Heart et Vjosa Forever, sur ce combat. Le but était de médiatiser cette lutte pour la préservation de la nature au cœur de l’Europe.

Quelque 30 projets hydroélectriques envisagés sur la Vjosa

La Vjosa prend sa source en Grèce (où elle porte le nom d’Aoös). Elle s’écoule à travers l’Albanie pour se déverser dans la Mer Adriatique. Tout au long de son cheminement, sur environ 273 kilomètres, cette rivière n’a subi aucune intervention humaine pour modifier son parcours ou son débit. Son bassin abrite environ 1 100 espèces animales et végétales. Ptreize espèces animales et deux espèces végétales menacées à l’échelle mondiale. C’est aussi un sanctuaire pour des insectes, des batraciens, des oiseaux et de nombreuses plantes. Véritable trésor naturel, il est pourtant menacé depuis des années par des projets de barrages hydroélectriques.

« La Vjosa représente une bataille primordiale pour la protection des cours d’eau sauvages dans les Balkans et au-delà », insiste Ulrich Eichelmann, PDG de Riverwatch. Ce groupe de conservation de la nature, basé en Autriche, fait partie des associations qui luttent pour la Vjosa. Or, une trentaine de projets de barrages est à l’étude tout du long de son tracé sinueux. Si ces centrales hydroélectriques étaient érigées, elles auraient de multiples conséquences néfastes. Dont la diminution du débit global, l’inondation de certaines vallées, l’assèchement d’autres… Et la destruction extensive de la faune et de la flore dépendant de la rivière sauvage.

Une rivière sauvage bientôt « réserve de biosphère » de l’Unesco

Le 17 février 2023, l’Unesco s’est réjoui de la décision de l’Albanie. « Le gouvernement albanais a décidé de renforcer la protection de cet écosystème exceptionnel. Depuis 2013, il a progressivement suspendu les projets de barrages hydroélectriques qui auraient pu avoir un impact négatif sur la faune et la flore. Il souhaite à présent protéger durablement le bassin de la Vjosa en instituant une aire protégée soumise aux ‘plus hauts standards internationaux' », explique l’organisation des Nations unies.

La ministre du Tourisme et de l’Environnement albanais, Mirela Kumbaro, a annoncé vouloir soumettre dans les mois à venir la candidature du bassin de la Vjosa au titre de réserve de biosphère de l’Unesco. Il existe aujourd’hui 738 réserves de ce type de part le monde, réparties dans 134 pays. Cela représente un total de 1,3 million de km² d’aires protégées, ou l’équivalent de la superficie totale du Pérou.

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