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Decathlon explore le Made in France pour réduire son impact carbone

Quatre produits pour explorer la possibilité de fabriquer plus localement. Forclaz, la marque de trekking et de voyage en itinérance de Decathlon, a lancé depuis fin octobre une collection capsule baptisée « Minimal Editions – Local ». Elle inclut un sweat-shirt, une parka imperméable, un duffle bag et un pantalon de randonnée. Le tout est produit à 3050 unités seulement. Si, depuis plusieurs années, Decathlon développe différents leviers d’éco-design afin de réduire son impact carbone, voilà un pas supplémentaire dans la bonne voie.

« L’éco-design ne suffit plus si Decathlon veut se répondre aux objectifs de l’Accord de Paris, explique Pauline Ponte, porte-parole de Forclaz Trekking. Nous travaillons sur le patronnage pour réduire les chutes de tissu. La technique du Dope Dyed est auss très intéressante. Elle consiste à teindre le fil avant même son tissage pour consommer beaucoup moins d’eau, polluer moins et limiter les émissions carbone. Nous avons aussi créé du matériel blanc (tente, duvet…), sans teinture… tout cela va dans le bon sens mais ce n’était pas assez. »

Attaquer la principale source d’émissions de gaz à effets de serre : le mix énergétique

Si on détaille l’empreinte écologique d’un produit, le mix énergétique est ce qui génère le plus de gaz à effets de serre (GES). « 40 % de l’impact du produit sur tout son cycle de vie a lieu lors de la fabrication, via les énergies utilisées. Nous avons donc cherché les pays au monde qui avaient le meilleur mix énergétique. Et l’Europe, dont la France, est très bien placée grâce à une électricité moins émettrice de CO2. Nous ne voulions pas forcément faire du made in France mais il s’avère que c’est une des meilleures options », souligne Pauline Ponte.

Des produits « Made in France » et éco-conçus. Crédit : Decathlon.

Une fois la localisation trouvée, restait encore à trouver les partenaires pour la fabrication mais aussi les matières premières disponibles localement. Filature, tissage et confection sont donc réalisées pour l’essentiel en France mais aussi dans une moindre mesure en Italie (tissu du sweat), Belgique (toile de la veste imperméable) et au Portugal (confection du sweat-shirt). Forclaz travaille notamment avec Toptex Cube, spécialiste français de la confection de textiles techniques sans couture. Résultat : « la fabrication du duffle bag correspond à 8,75 kg eCO2. Son empreinte carbone est 64 % moins importante qu’un sac similaire fabriqué en Chine et sans éco-conception », assure Pauline Ponte.

Pour Decathlon, 2 ans de R&D… et l’ambition d’intégrer ces procédés aux productions classiques

Il aura fallu pas moins de 2 ans de R&D pour identifier les partenaires et créer les trois vêtements (masculins) ainsi que le sac de voyage. « Nous avons totalement réinventé nos façons de concevoir nos produits, repensé nos méthodes de travail et nos procédés industriels en créant des partenariats forts pour produire localement. Et on a vu que c’était possible. Cela nous donne forcément des envies pour la suite… L’exploration ne fait que commencer », assure Delphine Dupré, ingénieure produit et cheffe de file Minimal Editions – Local.

Depuis la conception jusqu’à la fabrication, tout a été pensé pour réduire l’empreinte carbone. Crédit : Decathlon.

Maintenant que Forclaz a défriché les méthodes pour produire avec un bon mix énergétique et trouvé les partenaires capables de répondre à leur cahier des charges, le but est de capitaliser sur ce travail. Certes, l’objectif de rapatrier toute la production Decathlon vers l’Europe est encore utopique. Mais intégrer certains de ces procédés dans les productions classiques est envisageable. Forclaz, et plus largement Decathlon, a donc intégré cela à sa feuille de route. Aujourd’hui, diminuer l’impact carbone d’un produit nécessite une hausse du prix de vente. La parka de randonnée est vendue 250€, le sweat 90€, le pantalon 90€ et le sac de voyage 100€. À titre de comparaison, un sweat lambda est vendu 25€ par Decathlon et un duffle bag 60€, par exemple.

Ce sac de voyage en toile est vendu 10€ quand un duffle bag similaire mais avec une empreinte carbone plus élevée est commercialisé autour de 60€ par l’enseigne. Crédit : Decathlon.

Produire localement… partout dans le monde

« Nous n’avons pas décidé de faire du made in France pour faire du made in France, précise Pauline Ponte. Mais c’est un des pays qui offre le meilleur mix énergétique à l’heure actuelle. Le but est de pouvoir produire de plus en plus au plus près de nos marchés [Decathlon est présent dans 70 pays de par le monde, NDLR] ». Et de réaliser petit à petit des économies d’échelle tout en minimisant les coûts grâce à des astuces. Comme l’idée d’éviter des renforts en tissus au niveau des genoux et de l’assise en intégrant le renfort dans le tissu dès le tissage.

Un T-shirt créé dans le même esprit de cette collection capsule sera commercialisé courant 2023 ou 2024. De même que des produits dédiés aux femmes (un legging de voyage est en préparation). Parallèlement à cette production plus respectueuse de la planète, Decathlon explore aussi de nouvelles manières de consommer. Comme la Seconde Vie (l’enseigne rachète vos équipements) ou encore la location. « Il faut réfléchir à des économies d’usage, ne pas toujours vouloir du neuf. Surtout quand la pratique n’est pas régulière », ajoute Pauline Ponte.

Un sweat, une veste imperméable, un duffle bag et un pantalon de trek ont été fabriqués Made in France. Crédit : Decathlon.

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