Déchiffrer  > Enquête : Comment Huawei infiltre la France

Written by 13 h 26 min Déchiffrer

Enquête : Comment Huawei infiltre la France

Déjà bouté hors de plusieurs pays, celui qu’on soupçonne d’être le bras technologique de Pékin tisse ses réseaux dans l’Hexagone, qui tente aussi de lui mettre des barrières. Quels risques à voir le géant du smartphone et des réseaux 5G étendre son influence dans notre pays à coups de millions d’euros  ?

Le 03/12/2020 par Gabriel Thierry
Huawei n°32
Illustration : Riki blanco
Illustration : Riki blanco

Retrouvez l’intégralité de cette enquête dans WE DEMAIN n°32, disponible en kiosque et sur notre boutique en ligne

Ces masques ne sont pas tombés du ciel, mais presque. En ce mois de mars 2020, comme partout en France, le Val-d’Oise confiné se retrouve confronté à une dangereuse pénurie de masques. Qui aurait pu imaginer que son salut vienne du géant chinois des télé­commu­ni­cations ? Huawei, basé à Shenzhen, métropole de 13 millions d’habitants aux portes de Hongkong, expédie aussitôt 20  000 masques FFP1 à la collectivité.

Un mystérieux cadeau dont la finalité s’éclaircit deux mois plus tard : l’entreprise et le syndicat mixte Val-d’Oise numérique annoncent en juin la signature d’un partenariat, qui doit faire de ce territoire le premier “smart département” de France. Au programme : caméras de vidéosurveillance et ­capteurs intelligents, formations numériques pour booster la collectivité… et 5G, bien sûr. 

“Le bras technologique du régime chinois”

Pour la firme aux 194  000 salariés dans le monde, c’est une vitrine de plus, une sorte de show-room géant pour convaincre de la qualité de ses produits. Créé en 1987 et d’abord spécialisé dans les équipements réseaux, Huawei a peu à peu élargi ses activités aux objets connectés – de la montre au panneau solaire – et au cloud, devenant le premier déposant de brevets au monde en 2017 et le numéro un mondial du smartphone en juillet 2020 (devant le coréen Samsung). Mais cette diplomatie chinoise du masque – Huawei en a aussi envoyé des palettes en Lituanie, en Suisse ou au Maroc – a ses limites.

Au cours de l’été, la belle histoire de l’entreprise avec le Val-d’Oise déraille. La gauche locale s’indigne d’un tel accord avec une entreprise qui bénéficierait en Chine du travail forcé de la minorité musulmane ouïgoure. “Rien ne justifie ce partenariat, la majorité de droite vit dans une bulle”, dénonce le sénateur socialiste Rachid Temal. Face à la polémique, le département suspend le partenariat en août, “dans l’attente d’une position officielle du gouvernement français, seul compétent en matière de diplomatie économique”. Un exemple qui rappelle qu’avec Huawei, rien n’est simple. Le géant a beau s’afficher comme une grande entreprise parmi d’autres, il est souvent décrit comme “le bras technologique du régime chinois”, rappelle Charles Thibout, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques, l’Iris.

Retrouvez la suite de l’enquête dans le n°32 de la revue WE DEMAIN.

Tags:

A lire aussi :

  • Les images saisissantes de l’agonie du fleuve Jaune

    Respirer

    Les images saisissantes de l’agonie du fleuve Jaune

    Étouffé par l'industrie lourde, la croissance démographique et la désertification, le deuxième grand fleuve chinois risque l'asphyxie. Dans un travail au long cours, le photographe Ian Teh a documenté ce déclin – ainsi que les efforts menés pour l'enrayer.
  • En Chine, alerte rouge sur le fleuve Jaune

    Déchiffrer

    En Chine, alerte rouge sur le fleuve Jaune

    Le nouveau numéro de We Demain publie un photo-reportage sur le fleuve Jaune en Chine, menacé par la pollution industrielle. Antoine Lannuzel, rédacteur en chef du magazine, est revenu sur cette enquête pour franceinfo dans le JT du mercredi 2 septembre.
  • Lettre d’un Chinois de la diaspora sur les dérives glaçantes du régime de Pékin

    Déchiffrer

    Lettre d’un Chinois de la diaspora sur les dérives glaçantes du régime de Pékin

    En tant que jeune Chinois, comment ne pas perdre espoir face à un régime qui tue toute forme de liberté ? En rejoignant le camp des "éveillés", comme le raconte ce message repéré et traduit par la sinologue Marie Holzman, dont l'interview est à retrouver dans notre numéro d'été.