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Rapport du GIEC : s’adapter d’urgence ou… subir

Alors que l’adaptation aux changements climatiques reste le parent pauvre de la lutte contre le réchauffement planétaire, un nouveau rapport du GIEC souligne l’urgence d’agir pendant cette décennie “pour faire face à des risques croissants”. Plus le réchauffement gagnera du terrain, plus l’adaptation deviendra difficile, estime-t-il.

Le 28/02/2022 par Vincent Rondreux
Lit de rivière à sec
Un lit de rivière presque à sec en Finlance. Photo : Shutterstock.
Un lit de rivière presque à sec en Finlance. Photo : Shutterstock.

“Pour éviter des pertes croissantes en vies humaines, en biodiversité et en infrastructures, une action d’adaptation ambitieuse et accélérée est nécessaire, tout en réduisant rapidement et en profondeur les émissions de gaz à effet de serre”.  Telle est la manière dont le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) présente son nouveau rapport sur les impacts des changements climatiques. Un rapport né d’une synthèse de 34.000 études.

Ce lundi 28 février 2022, le GIEC a publié le deuxième volet de son sixième rapport d’évaluation La première partie, publiée en août 2021, était une mise à jour des bases scientifiques du réchauffement planétaire. Un autre volet, publié lundi 4 avril, détaille les moyens concrets de atténuer. Des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Enfin, une synthèse est prévue pour septembre.

Des perturbations climatiques déjà “dangereuses et généralisées”, selon le GIEC

En attendant, voilà encore “un terrible avertissement sur les conséquences de l’inaction”, affirme Hoesung Lee, président du GIEC. Car “les preuves scientifiques sont sans équivoque : les changements climatiques menacent le bien-être humain et la santé de la planète”, confirme Hans-Otto Pörtner, coprésident du groupe du travail II du GIEC.

Pour les scientifiques, les changements climatiques anthropiques causent déjà des perturbations “dangereuses et généralisées” : augmentation des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations dépassant les seuils de tolérance de plantes et d’animaux, et avec des effets sur la santé humaine (stress thermique, maladies…) ; insécurité alimentaire et hydrique aigüe, notamment en Afrique, en Asie, en Amérique centrale et du Sud, sur les petites îles, dans l’Arctique… Mais l’Europe ne sera pas épargnée.

Qui plus est, un réchauffement de la planète atteignant 1,5°C à court terme va entraîner une augmentation supplémentaire “inévitable” des dangers. Cela présente “de multiples risques pour les écosystèmes et les humains”, précise le résumé du rapport destiné aux décideurs. Avec des conséquences “de plus en plus complexes et difficiles à gérer”. Et avec d’éventuels changements irréversibles et aggravant les changements climatiques : fonte du pergélisol, de calottes glaciaires…

Plus le réchauffement progressera, plus l’adaptation sera difficile

Pour l’Europe, quatre risques clés devant s’accroître avec le réchauffement ont été identifiés par les scientifiques : 

  • augmentation du nombre de décès et de personnes qui souffrent de stress thermiques. Et aggravation des risques d’incendie et de la menace sur la biodiversité et les puits de carbone,
  • pertes de production agricole pour la plupart des régions qui ne seront pas compensées par des gains en Europe du Nord,
  • exposition de plus d’un tiers de la population d’Europe du Sud à la rareté en eau,
  • augmentation des personnes affectées par les précipitations et les inondations. Ainsi qu’une augmentation des coûts des dommages, avec en plus des communautés et patrimoines culturels menacés par la hausse du niveau de la mer.

“Les choix sociétaux et les actions mises en œuvre au cours de la prochaine décennie vont déterminer dans quelle mesure les voies à moyen et long terme permettront un développement plus ou moins résilient au climat”, estime le résumé. En effet, le GIEC prévoit que les possibilités d’adaptation, déjà “difficiles”, se réduiront avec l’aggravation du réchauffement. Au-delà de 2°C,  un “developpement résilient” deviendra “impossible dans certains régions”. 

Restaurer les écosystèmes pour plus de résilience, conseille le GIEC

Selon le rapport, les points chauds géographiques de grande vulnérabilité humaine se trouvent particulièrement en Afrique de l’Ouest, centrale et orientale, en Asie du Sud, en Amérique centrale et du Sud, dans les états insulaires et en Arctique. “Environ 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent dans des contextes très vulnérables”, évaluent les scientifiques.

Autre type de points chauds : les villes où réside plus de la moitié de la population mondiale. Et où la santé, la vie et les moyens de subsistance des gens, ainsi que les biens et les infrastructures essentielles, y compris les systèmes d’énergie et de transport, sont “de plus en plus touchés” par les conséquences des vagues de chaleur, tempêtes, sécheresses, inondations. 

Des mesures “urgentes” sont donc requises, selon le GIEC. Outre les “transitions systémiques” dans les domaines de l’énergie, des zones urbaines et rurales, des infrastructures, de l’industrie et de la société en général, elles font notamment intervenir la restauration des écosystèmes. Des écosystèmes sains “sont plus résistants et fournissent des services essentiels à la vie tels que la nourriture et l’eau propre”, indique Hans-Otto Pörtner. “En restaurant les écosystèmes dégradés et en conservant de manière efficace et équitable 30 à 50 % des habitats terrestres, et des eaux douce et océaniques de la Terre, la société peut bénéficier de la capacité de la nature à absorber et à stocker le carbone, et nous pouvons accélérer les progrès vers le développement durable. Mais un financement et un soutien politique adéquats sont essentiels”, estime-t-il.

Une étroite fenêtre pour assurer un avenir viable

Or, l’adaptation aux changements climatiques ne représente à ce jour qu’une part minime de la finance climatique. Cela représente moins de 10 % contre plus de 90 % pour les moyens d’atténuer le réchauffement. En plus, le résumé déplore une fragmentation de “la plupart des mesures d’adaptation observées, à petite échelle”. Sans compter les adaptations “inadaptées”, comme certaines digues. “Une planification à long terme et une mise en œuvre accélérée, en particulier au cours de la prochaine décennie, est importante pour combler les lacunes”, ajoute-t-il.

“Notre évaluation montre que relever tous ces défis implique que chacun gouvernements, secteur privé, société civile – travaille ensemble pour faire de la réduction des risques, ainsi que de l’équité et de la justice, une priorité dans la prise de décision et l’investissement”, assure Debra Roberts, coprésidente du groupe II du GIEC. Et Hans-Otto Pörtner d’alerter : “Tout retard supplémentaire dans une action mondiale concertée fera rater l’étroite fenêtre qu’il reste pour assurer un avenir viable.”

Sinon, il ne restera plus qu’à subir…

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