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Ce couple va créer la première “ferme papetière” française

En France, seule une dizaine de papetiers fabriquent encore leur papier à la main. Parmi eux, Laurence et Bruno Pasdeloup, qui ont misé sur le recyclage de déchets agricoles. Le couple souhaite désormais ouvrir une “ferme papetière” pour produire sa propre matière première.

Le 03/09/2020 par Morgane Russeil-Salvan
Laurence et Bruno Pasdeloup, papetiers d'art, dans leur atelier de Pérouges, dans l'Ain. (Crédit : Bruno Pasdeloup)
Laurence et Bruno Pasdeloup, papetiers d'art, dans leur atelier de Pérouges, dans l'Ain. (Crédit : Bruno Pasdeloup)

Livres, cahiers, essuie-tout, mouchoirs… Le papier est omniprésent dans notre vie quotidienne. Considérée comme plus écolo que le plastique, sa fabrication n’est toutefois pas indolore pour l’environnement. L’industrie papetière consomme 40 % du bois utilisé par les industriels dans le monde, selon le WWF.

Exploitées de manière plus ou moins responsables, ces forêts ne constituent pourtant pas la seule source de matière première possible pour les papetiers.

Installés à Pérouges, dans le département de l’Ain, les papetiers Laurence et Bruno Pasdeloup font partie des derniers artisans français à fabriquer leur papier à la main. Leur particularité ? Ils se sont émancipés de l’industrie du bois. Leur production repose sur l’utilisation de fibres végétales au cycle de vie plus vertueux, notamment des déchets agricoles récoltés localement.

(Re)faire de la papeterie une filière vertueuse

Le choix des Pasdeloup dénote dans le paysage de la papeterie occidentale moderne. Autrefois pourtant, l’industrie du papier était alimenté par le recyclage : celui des matières textile, cette fois. Et ce du XIIIe siècle jusqu’au milieu du XIXe siècle selon Bruno Pasdeloup.

“On recyclait des vêtements en lin, en chanvre ou en coton, raconte-t-il. L’industrie était donc plutôt vertueuse.”

La réputation du chanvre se dégrade à partir des années 1830. Aux États-Unis, il est assimilé au cannabis et sa culture est progressivement abandonnée, puis interdite. Une prohibition que Bruno Pasdeloup impute notamment au lobby du bois. “L’interdiction a eu lieu en France dans la foulée, et l’industrie du papier s’est tourné vers le bois”, regrette-t-il.

Difficile à présent de s’émanciper des ressources forestières. “L’utilisation des déchets agricoles sous-entend d’adapter l’outil industriel des grandes papeteries à d’autres plantes… et demande donc des investissements trop importants”, explique le papetier.

À l’échelle artisanale en revanche, cette boucle verte reste possible. Et toutes les plantes peuvent devenir une ressource. “J’utilise les déchets du maïs, après qu’il ait été moissonné, le résidu des tontes de notre commune, les déchets de l’horticulteur du village voisin, lorsqu’il a des invendus ou en fin de saison… Je peux même faire de la cueillette de prêles !” Le chanvre, dont la culture n’est plus prohibée, est également utilisé par les deux papetiers.

Une ferme papetière inspirée par la tradition orientale

Laurence et Bruno Pasdeloup produisent environ 700 kg de papier par an, à destination du monde des arts graphiques et du design, mais aussi des chercheurs ou ingénieurs curieux.

Leur mode de production sera bientôt amené à changer. Le couple emménage bientôt dans un corps de ferme à Puyberaud, un petit hameau de la Creuse. Une campagne de financement participatif a été ouverte pour soutenir leur projet.

Les entrepreneurs ont pour ambition d’utiliser leur futur terrain pour créer une “ferme papetière”, où la production agricole fournira leur matière première.

Un système qui leur permettra de s’émanciper encore davantage du modèle industriel. “Aujourd’hui, on utilise pas uniquement des matières issues du recyclage, admet Bruno Pasdeloup, on achète aussi du lin et du chanvre auprès de papetiers industriels.”

Une “ferme papetière”… Le modèle, inexistant en France, “est encore répandu au Japon, en Chine et au Vietnam, où les papetiers sont des agriculteurs qui cultivent leur fibre et la transforment.” Les Pasdeloup prévoient d’héberger les visiteurs souhaitant “mettre la main à la pâte” en participant à l’entretien des cultures, à la transformation du papier ou à des ateliers de typographie ou de reliure. Une façon de soutenir à la fois un papier et un tourisme plus vert.

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