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H’ability : révolutionner la rééducation par la réalité virtuelle

Grâce à H’ability, l’apport de la réalité virtuelle dans la rééducation physique n’est plus une fiction. La start-up, fondée par deux ingénieures formées à l’Ecole Polytechnique Féminine (EPF), a développé des solutions de rééducation cognitive et motrice à l’aide de la réalité virtuelle. L’idée a germé quand Bérengère Henrion et Marie-Odile McKeeney ont rencontré Léandre, 15 ans, atteint d’hémiparésie. Il souffre d’un déficit de la force musculaire, amenant à une quasi-paralysie de la moitié du corps. Passionné de jeux vidéo, il recherchait des solutions de rééducation plus ludiques et divertissantes que ce qui existait à l’époque. Lors d’un hackathon en 2018, le duo a eu 24 heures pour imaginer une innovation au service du handicap. Le concept de H’ability était né.

Pour se lancer, H’ability a bénéficié à ses tout débuts du soutien de la Fondation Sopra Steria-Institut de France « Dès 2019, nous avons commencé à réfléchir à la question avant de nous lancer à temps plein l’année suivante, à la suite de nos études. Grâce au Prix Entreprendre pour demain et à l’accompagnement dont nous avons pu bénéficier, notamment un accompagnement à la méthodologie entrepreneuriale avec Vianeo et un hébergement au sein de l’incubateur solidaire Planetic Lab, nous avons pu apprendre les rouages de l’entrepreneuriat avant de nous lancer en 2020 et acquérir les compétences nécessaires pour développer notre projet. L’idée était d’imaginer des outils combinant technologie – via la réalité virtuelle ou augmentée – et soins de santé. Nous avons ainsi développé des exercices en collaboration avec des établissements de santé, dont le CHU d’Angers« , explique la CEO Bérengère Henrion.

Lauréates de la catégorie « Etudiants » en 2019 puis du prix « Jeunes entrepreneurs » en 2021, elles ont notamment reçu une subvention de 15 000 euros au total et bénéficient depuis d’un accompagnement par un membre de la Fondation. Ce mentor, Côme, a pu les conseiller sur les différentes facettes de l’entrepreneuriat (plan de développement, financement, recrutement…).

Proposer des solutions plus ludiques pour augmenter l’adhésion

« Que ce soit pour un adolescent ou un adulte, les programmes de rééducation après un AVC, un traumatisme crânien ou une blessure aux membres supérieurs sont bien souvent répétitifs. Ajouter de la réalité virtuelle et des exercices ludiques, via par exemple la simulation de sports comme le foot, le basket ou la boxe, ajoutent davantage de variété et donc une meilleure adhésion au programme global de rééducation« , détaille Marie-Odile McKeeney, la cofondatrice. Neurologie, traumatologie, lombalgie, gériatrie… les cas de figure dans lesquels le dispositif s’applique sont multiples. Particularité : un suivi des mains est intégré directement dans le casque de réalité virtuelle, permettant de s’affranchir d’accessoires supplémentaires.

Cet exercice de goal virtuel permet de travailler les réflexes. Crédit : H’ability.

Les séances – qui durent généralement une vingtaine de minutes – peuvent aussi concerner des activités du quotidien (cuisiner, faire des achats dans les rayons d’un supermarché, etc.), basculer dans le jeu pur (attraper des lucioles) ou sortir carrément de la stratosphère (pilotage d’une fusée). L’essentiel est de varier les plaisirs pour retrouver de la motricité, une précision dans la préhension… Au total, 25 exercices ont été créés. L’objectif est de faire en sorte que les patients ne se focalisent plus sur la douleur et de progresser vers davantage d’autonomie de manière plus récréative que les exercices classiques.

« C’est crucial car la motivation est un facteur clé dans le parcours rééducatif des patients. Ils récupèrent plus vite et peut-être même mieux quand les exercices sont ludiques« , pointe Bérengère Henrion. Les professionnels de la santé bénéficient de leur côté de données enregistrées par le casque pour suivre au plus près la progression dans la rééducation et, éventuellement, modifier le programme mis en place.

Début de la phase de commercialisation pour H’ability

Sous la supervision d’une professionnelle de santé, un patient travaille ses capacités motrices et cognitives. Crédit : H’ability.

« Nous sommes sortis de la phase de prototype, avons reçu la certification « dispositif médical » pour notre équipement et avons commencé depuis 2023 la commercialisation de notre solution. » À date, la société troyenne a signé avec une trentaine de clients, que ce soient des hôpitaux, des centres de rééducation ou des cabinets de kinésithérapie. « Nous réfléchissons aussi à proposer une solution de télé-rééducation à domicile pour les patients, qui serait accompagnée d’un suivi médical, mais c’est un long processus« , déclare l’ingénieure.

Il faut compter moins de 10 000 euros pour s’équiper avec le matériel, la licence, les mises à jour et 2 ans de maintenance inclus. Aujourd’hui, H’ability emploie sept personnes – dont trois développeurs – et vise la rentabilité sous 2 à 3 ans. « Nous avons reçu un très bon accueil des professionnels de santé et on voit qu’il existe un vrai besoin en la matière donc c’est encourageant« , se réjouit Bérengère Henrion.

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