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Hugo Biolley, maire à 18 ans : « Pour l’avenir, je travaille sur le bonheur »

ChangeNow 2023, Grand Palais Éphémère, Paris. Des maires et élus de grandes villes circulent entre conférences, réunions, initiatives, réceptions. Objectif: partager et développer des “solutions pour rendre les villes plus durables et résilientes“. En partenariat avec France Ville durable, The Shift Project… Ils sont plusieurs dizaines au total, avec des internationaux en nombre « record ». Image détonante: voilà Hugo Biolley le plus jeune maire de France, étudiant à Sciences Po Grenoble, élu aux dernières élections municipales à l’âge de 18 ans. Un maire visiblement engagé pour sa commune.

Fief de Hugo Biolley, aujourd’hui 20 ans: Vinzieux, au nord de l’Ardèche. Une commune de 500 âmes, “loin de tout parce qu’il y a toujours un chemin plus court pour relier un village à un autre sans passer par là“, décrit-il. Mais une commune possédant également “une position assez centrale, à 20 minutes de gros bassins d’emplois: Annonay, la Vallée de la Chimie… A 45 minutes de polarités importantes: Saint-Étienne, Lyon, Valence“.

Si bien que cela “influe sur la sociologie“: ce village de tradition agricole “se renouvelle petit à petit, avec aujourd’hui également le fruit d’un exode urbain. Des personnes arrivent de villages alentours, de villes moyennes et désormais même de Lyon“. Comme quoi la résilience des villes doit également se faire avec les campagnes… Et celle des campagnes avec les villes. Interview.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous engager dès l’âge de 18 ans pour votre commune ?

Hugo Biolley: Première chose, personnellement je désirais être utile. Je voulais trouver un espace, un lieu dans lequel je pourrais ressentir cette utilité. Deuxième chose, j’ai grandi dans ce village, je l’ai vu grandir avec moi. Je me suis donc dis qu’on pouvait justement être utile en étant élu, maire. L’idée a fait son chemin. J’ai monté une équipe, on a élaboré un programme, construit un projet. Et maintenant, on est à mi-mandat.

L’écologie a-t-elle compté dans cet engagement ?

Bien sûr. Mais je pense qu’on ne pourra pas traiter la question écologique sans traiter les questions sociale et démocratique. Ce sont les trois pans sur lesquels, aujourd’hui, les crises s’accumulent. En fait, je me pose avant tout des questions sur le monde tel qu’il arrive. Je vois les crises qui arrivent. Je vois surtout que j’ai des administrés…

Quand je discute avec les gens, je ressens du mal-être, du malheur, de la colère. Il faut traiter cette colère-là. Et la traiter, c’est répondre aux questions environnementales, sociales, démocratiques. On va être obligés. Moi, je le fais à une échelle très modeste et humble, celle de Vinzieux. Mais c’est aussi à ce niveau que l’on discute, que l’on échange. Quand une politique publique est menée au niveau national, les zones de friction derrière, les roulements et les joints de dilatation du pont qui font que, quand ça bouge, le pont ne casse pas, c’est nous. Ça fait partie de nos rôles de maires. Malgré nous parfois.

En fait, vous avez une vue systémique du problème…

Exactement. J’essaye à la fois d’avoir le côté systémique et le côté action. C’est une des raisons pour lesquelles je suis ici, à ChangeNow. J’y découvre des actions précises que j’intégre dans ma vision globale. En revanche, dans un atelier de travail, on part de la vision globale pour aller sur de l’action précise.

Certes, ChangeNow est organisé pour des collectivités plus grandes que Vinzieux. Mais ce n’est pas parce que je suis maire d’une commune de 500 habitants que je ne me pose pas des questions pour savoir comment on va réussir à changer chez nous. A ChangeNow, il y a énormément de bonnes idées, de bonnes choses qui sont partagés.

Mon questionnement principal, c’est de savoir comment ça se passe en ville pour que je puisse l’intégrer au monde que je connais déjà très bien, et arrêter cette division un peu binaire ville-campagne. Aujourd’hui, il y a une fracture et c’est un problème. On doit retrouver une complémentarité. Pour les villes, se nourrir et respecter la biodiversité va être un peu plus problématique que pour nous. En revanche, en termes de mobilité ça va devenir plus difficile pour nous. J’essaye de ne pas opposer les choses, de poser un constat, de voir ce qui se fait, et comment il serait plus intelligent d’avancer ensemble.

Comment voyez-vous aujourd’hui l’avenir de votre commune dans la perspective de cette transition ?

L’avenir de ma commune c’est d’abord l’avenir des gens qui y vivent. Pour moi, être élu, c’est une fenêtre ouverte vers le monde, sur les gens, sur ce qu’ils ressentent, ce qu’ils vivent. Et ce que je vois, c’est qu’on est encore loin de réussir quelque chose. Pour moi, il s’agit de travailler sur le bonheur. De savoir comment je fais, au niveau de la commune, pour que nous soyons beaucoup plus résilients face à ses crises nouvelles qui se multiplient et s’entrechoquent, et pour préparer l’avenir.

Préparer l’avenir, c’est à la fois développer des projets, pour consommer moins d’énergie par exemple, mais c’est aussi travailler sur le vivre ensemble… Le jour où on a une grosse crise qui survient, si globalement on se connaît un peu, qu’on est capable de prendre du bon temps ensemble, de discuter entre nous, ça se passera mieux que si on sort tout de suite les carabines.

Quels projets développez-vous en ce sens actuellement dans votre commune ?

Notre mandat se découpe sur deux temps pour les gros projets. Premier temps qui est en train de se clôturer: Vinzieux n’a plus d’école depuis 1998, plus de commerce depuis une cinquantaine d’années. Donc notre premier projet a été la réouverture d’un commerce. Il est ouvert depuis un an et demi. C’est un bar à vin – épicerie, ce qui est donc créateur de lien social.  On a coconstruit cette réouverture avec un porteur de projet. Nous, on a fait l’acquisition du foncier, les travaux de gros œuvre. Lui, il a réalisé les finitions et investi pour la création du fond de commerce.

Le deuxième projet est le plus gros que l’on va pouvoir mener sous ce mandat. Il s’agit à la fois d’un projet de restructuration du centre du bourg et de création d’un lieu exemplaire. On a une ancienne école qui est un bâtiment en pierres assez typique du village. Elle possède un charme à préserver mais elle est tombe en ruine. Donc la question a été: “Qu’est ce qu’on en fait ? Comment ?“. Le bâtiment est stratégiquement placé dans le village, à côté des lieux de vie. On a donc décidé de rénover et mutualiser cet espace.

Que va-t-il donc devenir ?

La rénovation sera complète et doit redonner au bâtiment son cachet d’antan, tout en le modernisant: panneaux solaires, etc. On va en faire trois choses. D’abord, un pôle associatif avec une salle polyvalente. Ce sera à la fois la salle des associations, la salle du conseil municipal. Les particuliers pourront également la louer. Cette infrastructure manque aujourd’hui à notre dynamique associative. Ensuite, un deuxième espace deviendra un pôle de service public avec le déplacement de la mairie.

Quant au troisième espace de ce bâtiment, on le coconstruit avec les habitants de A à Z. On a fait une étude de besoins auprès d’eux. On est revenu avec les résultats, et on leur a demandé d’imaginer des projets. Les projets se sont tous un peu ressemblé. Cet espace va donc devenir un lieu de partage, et pourquoi pas de télé-travail… On a différentes composantes qu’on va agréger dans cet espace. On aura optimisé les usages du bâtiment.

Comment votre commune, avec ses petits moyens, est-elle parvenue à co-construire ce projet ?

Nous avons deux services civiques qui sont dans la commune à travers l’association Insite. Il s’agit d’une très belle association créée dans le Sud-Ouest et dont je suis maintenant administrateur. Son but est de soutenir les initiatives rurales engagées qui portent en elles un idéal de société plus humain, plus résilient et respectueux du vivant. Elle s’est aujourd’hui développée un peu partout en France. Elle envoie des services civiques en milieu rural pour des communes qui n’ont pas d’ingénierie et qui ne peuvent pas en avoir. Ces communes peuvent donc monter des projets, créer du lien, etc. A Vinzieux, ce sont ainsi nos deux services civiques qui mènent le travail de concertation et tout le volet participatif du projet.

L’idée finale, c’est vraiment de pouvoir rapprocher les associations, la mairie, les habitants pour que tous puissent vraiment s’approprier ce lieu. Il faut qu’on puisse recréer du lien à travers lui, entre les habitants et l’administration. Ce sera vraiment une “maison des habitants“.

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