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Et si vous deveniez éco-manager ?

Limiter l’empreinte écologique des productions audiovisuelles, telle est la mission du chargé d’éco-production. Ce métier encore émergent traduit une préoccupation grandissante des acteurs du secteur.

Le 07/11/2019 par Pauline Vallée
Des plats végétariens limitent l'empreinte carbone mais aussi les coà»ts de restauration des équipes. (Crédit : Ecoprod)
Des plats végétariens limitent l'empreinte carbone mais aussi les coà»ts de restauration des équipes. (Crédit : Ecoprod)

La première fois que j’ai travaillé en tant qu’assistante mise en scène sur un long-métrage, en 2018, j’ai été frappée par la consommation de plastique, le gaspillage de l’eau, les nombreux trajets en voiture”, confie Pauline Gil. “Je suis tout de suite descendue de mon petit nuage.” Celle qui s’engage de plus en plus pour l’écologie dans sa vie personnelle remet tout son métier en question.

Avant de réinventer sa profession. Au sein du collectif Ecoprod, Pauline Gil est aujourd’hui “chargée d’éco-production”. Sa mission : organiser des tournages de façon la plus écologique possible.

L’impact environnemental de l’industrie audiovisuelle est en effet conséquent. Selon le Centre national du cinéma, le secteur  émet environ un million de tonnes équivalent CO2 dans l’atmosphère chaque année en France, dont environ le quart est directement lié aux tournages. La production d’une heure de programme télévisé relâche en moyenne l’équivalent de 10 tonnes de CO2 dans l’atmosphère, et le tournage d’un long-métrage multisite 1 000 tonnes de CO2

Contre cette pollution, naît en en 2019 le collectif Ecoprod, dont fait partie Pauline, à l’initiative de six acteurs du secteur (ADEME, AUDIENS, Commission du Film d’Île de France, DIRECCTE IDF, France Télévisions et TF1). Ses membres proposent aux équipes de films de calculer leur empreinte carbone via l’outil Carbon’Clap et leur distribuent des fiches de bonnes pratiques.

Pauline a commencé son travail de “chargée de production responsable” sur la nouvelle série de Canal+ Effondrement.

“Effondrement”, un tournage 100% écolo

Elle réunit en amont tous les chefs de poste en leur proposant une liste d’actions réalisables. “On a regardé ensemble au cas par cas ce qu’il était possible de mettre en place“, explique Pauline. 

Un partenariat avec Pixetik permet de proposer des produits en vrac Day by day sur le plateau. Un autre avec l’entreprise Secoya, spécialisée en éco-tournage, troque les bouteilles d’eau en plastique contre des gourdes. Les capsules sont remplacées par des machines à café en grain, les gobelets par des éco-cups, et les transports sont mutualisés : les acteurs et membres de l’équipe technique voyagent ensemble en navette tandis que seuls trois camions sont mobilisés pour transporter le matériel.

Même esprit du côté de la décoration : “On loue plutôt qu’on achète, et si on doit acheter on choisit des produits de seconde main et/ou labellisés. À la fin du tournage, plutôt que de jeter, on stocke le matériel pour éventuellement le réutiliser.

Un système vertueux pour l’environnement qui permet de réaliser des économies. À titre d’exemple, sur le tournage d’Effondrement, les fontaines à eau ont permis d’économiser 5 674 bouteilles soit un peu plus de 2 300 euros, détaille Pauline, et une machine à café en grains 3 378 capsules soit plus de 1 300 euros.

Quelles perspectives ?

Le secteur est en plein essor, notamment aux États-Unis où les équipes sont de plus en plus nombreuses à faire appel aux services de “sustainable managers” ou “eco-supervisors”.

En France, le poste d’éco-manager n’existe pas officiellement et aucune formation n’est pour l’instant proposée dans les écoles de cinéma – bien que Pauline confie intervenir régulièrement auprès des étudiants pour présenter son activité.

Pour les intéressés, le mieux précise-t-elle, est d’avoir une très bonne connaissance du fonctionnement des plateaux et de leurs timings. Les profils d’attaché de production, régisseur et décorateur sont avantagés. Ecoprod propose également une formation sur deux demi-journées à destination des intermittents du spectacle souhaitant devenir régisseur ou manager en éco-production.

Le prochain objectif est d’interpeller les pouvoirs publics pour mettre en place un système de bonus au niveau national qui récompense les productions vertueuses, et pourquoi pas un malus contre les tournages trop polluants.

À plus long terme, l’idéal serait selon elle  que le métier de chargé en éco-production disparaisse… et que tout le monde applique naturellement ces bonnes pratiques !

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