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WE DEMAIN N°39

Le 20/05/2011 par wedemain admin
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WE DEMAIN n°39 : La société de la sobriété est là !
WE DEMAIN n°39 : La société de la sobriété est là !

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À 27 ans, cette jeune Soudanaise parle avec les plus grands. Et notamment António Guterres, le Secrétaire général de l'ONU. Il faut dire que Nisreen Elsaim préside, depuis août 2020, le Groupe consultatif de la jeunesse sur le changement climatique de l’ONU. Cette aînée de sept enfants, que rien ne prédestinait à cette trajectoire, s'est passionnée pour le dérèglement climatique depuis ses 16 ans, en 2012.

Titulaire d’une licence en physique et d’un master en énergie renouvelable de l’Université de Khartoum, elle sait de quoi elle parle et a particulièrement observé les ravages du dérèglement climatique dans son pays d'origine. Le Soudan est en effet classé comme l’un des pays les plus vulnérables en la matière (sécheresse accrue, fortes précipitations soudaines, pollution, épidémies, insécurité alimentaire, etc.). À l'occasion du Forum mondial 3Zéro, WE DEMAIN a pu échanger avec elle.

Comment et pourquoi êtes-vous devenue activiste ?

Nisreen Elsaim : La vérité, c'est parce que je m'embêtais à l'école ! Au cours de mes études scientifiques, j'ai réalisé les effets délétères du dérèglement climatique et j'ai commencé à militer dans différentes organisations qui œuvrent sur les questions de climat et de sécurité en Afrique. J'ai notamment intégré le Youth Environment Sudan (YES), une ONG qui regroupe plus de 1000 associations environnementales au Soudan et dont j'ai pris la coordination. Mais j'ai bien vite compris qu'il ne suffisait pas de tirer la sonnette d'alarme et que mes études scientifiques ne m'aideraient pas suffisamment pour faire avancer les choses.

Il fallait aussi agir sur le plan politique, une nécessité au Soudan où les tensions politiques sont fortes. Je me suis donc impliquée dans des mouvements qui mixaient écologie et politique. J'ai intégré la Conférence Africaine de la Jeunesse (COY Afrique) et l’Alliance Panafricaine pour la justice climatique. Et puis, en 2019, j'ai été désignée parmi les 30 envoyés spéciaux pour la jeunesse de l’ONU avant d'être nommée par le Secrétaire général de l’ONU comme Présidente du Groupe consultatif de la jeunesse sur les changements climatiques.

Vous avez le sentiment qu'António Guterres vous écoute vraiment ?

Absolument, nous faisons un point avec lui chaque trimestre. Sur les nouvelles initiatives mises en place, ce qui s'est bien passé, ce qui est plus compliqué… Il est vraiment intéressé et à l'écoute. Et il est d'accord avec nos recommandations. La difficulté, c'est au niveau de l'étape suivante, quand les États membres de l'ONU doivent se mettre sur les actions à mettre en oeuvre. C'est souvent là que cela bloque.

Comment crée-t-on de jeunes leaders pour le climat ?

Nous sommes jeunes mais professionnels, avec nos connaissances et nos expériences. Au sein du Groupe consultatif de la jeunesse sur les changements climatiques, nous rencontrons António Guterres quatre fois par an. Et il nous écoute. Chaque jour, les jeunes prouvent qu'ils s'intéressent au changement climatique mais que cette question ne doit pas être traitée seule. Il y a un vrai lien entre le changement climatique et les droits de l'Homme. Pour moi, ça a toujours été intimement lié mais aujourd'hui, les gens en prennent conscience. Cela a toujours été vrai mais cela l'est encore plus en temps de guerre. Car cela génère des pollutions, des crises alimentaires, etc. On le voit clairement en Europe avec la guerre en Ukraine mais c'est quelque chose que nous connaissons depuis bien longtemps au Soudan.

Les jeunes ont conscience de tout cela mais pour qu'ils s'approprient les sujets et qu'ils prennent la parole pour influer sur le cours des choses, il faut aussi que le monde entier prenne conscience d'une chose : les jeunes ne méritent pas seulement une place à la table des discussions et des réflexions aux côtés des chefs d'État et leaders. Les jeunes sont nécessaires à cette table. Sans eux, rien ne pourra se faire. Avec eux, le changement se fera plus rapidement.

Aujourd'hui, quels sont les principaux obstacles que vous – et les autres jeunes – rencontrez dans votre mission ?

Vous voulez dire, en dehors de ma difficulté à obtenir des visas ?! Mon passeport soudanais n'est pas le plus grand facilitateur dans mon travail… (rire) Mais, plus sérieusement, notre plus gros obstacle est l'absence de soutien financier. Quand on va demander des aides pour développement des projets, les jeunes se voient souvent reprocher un manque d'expérience, un manque de responsabilité dans des organisations, une absence de comptabilité fiable, etc. Mais comment peut-on avoir accès à un comptable quand on est une petite association sans financement ? C'est l'histoire de l'œuf et de la poule et c'est un cercle vicieux qui rend très difficile le développement de projets par la jeunesse.

Le deuxième principal obstacle est le "young washing". On parle beaucoup de la jeunesse mais, bien souvent, cela n'est qu'une apparence. Les choses ne changent pas assez en profondeur. Les marques, les entreprises, les États… créent des sites pour la jeunesse, l'inclusivité, l'égalité des chances, l'écologie… mais quand on regarde les actions concrètes derrière, cela reste souvent très superficiel. Un exemple concret : notre Groupe de la jeunesse sur le changement climatique a demandé à participer à une réunion lors de l'Assemblée générale de l'ONU pour pouvoir échanger directement avec les chefs des États membres. Nous avons reçu une fin de non recevoir sous des prétextes fallacieux (question de sécurité, d'agenda trop chargé…). Il faut que ces gens comprennent qu'ils ont besoin de nous, de nos idées… Et que nous sommes là pour aider.

Quel conseil donneriez-vous à des jeunes qui veulent s'impliquer pour un monde plus durable ?

Les actions individuelles sont importantes. Les actions de groupe aussi. Un proverbe africain dit "Si tu veux aller vite, marche seul mais si tu veux aller loin, marchons ensemble." Hélas aujourd'hui, il faut marcher vite ET loin. Alors les initiatives individuelles et de groupes sont les bienvenues. Prenons l'exemple de l'Afrique. Ce continent n'est responsable que de 4 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Donc, actuellement, nous sommes neutres en carbone pour ainsi dire. Mais ce qui se passe ailleurs dans le monde, notamment dans les pays industrialisés, a un impact négatif sur notre quotidien en raison du réchauffement climatique dont nous souffrons durement.

C'est pour cela que les actions individuelles sont importantes mais nous ne devons aussi agir en groupes, globalement. Si, toute seule, moi Nisreen Elsaim, je plante une centaine d'arbres, c'est bien. Mais au niveau de la planète, on a besoin de beaucoup plus que cela. Et ce n'est qu'en s'organisant tous ensemble qu'on pourra s'en sortir et combattre le dérèglement climatique. Tous nos petits gestes du quotidien sont importants mais ce n'est pas suffisant. Nous avons aussi besoin des grandes initiatives prises au niveau des ONG internationales et des grandes décisions que doivent prendre les États.

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Nisreen Elsaim : “Il faut cesser le ‘young washing’ et amener les chefs d’État à vraiment nous écouter”
  • Réduire le méthane dans l’atmosphère grâce à la litière des chats ?

    Cela fait partie des objectifs de la COP26 : réduire la présence de méthane dans l'atmosphère. Ce dernier est en effet un puissant gaz à effet de serre qui participe activement au dérèglement climatique. Cette molécule, composée d'un atome de carbone couplé à quatre atomes d'hydrogène (CH4), est naturellement présente dans l'atmosphère. Elle est émise notamment par l'agriculture (élevage, décomposition des végétaux, riziculture…). Autre facteur humain : l'extraction de pétrole, gaz et charbon, qui représenterait 30 % des émissions de méthane.

    Et le méthane a des effets bien plus délétères que le CO2. Le GIEC affirme qu'un seul kilo de méthane va réchauffer autant l'atmosphère que 28 à 30 kilos de CO2 au cours du siècle qui suit leur émission. C'est pour cela que des scientifiques s'efforcent de trouver des solutions pour transformer simplement du CH4 en dioxyde de carbone. Parmi elles, les zéolites semblent une piste sérieuse… et abordable qui pourraient permettre de respecter les engagements de la COP26.

    Des argiles naturelles aux propriétés vertueuses

    Des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) viennent de faire savoir qu'ils ont développé une méthode de conversion du méthane en CO2 grâce aux zéolites. Les zéolites sont des argiles naturelles communes. Des minéraux que l'on retrouve notamment dans la litière des chats car peu onéreuses et présentes sur Terre en abondance. Dans un article publié dans le journal ACS Environment Au, les scientifiques ont pointé du doigt le fort pouvoir absorbant de ces argiles. Elles ont notamment la capacité de capturer des molécules sous forme gazeuse.

    Afin de leur permettre de particulièrement emprisonner le méthane pour le transformer en CO2, ces chercheurs du MIT ont dopé les zéolites au cuivre. Cela facilite l’oxydation du méthane à basse température, dans les conditions atmosphériques classiques.

    L'argile Zéolite est présente en abondance sur Terre, et abordable. Photo : Fotosr52 / Shutterstock

    Une solution peu chère contre le méthane

    "Au cours des 18 prochains mois, nous voulons démontrer que cela peut fonctionner concrètement sur le terrain, souligne Desiree Plata, professeure associée au Ralph M. Parsons Laboratory (MIT) et co-autrice de l’étude. La plupart des solutions de capture d'air coûtent très chères et ne seront jamais rentables. Notre technologie sera peut-être un jour un contre-exemple."

    L'étude du MIT suggère qu'il serait possible d'intégrer ce nouveau catalyseur dans les systèmes de ventilation des mines de charbon, gros émetteurs de méthane. Qui plus est, le processus de transformation du CH4 en CO2 dégage une certaine chaleur. Cette énergie permettrait donc de générer de l’électricité… et de le rentabiliser assez facilement. Pour le moins prometteur.

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  • COP26 : “il manque une autorité contraignante sur le climat”

    La COP26, considérée comme la "COP de la dernière chance", n’a pas été un franc succès. Loin de là. "Les 1,5°C restent toujours un rêve mais tout le monde est maintenant d’accord pour dire qu’on va plutôt vers un réchauffement de 2,7°C", résume François Siegel, cofondateur de WE DEMAIN, invité du 23h de Franceinfo mercredi 17 novembre.

    "On disait que c’était la COP de la dernière chance, tout le monde avait identifié l’ennemi. Il faut arrêter les énergies fossiles. Tout le monde est d’accord sur le constat, mais personne n’est d’accord pour passer à l'acte solidairement", souligne-t-il.

    Autre échec de la COP : la promesse des pays développés d'aider les pays en développement. "L’accord de Paris, qui rythme les COP, a été signé grâce aux pays pauvres. C’est eux qui, en échange du 1,5°C, ont donné les voix de consensus qui autrement n’aurait jamais été obtenu. Ils demandaient, globalement, de l’argent pour compenser leur dette climatique. Or, la France ou les États-Unis leurs ont refusé. Le fossé ne cesse de se creuser."

    À lire aussi : COP26 : de nouveaux engagements… l’an prochain

    Après la COP26, "il faut garder espoir"

    Il faut tout de même garder espoir, selon le cofondateur de WE DEMAIN. "Même si ce n’est pas satisfaisant, il faut que les États continuent de se voir. Qu’ils se parlent, se réunissent", nuance François Siegel. "Il y a quand même des avancées. Notamment sur le méthane, qui est une des sources importantes du réchauffement, sur les forêts, sur la prise de conscience que les énergies fossiles sont néfastes…" 

    Le problème est qu'il n'y a pas de contraintes, ou d'autorité contraignante sur le climat, pointe François Siegel. Sans quoi un accord commun semble compliqué, voire impossible, à tenir.

    "Il y a quand même une prise de conscience globale à défaut d’un accord global", conclut-il.

    Retrouvez l’intervention de François Siegel à partir de la minute 31.

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