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S’adapter à vivre sur une planète surchauffée : un changement de culture nécessaire

À l’occasion de l’Université de la Terre, qui s’est tenue les 25-26 novembre au siège de l’Unesco à Paris, la question de la hausse des températures a été abordée de différentes manières. Et notamment sur le thème de l’adaptation et de l’anticipation du réchauffement climatique à venir. Lors d’une table ronde, la députée REN Barbara Pompili, ancienne ministre de la Transition écologique, Alexandre Magnan, Chercheur à l’IDDRI et contributeur au GIEC, ont échangé sur ce sujet. Il y a certes, l’atténuation, qui regroupe les actions visant à atténuer l’ampleur du réchauffement mondial d’origine humaine par la réduction des émissions de gaz à effet de serre

Pour Barbara Pompili, « l’adaptation est le mot-clé, même s’il ne faut pas perdre de vue l’atténuation. La difficulté est que l’être humain a du mal à changer ses habitudes, à changer de point de vue. » L’ancienne ministre de la Transition écologique a pris l’exemple de l’artificialisation des sols.

Artificialisation des sols : un vrai fléau

Celle-ci est la conséquence directe de l’extension urbaine et de la construction de nouveaux habitats en périphérie des villes. Or, cette bétonisation est aujourd’hui l’une des causes premières du changement climatique et de l’érosion de la biodiversité. Dans le cadre du Plan Biodiversité, le gouvernement a instauré l’objectif « zéro artificialisation ». En France, entre 20 000 et 30 000 hectares sont artificialisés chaque année.

Promulguée en 2018, la loi ELAN incite notamment les collectivités territoriales à développer des projets locaux d’intensification urbaine, afin de diminuer l’étalement urbain. Pour cela, le premier objectif intermédiaire est de réduire de moitié le rythme de la bétonisation entre 2021 et 2031.

Barbara Pompili sur la scène de l’Université de la Terre le 26 novembre 2022. Crédit : Florence Santrot.

« Cet objectif est relativement conservateur mais nous avons déjà de nombreux maires qui s’élèvent contre lui, estimant que c’est impossible. Pourtant, il suffit de changer de point de vue pour trouver des solutions. Plutôt que de lorgner un champ pour construire un nouveau bâtiment, le réflexe doit désormais être de chercher dans l’espace urbain des espaces bétonnés ou des bâtiments anciens qui peuvent être transformés et adaptés. S’adapter, c’est une évidence. Changer de point de vue, c’est ça qui est compliqué. »

« S’adapter, c’est une évidence. Changer de point de vue, c’est ça qui est compliqué. »

Barbara Pompili, samedi 26 novembre 2022, Université de la Terre.

Un changement de culture nécessaire pour s’adapter

Alexandre Magnan a abondé dans le sens de Barbara Pompili pendant cet échange lors de l’Université de la Terre. « L’adaptation demande de se projeter sur le très long terme. Or, notre société ne sait pas faire ça, et encore moins de manière collective. C’est pourtant nécessaire et même vital car il y a urgence », a-t-il déclaré.

« Les solutions techniques existent mais la question est de savoir comment faire pour entraîner la société dans cette démarche. Et on a du mal car c’est un changement de culture et c’est le plus dur à faire. La profession la plus touchée par le changement climatique, c’est la profession agricole. Et c’est la plus difficile à faire bouger. On leur demande de travailler différemment, de revenir sur des investissements qui ont été lourds, de sortir d’un paradigme qu’on leur a imposé pendant des années. Ce n’est pas étonnant que ce soit difficile. Mais, là encore, en prenant le temps d’expliquer, en mettant en place des accompagnements, c’est possible de leur faire changer de point de vue », ajoute Barbara Pompili.

L’urgence d’adapter aussi les infrastructures

Dans le cadre de cette Université de la Terre, Martine Jauroyon, Directrice Développement Durable, Innovation et Excellence Technique pour la société Egis, est également intervenue. Egis est une entreprise d’ingénierie française présente dans les secteurs de l’aménagement, des infrastructures de transport, d’eau et du secteur de l’environnement. « La grande difficulté qu’on doit affronter aujourd’hui c’est que, en quelque sorte, ‘on doit changer la roue en roulant’, explique-t-elle. Désormais, quand on construit, il faut que les infrastructures soient adaptées au climat d’aujourd’hui mais aussi au climat de demain. On doit étoffer nos compétences avec la science du climat. Nous n’avons pas d’autre choix que de compléter nos connaissances. »

« Nous travaillons sur l’adaptation au réchauffement climatique depuis 10-15 ans en R&D. Nous avons créé des outils de modélisation et de simulation. Nous avons mis en place des systèmes de cartographie d’un réseau afin de pouvoir simuler des vents violents, des pluies… et leurs effets sur les infrastructures. Cela permet de voir où se situent les maillons faibles (chaussées, équipements, etc.). Même chose, nous mettons au point des outils de gestion de crise en cas de catastrophe naturelle pour bien comprendre l’effet domino. Notre métier évolue profondément pour s’adapter « , ajoute Martine Jauroyon.

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