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“Ville minute” : Comment les Suédois réinventent leurs rues

La Suède invite ses citadins à réinventer la ville, en commençant par leur rue. Ce projet de “ville minute” entend créer des espaces plus respirables, conviviaux et participatifs. Inspirant en période de pandémie !

Le 15/01/2021 par Alice Pouyat
(Crédit : Capture d'écran TedX)
(Crédit : Capture d'écran TedX)

Et si le confinement, ce rétrécissement subi de l’espace vital, était l’occasion de donner un visage plus humain aux métropoles ? Tel était déjà l’objectif de “la ville du quart d’heure”, concept urbanistique très en vogue qui vise à permettre aux citadins de répondre à leurs besoins quotidiens dans un périmètre de 15 minutes à pied ou à vélo. Et ainsi réduire leur temps de transport, leur impact carbone, de créer du lien social… La maire de Paris Anne Hidalgo en a fait l’un de ses étendards, à l’image des maires du C40.

La Suède, elle, va plus loin. Ou, précisément, plus proche : le pays expérimente la “ville minute” (The One-minute City). L’idée ici n’est pas de rendre tous les services accessibles en 60 secondes bien sûr, mais de transformer la ville, rue par rue, en faisant de ses habitants les co-architectes du changement. “Repenser l’espace devant sa porte d’entrée et celle de ses voisins”, voilà la devise de Dan Hill, urbaniste de l’agence nationale d’innovation suédoise Vinnova, qui pilote l’initiative.

Un projet exposé dans cette vidéo TedX en novembre dernier.  

L’initiative est déjà expérimentée dans quatre rues de Stockholm, et trois autres villes. Mais l’idée est de “relooker toutes les rues du pays d’ici 2030 pour les rendre saines, durables et vivantes“, annonce Dan Hill.

À lire aussi : À quoi ressemblera la ville post-coronavirus ?

Des places de stationnement transformés en espace de jeu

Concrètement, les habitants se voient proposer des ateliers et des consultations, qui incluent les écoliers, pour décider de l’usage de l’espace public.

Partenaire du projet, le think tank ArkDes, qui dépend de l’agence nationale du design, a développé du mobilier urbain en bois modulable, de la taille d’un stationnement standard. Selon les rues et les souhaits des habitants, les unités peuvent se transformer en jardinières, tables de pique-nique, bancs publics, supports à vélos ou à scooters, abris à oiseaux, balançoires, skate park, bornes pour voitures électriques, scène de théâtre, boites à colis…. Ces panneaux en kit, baptisés “Street Moves”, peuvent aussi être assemblées entre eux, comme des Lego. Et évoluer au gré des besoins des habitants ou des saisons.

(Crédit : Capture d’écran TedX)

Durant les 60 dernières années, nous avons construit la rue autour de la voiture, comme un espace de déplacement et de stationnement. Il est temps d’y apporter de la vie, notamment de répondre au besoin croissant de nature et de convivialité”, explique par mail Daniel Byström, responsable de projet chez ArkDes.

Le projet vient aussi répondre à l’obligation qu’auront les villes suédoises d’être neutre en carbone d’ici 2045.  

La rue, point de départ pour changer la ville

Mais l’initiative possède aussi ses limites : pour fonctionner, elle doit offrir des alternatives aux personnes dépendantes aux voitures. Et, aux municipalités, des revenus venant combler le manque à gagner des stationnements supprimés…

Certaines décisions, par ailleurs, ne peuvent se prendre à cette échelle, et nécessitent une planification plus globale, par exemple pour l’organisation des transports en commun, l’accès à l’emploi ou à la santé.

“Bien sûr une ville a besoin d’infrastructures efficientes, c’est une base nécessaire. Mais ce qui séduit dans une ville n’est pas son “efficience”, vantée par les tenants de la Smart city. Une ville a aussi besoin d’”inefficacité” : on y déménage pour sa convivialité, tomber amoureux, trouver une idée d’entreprise, acheter un bon livre, boire une bière dans un bar, jouer dans un parc avec ses enfants… », fait valoir Dan Hill.  

(Crédit : Capture d’écran TedX)

La “ville minute” pourrait aussi se voir reprocher, comme la ville du quart d’heure, de cloisonner les habitants, ceux des quartiers les plus défavorisés pouvant être exclus des plus aisés.

Mais le “bas de la porte” est surtout pensé comme un point de départ souligne Dann Hill, un premier échelon pour engager le dialogue et impliquer les citoyens dans un transformation urbaine plus large. “L’autre objectif du projet est de changer la façon dont nous prenons des décisions, de créer une culture du partage, une ville plus participative.”

(Crédit : Capture d’écran TedX)

Un projet, lancé avant la pandémie, qui aura au moins eu eu le mérite d’apporter des réponses durant le confinement. Reste à suivre son développement, chez les Suédois, et peut-être chez des voisins plus lointains.

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