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Anne-Lise Rousset : « Pour le record du GR20, nous avons essayé de faire au mieux en termes de bilan carbone »

Vétérinaire, maman d’un petit Faustin, Anne-Lise Rousset sait optimiser son emploi du temps pour y inclure aussi sa passion : le trail. Victorieuse de plusieurs grandes courses, elle a signé un exploit en 2022. Seulement onze mois après avoir accouché, elle s’est offert le record féminin du GR20, la traversée de la Corse du Nord au Sud.

Il ne lui a fallu « que » 35 heures et 50 minutes pour avaler les 170 km et 13 000 mètres de dénivelé positif de ce chemin de grande randonnée, réputé pour être le plus difficile d’Europe. Un exploit immortalisé dans un court-métrage intitulé « Ce qui compte » et diffusé dans le cadre du festival Montagne en scène, en tournée actuellement dans toute la France. À l’occasion de son passage à Paris, WE DEMAIN a pu rencontrer Anne-Lise Rousset pour évoquer avec elle son rapport à la nature.

WE DEMAIN : Quand on prépare un défi comme le GR20, est-ce qu’on se pose la question de l’empreinte carbone ou est-ce qu’on se dit que c’est peine perdue ?

Anne-Lise Rousset : Il est certain que lorsqu’on se lance dans une telle aventure, on sait d’avance que ce sera générateur de pollution. Pour autant, on peut faire en sorte de minimiser l’impact. À l’occasion de ce projet, j’ai rencontré une personne qui montait justement sa société spécialisée dans le calcul environnemental pour le conseil aux entreprises.

Cette tentative de record du GR20 permettait de servir de test grandeur réel car il y avait énormément de paramètres à prendre en compte. Nous avons donc établi un bilan carbone précis de ce record. Le premier poste d’émissions de gaz à effet de serre pour mon défi du GR20, ce sont les transports. Puis viennent les équipements sportifs.

Qu’avez-vous concrètement mis en place pour limiter le bilan environnemental ?

Nous avons essayé de faire au mieux : nombre de voitures réduit pour le suivi, ravitaillement en eau dans les refuges ou aux sources naturelles, équipe optimisée… Nous avons essayé d’être le plus raisonnable possible sans être extrême. Mais certains de nos choix n’étaient pas forcément les meilleurs.

Par exemple, nous avons pris le bateau entre le continent et la Corse en pensant que c’était le choix le moins polluant. Mais le calcul environnemental a mis en lumière que, dans ce cas, l’avion aurait été la solution la moins émettrice de gaz à effet de serre… Notre intuition n’a pas toujours raison !

Plus largement, en dehors du cas de figure du GR20, comment pesez-vous le pour et le contre pour participer à une course ?

Je suis très admirative des choix du Français Xavier Thévenard ou du Britannique Andy Symonds, par exemple. Ils refusent certaines courses pour limiter leur impact. Andy a même publié son bilan carbone détaillé pour 2022. Xavier, lui, ne veut plus prendre l’avion pour aller courir à l’autre bout de la planète. Moi, je reconnais que je n’en suis pas encore là. Je ne me vois pas arrêter de voyager. Même si j’essaye de faire des efforts.

En 2024, je vais participer à une course mythique aux États-Unis, la Hard Rock. Je vais partir trois semaines pour ne pas faire un aller-retour très court mais le problème du transport sera forcément là…

Les organisateurs de courses, eux aussi, font des efforts…

Oui, on note aussi des tendances appréciables. Par exemple, lors des derniers championnats de France de trail, le balisage était en tissu, le ravitaillement composé de produits locaux et de saison, il n’y avait pas de sac en plastique distribué ni de T-shirt finisseur.

On peut donc limiter les déchets, réduire les goodies mais aussi optimiser les déplacements. Comme avec le système de navettes mis en place en 2022 sur le parcours de l’UTMB, l’événement majeur du trail autour du Mont-Blanc qui se tient chaque année fin août.

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