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Marc Dufumier : « L’urgence est de trouver une plus grande autonomie protéinique »

Que faire face à l’urgence climatique ? Réponse avec Marc Dufumier, ingénieur agronome et enseignant-chercheur spécialiste des systèmes agraires et de leur évolution .

Le 25/11/2022 par Victor Branquart
Marc Dufumier
Marc Dufumier est agronome, professeur à AgroParisTech, expert auprès des Nations unies et de la Banque mondiale. Il est l’auteur chez Allary Éditions, de De la terre à l'assiette (2020). Crédit : Olivier Marty.
Marc Dufumier est agronome, professeur à AgroParisTech, expert auprès des Nations unies et de la Banque mondiale. Il est l’auteur chez Allary Éditions, de De la terre à l'assiette (2020). Crédit : Olivier Marty.

WE DEMAIN : Sur une échelle de 1 à 10, quelle note attribuez-vous à la prise en compte de la crise et de l’urgence climatique…

Marc Dufumier : … par les Français ? Je suis généreux et je dis 4/10. … par le Gouvernement ? Je lui donne 2/10 car il ne fait pas le cinquième de ce qu’il faudrait faire, entre autres parce que l’opinion publique ne fait pas assez pression.

A titre professionnel, dans votre domaine et votre secteur d’activité, quelles actions doivent être menées en priorité ?

Une action pertinente doit participer à atténuer le réchauffement et le dérèglement climatique mais aussi à s’adapter à leurs conséquences. En agronomie, le plus urgent pour parvenir à satisfaire ces deux choses, c’est que nous puissions retrouver une plus grande autonomie protéinique. C’est-à-dire produire en France les protéines végétales dont nous avons besoin pour l’alimentation humaine et animale, sans avoir à les importer depuis les Amériques. Cela doit se traduire par une vraie diversification de nos assolements et par l’intégration de légumineuses dans les rotations de cultures (haricots, lentilles, petits pois) qui permettent de fixer l’azote de l’air.

En outre, ces légumineuses ont besoin d’énergie solaire pour pousser plutôt que d’engrais azotés de synthèse, ces derniers étant très émetteurs de protoxyde d’azote qui n’est autre que la principale contribution de l’agriculture française au réchauffement climatique. Au lieu d’importer du soja du Brésil pour nourrir les animaux, et contribuer ainsi à la déforestation de l’Amazonie, on produirait alors des protéines françaises ou européennes, en utilisant l’azote de l’air français et européen, avec des légumineuses comme la luzerne, le trèfle, le sainfoin, la vesce, le lupin, les féveroles, etc.

La production locale est donc de première importance ?

Une grande diversité de cultures est aussi synonyme de biodiversité domestique, ce qui permet de limiter la prolifération des ravageurs et donc de restreindre l’utilisation d’insecticides agrotoxiques et coûteux en énergie fossile. Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement, si vous voulez passer d’une note de 2/10 à la moyenne, agissez !

Agissez en créant les conditions pour produire des protéines végétales sur le territoire français, imposez la diversification des assolements, taxez les engrais azotés de synthèse et rémunérez ainsi convenablement les agriculteurs pour la culture de légumineuses. Votre Plan stratégique national (PNS) a été retoqué. Proposez-nous une version pertinente, conforme à l’intérêt général et pour lutter contre le réchauffement climatique !

A titre personnel, qu’avez-vous entrepris pour lutter contre le réchauffement climatique ?

J’ai renoncé à la voiture il y a vingt-quatre ans car je n’en avais pas la contrainte. Je privilégie le train en France, les transports en commun, la marche et le vélo. J’éteins mes appareils électriques quand je quitte mon domicile, à commencer par ma box. Ce sont des gestes plus importants, il me semble, que de couper l’eau du robinet quand on se brosse les dents.

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