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COP27 : l’ONU part à la chasse aux fuites de méthane

Les Nations-Unies ont annoncé la création d’un système mondial de surveillance par satellite des fuites de méthane, à la hausse et sous-estimées chez les pétroliers et gaziers. Enfin une bonne nouvelle de la COP27 pour ce puissant et vicieux gaz à effet de serre.

Le 13/11/2022 par Vincent Rondreux
méthane
Des bulles de méthane dans la glace au lac Baikal en Russie en hiver. Crédit :
Des bulles de méthane dans la glace au lac Baikal en Russie en hiver. Crédit :

Traquer les grosses fuites et alerter les gouvernements ainsi que les entreprises responsables. C’est le but du programme « Methane Alert and Response System » (MARS) présenté par ONU-Environnement à l’occasion de la COP27 de Charm el-Cheikh. Il s’agira du “premier système mondial et public capable de lier de manière transparente la détection de méthane à un processus de notification”, indique l’agence onusienne.

Le système se basera sur les instruments de satellites déjà en orbite et qui peuvent « voir » ces fuites. Les responsables seront incités à prendre leur responsabilité et une base de données publique sera créée.

Des émissions 70 % supérieures aux fuites déclarées

Le système MARS se concentrera d’abord sur le secteur du pétrole et du gaz avant de surveiller également le traitement des déchets comme dans les décharges, l’industrie du charbon, l’élevage et l’agriculture. Environ 60 % des émissions de méthane sont liées à aux activités humaines, selon le Global Carbon Project. Le reste relève d’émissions naturelles: marécages, lacs et rivières, suintements terrestres et marins, volcans… Des émissions « naturelles » consécutives au réchauffement planétaire peuvent en plus avoir lieu : augmentation des incendies de forêts, fonte du pergélisol (permafrost en anglais), voire déstabilisation d’hydrates de méthane dans les fonds marins.

Un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publié en février soulignait que « les émissions mondiales de méthane provenant du secteur de l’énergie sont d’environ 70 % supérieures à la quantité déclarée officiellement par les gouvernements nationaux » et qu’elles étaient « à nouveau à la hausse ». L’impact serait équivalent à celui de 20 millions de véhicules circulant pendant un an. 

Turkménistan, Russie, Etats-Unis, Iran, Kazakhstan, Algérie… dans le viseur

L’AIE soulignait alors « le besoin urgent de renforcer les efforts de surveillance et de renforcer les mesures politiques visant à réduire les émissions de ce puissant gaz à effet de serre ». Six pays concentrent la majorité de ces émissions: Turkménistan, Russie, Etats-Unis, Iran, Kazakhstan, Algérie.

« La transparence est une part vitale de la solution pour résoudre le problème du méthane et ce nouveau système aidera les producteurs à détecter les fuites et les arrêter sans délai si et quand elles ont lieu », s’est félicité Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE.

Réglementation renforcée aux Etats-Unis

De leur côté, les États-Unis ont dévoilé, également à l’occasion de la COP27, un nouveau projet de réglementation pour réduire leurs émissions de méthane. Objectif : soumettre les producteurs à des normes plus strictes, selon l’Agence américaine de l’environnement (EPA) qui estime que ces émissions pourraient être largement réduites. La traque des fuites sera assurée « de manière routinière » et les « super émetteurs » devront y répondre, promet ce texte qui reste à finaliser. 

Une déclaration commune regroupant l’Union européenne, les États-Unis, le Canada, le Japon, la Norvège, le Royaume-Uni et Singapour s’engage en plus à « minimiser » le torchage, une pratique industrielle consistant à laisser échapper du gaz dans l’atmosphère en le brûlant. L’an passé déjà, une centaine de pays s’étaient engagés à réduire leurs émissions de méthane d’au moins 30% d’ici 2030, afin d’éviter 0,2 °C de réchauffement à l’horizon 2050. L’engagement inclut notamment les Etats-Unis et l’Union européenne, mais pas la Russie et la Chine.

Le méthane, puissant et vicieux gaz à effet de serre

Une réduction drastique des émissions de méthane (CH4) pourrait avoir des effets assez rapides sur la température du globe. En effet, ce gaz à effet de serre possède une durée de vie dans l’atmosphère relativement réduite, une dizaine d’années. Et, selon les données du GIEC, une molécule de CH4 est environ 30 fois plus « réchauffante » qu’une molécule de CO2 sur une période de 100 ans mais plus de 80 fois sur une échelle de 20 ans, avec l’effet des rétroactions dues au cycle du carbone. Autrement dit, le méthane chauffe vite dès son émission. 

De plus, l’introduction de méthane dans l’atmosphère génère des réactions chimiques complexes qui font disparaître du CH4 mais génèrent d’autres gaz à effet de serre : du CO2, de l’ozone, ou encore de la vapeur d’eau stratosphérique… Ce gaz à effet de serre vicieux disparaît donc mais tout en « alourdissant » le rôle apparent d’autres paramètres du réchauffement planétaire. Les scientifiques montrent également que le réchauffement planétaire peut favoriser les émissions naturelles de méthane, avec le dégel du pergélisol bien sûr mais aussi par exemple avec l’augmentation des émissions des marécages par unité de surface…

À lire aussi : Réduire le méthane dans l’atmosphère grâce à la litière des chats ?

Une histoire liée à celle du CO2

Dans l’histoire de la Terre, l’évolution de la concentration atmosphérique de CH4 apparaît en fait corrélée avec celle du CO2. Des émissions massives de méthane version « bombes climatiques » sont soupçonnées par les scientifiques d’avoir joué un rôle d' »amplificateur de changement » lors de perturbations majeures du climat de la planète, par exemple lors de la fin du Paléocène il y a 55 millions d’années. La concentration de CO2 a alors grimpé jusqu’à plus de 1000 parties par million (ppm) avec une température moyenne terrestre de l’ordre de 30 °C.

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